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Détritus devant le Café de Flore suite à la grève des éboueurs

Le fond de l'air est moisi

6 min
À retrouver dans l'émission

Poursuite des grèves à 48h de l'ouverture de l'Euro de football, nouveaux témoignages dans l'affaire BOULIN et visite de la discothèque de Radio France

Détritus devant le Café de Flore suite à la grève des éboueurs
Détritus devant le Café de Flore suite à la grève des éboueurs Crédits : Charles Platiau

Je ne sais pas si vous avez fleuré ce fond de l’air estival qui a tant de mal à poindre ces dernières semaines… mais avec le retour d’un rayon de soleil et d’une gamme de températures qui ne soit pas indexée sur celles du mois de novembre, depuis hier il flotte dans les rues de Paris un arôme un peu rance, un peu capiteux, un peu pourri à vrai dire ; et pour cause, les poubelles s’entassent dehors, suite à un appel à la grève des éboueurs…

Je ne vais pas revenir sur la prolongation de la grève SNCF à propos de laquelle mon camarade Brice COUTURIER a tenu ici même sur cette antenne un feuilleton quasi-quotidien, tout juste vous rappeler que les pilotes de ligne vont à leur tour débrayer à partir de demain matin, et que les employés des raffineries sont eux aussi appelés à cesser le travail une nouvelle fois depuis hier…

Or… que se passe-t-il demain ? Eh oui, c’est le début de l’Euro 2016 de football comme en atteste le gros ballon accroché à la Tour Eiffel que l’on aperçoit depuis les fenêtres de ce studio…

« Quel spectacle ! (pas la Tour Eiffel, les grèves) déplore Philippe PALAT dans le Midi Libre. Entre la France du foot et celle du bac, le pays dribble, tant bien que mal entre ses grévistes au sang chaud et ses grognes à répétition. Aux avant-postes, les cheminots, les conducteurs du métro, les aiguilleurs du ciel, les raffineurs de pétrole et maintenant les éboueurs. Avant que les facteurs, les policiers municipaux, les pompiers et sans doute d’autres corporations en embuscade, ne prennent la relève. »

Ce que le Parisien résume par cette Une qui, je dois l’avouer, m’a arraché un sourire aux petites heures du matin… « Bienvenue en France ! », sur une photo de militants syndicaux qui agitent des drapeaux sur une banderole de l’Euro 2016. « La France fait la démonstration internationale de son sens de l’accueil, écrit Donat VIDAL REVEL dans son édito : montagnes de poubelles qui s’amoncellent dans les quartiers touristiques, grève dans les trains, centrales nucléaires bloquées, pilotes de ligne débrayant ce week-end… (…) Les représentations syndicales sentent bien en effet que l’exécutif est impopulaire comme jamais, et qu’il est dans l’incapacité d’asseoir son autorité. (…) Le mantra « ça va mieux » est enrayé : la fronde sociale colle aux doigts du président tel le sparadrap aux doigts du capitaine HADDOCK »

Il y a un autre sparadrap qui colle depuis des années aux doigts de l’Etat français

Oui, c’est la mort suspecte de Robert BOULIN, ancien ministre du travail de Valéry GISCARD D’ESTAING, retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet…

Alors, je ne vais pas vous refaire ici le « previously » - vous savez, comme dans les séries américaines, le résumé des épisodes précédents, on risquerait d’y passer la matinée… Tout juste vous rappeler que la version officielle, selon laquelle Robert BOULIN se serait suicidé en se noyant dans 50 centimètres d’eau, est contestée par la famille depuis plus de 30 ans… et que cette affaire est devenu un feuilleton judiciaire d’Etat… feuilleton qui s’est offert une nouvelle saison depuis le mois d’août dernier, lorsqu’un juge a rouvert le dossier… et qui rebondit depuis hier, grâce à de nouveaux témoignages révélés par nos confères de France Inter et de 20 minutes… c’est un article à lire dans l’Humanité ce matin…

« La thèse du crime politique se consolide, écrit Marie BARBIER, accréditant l’idée d’un mensonge d’Etat »… Benoit COLOMBAT de France Inter déclare lui que « cette affaire est la boite noire de la Vème République, elle charrie des stigmates des années GISCARD, ce que j’appelle les années de plomb à la française. »

Alors, quels sont ces témoignages qui relancent l’affaire allez-vous me demander, haletant de suspens à l’idée de nouveaux rebondissements… Il y en a plusieurs : « Le premier témoin entendu par le juge est un médecin urgentiste. « Lorsqu’il arrive à l’étang Rompu, il n’y a que deux gendarmes. Il est le premier médecin à voir le corps. Il indique très clairement une position agenouillée, le visage hors de l’eau, tuméfié et griffé. Un positionnement incompatible avec la noyade. On lui demande très vite de partir. » Son témoignage ne sera jamais recueilli. », raconte l’article.

Témoignage qui s’ajoute à une série d’anomalies qui entachent le dossier, comme la disparition des bocaux contenant les poumons du ministre ainsi que ses prélèvements sanguins, ou encore « les huit lettres dites posthumes qui auraient été postées la vieille de son suicide, et dont l’expert graphologue lui-même doute de l’authenticité. »

Alors, contrairement aux fictions policières, « l’instruction n’apportera pas un assassin menottes aux poignets, relativise l’avocate de la fille de Robert BOULIN, mais elle pourra dire officiellement qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Aujourd’hui, l’indépendance de la justice n’est pas la même qu’en 1979. Ce qu’on a perdu en années, j’espère qu’on le gagne en indépendance. »

Pour finir, un détour par la caverne d’Ali Baba

Oui, c’est « la plus belle discothèque de Paris » pour le Figaro… on aurait aimé la plus belle discothèque de France… un lieu que Matthieu CONQUET connaît bien… il s’agit de l’entrepôt du Nord de Paris où sont précieusement conservés les quelques 500 000 vinyles de Radio France… Le Figaro consacre un reportage à cet endroit magique parce que le 19 juin prochain, 8000 d’entre eux seront mis aux enchères, une façon de « financer le programme de numérisation des archives de la maison, dont le coût est trop lourd à supporter pour le service public. »

Alors pour ceux d’entre nous qui n’avons pas eu la chance comme Matthieu de déambuler dans ces 4000m² de rayonnages et d’histoire de la musique… « le plus vieil objet stocké est un cylindre de 1901 »… on se prête à rêver de flâneries musicales… « Un coup d’œil permet de se replonger dans les catalogues prestigieux : Barclay, Harvest, Island, Reprise, ou des curiosités comme Folkways Recordings, qui proposent des documents sonores aussi intenses que From the Cold Jaws of Prison, recueil de chansons écrites par les détenus de prisons américaines. »

Je laisserai donc le mot de la fin à l’élu, celui qui a eu le privilège de déambuler à plusieurs reprises dans le Saint des Saints… la vente aux enchères aura lieu le 19 juin, dimanche en huit, à la Maison de la Radio.

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Jeudi 9 juin 2016
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