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Ces migrants doivent être accueillis jusqu'à fin juin

Le contrat de confiance

7 min
À retrouver dans l'émission

La confiance est-elle rompue entre le gouvernement et les citoyens ? entre le Premier ministre et la gauche ? entre les membres de l'Union Européenne sur la crise des réfugiés ? et entre le conducteur et sa voiture autonome ?

Ces migrants doivent être accueillis jusqu'à fin juin
Ces migrants doivent être accueillis jusqu'à fin juin Crédits : France Bleu - Radio France

Loin de moi de vous proposer d’étendre ce matin la garantie de votre machine à laver… mais plutôt de réfléchir avec la presse du jour sur cette notion de confiance… qu’est-ce qu’avoir confiance… con-fidere c’est croire avec… fidere qui évoluera seul en « foi »… avoir confiance, c’est avoir foi en quelque chose ou quelqu’un… on pourrait presque parler d’acte de foi… d’une part d’irrationalité qui se substitue à la raison et qui nous fait placer nos espoirs dans quelque chose ou quelqu’un…

Le problème, c’est quand la confiance reflue. Quand la confiance est perdue. Quand la foi se brise… on tombe dans la défiance… et à la lecture de la presse ce matin… c’est exactement ce qui est en train d’advenir entre le gouvernement et les français, autour du débat sur la loi travail…

Le Figaro, par exemple, aimerait pouvoir avoir confiance dans l’exécutif. En titrant « Code du travail, tiendront-ils bon ? »… Paul-Henri du LIMBERT espère que François HOLLANDE et Manuel VALLS « aient la force d’âme nécessaire pour résister à leur propre camp qui, comme d’habitude, leur reprochera violemment de mettre à bas le mirifique « modèle social ». Celui qui nous vaut près de 4 millions de chômeurs, une précarité généralisée, des dettes abyssales et un Front National conquérant… Il serait temps de comprendre que quelques frondeurs professionnels, quelques syndicats minoritaires et quelques jeunes égarés ou manipulés ne représentent qu’eux-mêmes, c'est-à-dire peu »…

Une confiance, on le voit, bien fragile de la part du journal de droite… or la confiance, c’est précisément le nœud gordien de l’incompréhension autour de cette réforme du travail, si on en croit Cécile CORNUDET dans les Echos : « La grande conversion idéologique de la gauche n’est pas pour maintenant. Et Manuel VALLS n’en sera pas son parrain. La raison se trouve dans ce mot qu’il tente pourtant de brandir encore : « la confiance ». Pour que la gauche politique et syndicale accepte l’idée qu’assouplir le licenciement pousserait les entreprises à embaucher, il faudrait qu’elle ait confiance en elles. Tout comme il fallait avoir confiance dans le fait que les baisses de charge créeraient des emplois. (…) Ce quinquennat restera comme une histoire de confiance ratée, conclut Cécile CORNUDET. Entre l’entreprise et la gauche. Et désormais entre la gauche et le gouvernement. »

Or la confiance, vous le savez, peut parfois être qualifiée d’aveugle, comme par exemple lorsque Pierre GATTAZ faisait fabriquer au moment du pacte de responsabilité des pins « 1 million d’emplois créés »… Et quand la confiance s’effondre, c’est pour laisser place… à la défiance… comme le constate Dominique GARRAUD dans la Charente Libre : « Faute d’un consensus minimal à l’issue du marathon syndical de ce lundi, la première journée de mobilisation de ce mercredi constituera un test grandeur nature sur les risques de tempête sociale que d’aucuns pronostiquent. La coïncidence avec la journée d’action, prévue de longue date, à la SNCF et à la RATP pourrait favoriser une coagulation des revendications sur une base de contestation globale de l’action du gouvernement » estime Dominique GARAUD. Ce que j’appellerai pour ma part un contrat de défiance.

La fin de la confiance en Europe également.

Tout amer que soit le constat, il faut bien le dresser : c’est désormais la défiance qui préside aux décisions de l’Union Européenne dans sa gestion des flux de réfugiés… « Souvenez-vous, Jean-Claude JUNKER jurait la main sur le cœur que l’Europe allait tout mettre en œuvre pour accueillir dignement les migrants, en lançant en septembre un plan d’urgence fondé sur (…) la solidarité entre les Etats Membres, écrit Maud VERGNOL dans l’Humanité. (…) Six mois plus tard, (…) les Etats membres se livrent désormais à un concours de lâcheté en se retranchant derrière les frontières nationales (…) et s’entêtent dans une fuite en avant sécuritaire aussi efficace qu’inhumaine. »

Et à ce titre, la terminologie employée est une fois de plus éloquente… ainsi lirez-vous dans l’édito de l’Opinion qu’il n’est plus question ni de « réfugiés », ni même de « migrants »… écoutez plutôt… Nicolas BEYTOUT constate cette défiance nouvelle qui s’installe entre les pays membres et écrit : « près d’un pays sur trois a fermé ou rétréci ses frontières. La semaine dernière, la Belgique décidait seule de rétablir un contrôle pour empêcher l’entrée chez elle des INDESIRABLES de la jungle de Calais. »

Voilà, les réfugiés sont désormais officiellement passés au statut d’indésirables… et c’est à ces indésirables que Libération consacre ce matin une édition spéciale tout à fait passionnante… Un numéro de 23 pages intitulé « Made in Calais », dans lequel vous trouverez nombre de reportages, de portraits, d’analyses qui mettent en évidence la faillite de la gestion de cet afflux de réfugiés par la France et l’Union Européenne… dans son édito, intitulé « Pas à la hauteur », Grégoire BISEAU résume : « Calais, dernière frontière avant la terre promise, est devenu le cul-de-sac des tragédies du monde. Dans l’impossibilité d’avancer plus avant, c’est ici, dans une boue sablonneuse en bordure de rocade et de complexe industriel (…) que des milliers de migrants sont venus s’échouer. »

C’est intéressant, ce mot : « s’échouer »… étymologiquement, « donner sur le sable, sur un écueil »… et dans sa version intransitive : c’est l’échec.

Alors pour finir, un mot d’une réussite…

Oui et il est toujours question de confiance… c’est une double page à lire dans l’Huma sur les voitures autonomes… « Sommes-nous prêts à confier nos vie à ces robots ? » interroge le journal… S’ensuit une enquête sur les avances technologiques liées, principalement, à la Google Car… cette voiture pilotée par un ordinateur de bord, et qui devrait selon le dirigeant de la firme, « sauver 30 000 vies par an rien qu’aux Etats-Unis, et empêcher 2 millions de blessures liées aux accidents de la circulation. » Saviez-vous que depuis l’an dernier, des voitures sans chauffeur ont le droit de rouler sur les routes de France, à titre expérimental ? « La première voiture autonome a parcouru les 580 kilomètres séparant Paris et Bordeaux sans l’assistance d’un conducteur, fin octobre. »

Alors, évidemment, reste la question centrale, faut-il avoir confiance en cette technologie ? Peut-on confier sa vie et celle de ses proches à un algorithme qui décidera, le cas échéant, de nous sacrifier pour préserver d’autres vies, dans la logique du « moindre coût humain » ?

En attendant de réviser les lois de la robotique ou d’accroître le contrôle sur les algorithmes, ces voitures pourraient faire d’autre type de victimes… des victimes sociales, si on en croit le journal, qui prédit que « les véhicules sans chauffeur seront bientôt cause de chômage technique », notamment avec la généralisation des taxi-robots. Une généralisation qui suscite, elle, de plus en plus de méfiance…

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