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Philip K. Dick

La revue qui fâche

6 min
À retrouver dans l'émission

L'agrégation sert-elle encore à quelque chose ? Les agriculteurs sont-ils tous d'extrême droite ? Heureusement, Philip K.DICK réconciliera tout le monde à la fin.

Philip K. Dick
Philip K. Dick Crédits : Radio France

Je voudrai, en guise de propos liminaire, rappeler à nos auditeurs, dont certains je le sais sont attachés à cette matinale, et d’autres, plus rares, à cette revue de presse… je voudrai leur rappeler qu’il s’agit précisément d’une revue de presse, que je suis ici en tant que passeur, que relai d’une opinion, de certains points de vue saillants dans les journaux du jour… et qu’en rien ces opinions ne pourraient m’être directement imputées…

Ceci étant dit, je peux donc avancer sereinement mon sujet du jour, accrochez-vous bien, et excusez-moi d’avance… A quoi sert l’agrégation ? J’entends déjà le standard qui explose… un peu de calme chers auditeurs, laissez-moi quelques secondes pour développer.

« A quoi sert encore l’agrégation ? », ce n’est donc pas moi qui le dis, mais la Une de la Croix… « ce concours ultra sélectif – symbole d’une certaine méritocratie à la française – fête cette année ses 250 ans, l’occasion de s’interroger sur la place des agrégés dans l’Education nationale »…

Et dans sa double page consacrée à cette épineuse question, la Croix soulève un certain nombre de lièvres… je vous en confie ici quelques uns… si le concours de l’agrégation a été créé en 1766, pour la grammaire, les belles lettres et la philosophie originellement… « l’un des tournants majeurs de l’histoire de l’agrégation a été, paradoxalement, la création en 1950 du CAPES, le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré. Car cet autre concours, présentant des exigences académiques moins élevées, fait souvent office de concurrent direct. »

Or la répartition CAPES pour le collège, agreg pour le lycée et les classes prépa est aujourd’hui battue en brèche. « Sur les 45 000 agrégés que compte l’enseignement secondaire, 25% sont affectés en collège. Une proportion qui grimpe à 33% pour les stagiaires » - c'est-à-dire les enseignants tout juste diplômés. « Une disparité source de ressentiment et de frustration », explique Denis PEIRON.

Attention, avalez votre gorgée de café maintenant si vous êtes agrégé et que vous nous écoutez… « Faut-il supprimer l’agrégation pour ne conserver que le CAPES, en tout cas dans le secondaire », interroge le journaliste… Une idée qui fait son chemin, y compris chez certains agrégés. Qu’est-ce qui maintient alors ce système en place aujourd’hui… ?

Terminez maintenant votre tartine… « Si l’agrégation est [encore] exigée, estime le président de l’Université de Lyon, c’est surtout parce que les membres du comité de sélection considèrent que le « bon parcours » est forcément celui qu’eux-mêmes ont suivi. » Fermez le ban.

Et après vous être fâchés avec nos auditeurs enseignants, vous allez vous fâcher avec les agriculteurs

Oui, ce matin je suis foufou, Godzilla est mon animal totem je marche sur un champ de ruines fumant… Les agriculteurs donc… ils occupent une large partie de vos journaux… et pour deux raisons… tout d’abord pour signifier, comme l’Huma ce matin que « Marine LE PEN veut élargir son champ électoral »

La présidente du Front National a arpenté hier les travées du Salon de l’Agriculture en recevant un accueil plutôt chaleureux. Le Parisien raconte pour sa part comment la président du FN a passé 10 heures au Salon où elle s’est taillée un franc succès en appelant à lancer une « guerre contre Bruxelles ».

« Tout sourire, la patronne du Front National savoure l’accueil bienveillant que lui réservent les producteurs laitiers qui, quatre jours plus tôt, ont conspué François HOLLANDE. « C’est fou, il y a 10 ans, le FN était reçu ici avec des sifflets et des huées, se souvient Pascal MERLE. Mais cette année, cet éleveur à la tête d’une exploitation de 100 laitières et 70 charolaises a serré la main de la chef de file de l’extrême droite. »

Comment sortir de cette crise agricole, autrement que par la tentation du repli populiste me direz-vous… c’est l’épineuse question à laquelle tente de répondre David BARROUX dans son édito dans les Echos : « Incapable au fond de savoir ce qu’il convient de faire pour atténuer la crise qui frappe les producteurs de lait comme les éleveurs de porc, la France hésite du coup entre deux solutions de facilité. La première consiste à taper sur les « méchants », qu’il s’agisse des distributeurs ou des industriels transformateurs qui ne chercheraient qu’une chose, squeezer les faibles producteurs pour maximiser leur marge (…) ou se tourner vers l’Etat providence en lui demandant d’agir pour venir corriger les excès de l’économie de marché. »

« La vérité, conclut David BARROUX, est que la responsabilité de la crise actuelle est partagée. Politiques, producteurs, transformateurs, industriels, consommateurs… tous sont en partie coupables de la situation actuelle. Taper sur l’un en espérant que l’autre ira du coup mieux n’a de ce fait aucun sens. »

Constat partagé par Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre lorsqu’il écrit que « La France est championne d’Europe pour l’utilisation de produits phytosanitaires dans les champs et les vignes. Le danger que représentent ces 65 000 tonnes de pesticides purs [pour les utilisateurs comme pour les consommateurs] (…) pourrait faire basculer en nombre des exploitations vers le « bio » et les « circuits courts ». En somme, elle porterait en elle autant de solutions que de problèmes, à la condition expresse que le citoyen consommateur accepte de jouer le jeu. »

Pour réconcilier tout le monde… rien de tel que la télé.

Oui, je n’aurais pas pu terminer cette revue de presse sans conclure par un mot sur ce qui vous attend ce soir sur Arte… Libération, le Parisien et le Figaro lui consacrent au moins une pleine page, voire une double… « Le prophète sauvage » titre le Figaro… « Sans lui pas de Blade Runner », pour le Parisien… bref, tous « addicts à Philip K. DICK », à lire dans Libération… Arte consacre ce soir un documentaire à ce maître incontesté de la science fiction… mais Philip K. DICK c’est bien plus que ça… « un génie visionnaire » dont le talent irrigue encore une large partie de la création contemporaine… ainsi sa nouvelle « Le Maître du Haut Château » vient-elle d’être adaptée en série par Amazon… il faut évidemment parler de Blade Runner, de Minority Report, de Total Recall mais aussi des Confessions d’un Barjo ou de Planète Hurlante.

Bref, si vous n’avez jamais lu DICK, ruez vous séance tenante chez votre libraire pour acheter son roman UBIK, et ne ratez pas ce soir à 22h40 l’excellent documentaire d’Arte… qui vous réconciliera, si ce n’est pas la société, ou avec moi si vous êtes agriculteur ou agrégé… en tout cas, on l’espère, avec les récits d’anticipation.

Chroniques

8H55
2 min

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La Séquence des partenaires : Mercredi 2 mars 2016
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