LE DIRECT

Le jour d'après

5 min
À retrouver dans l'émission

Exégèse de la conférence de presse présidentielle, des "migrants" aux "réfugiés", fascination pour l'Allemagne, éloge du temps long, reine de l'info, trône de fer et "Valar Morghulis"... "tout homme doit mourir"
Je vous parlais ici même des distorsions dans le continuum médiatico-temporel suscitées par la Conférence de Presse du chef de l’Etat, commentée avant même qu’il ne prenne la parole, et dont l’écho dans la frise chronologique du présent, les vagues continuent de nous parvenir massivement ce matin.

Alors que vous sortez vous-même tout juste d’une heure d’exégèse de la parole présidentielle, la presse ce matin se livre au même exercice, parfois ad nauseam pourrait-on dire, tellement chaque mot, chaque parole donne lieu à interprétation ; Le FIGARO y consacre 8 pages complètes par exemple !

Claire CHAZAL sur le plateau du 20h, en 2001
Claire CHAZAL sur le plateau du 20h, en 2001 Crédits : Reuters

Mais ce qui retient avant tout l’attention de la presse ce matin, c’est bien sûr l’annonce par le Président de la République de l’accueil de 24 000 réfugiés sur 2 ans en France ; et il est d’ailleurs intéressant de noter que, par rapport à la semaine dernière, le terme « réfugié » s’est peu à peu substitué au terme générique de « migrants », ce qui dit quelque chose à mon sens du glissement paradigmatique auquel on assiste depuis ces derniers jours.

« Il est des choix qui compteront pour le jugement de l’histoire » estime ainsi Yves THREARD dans le Figaro et « c’est à cette aune là que François HOLLANDE entend agir pour relever le défi que posent les réfugiés à l’Europe et à la France… »

« Voilà un acte symbolique qu’il faut saluer » estime pour sa part Laurent JOFFRIN dans Libération. « On fait un pas dans la bonne direction. Mais nous ne sommes qu’au début d’un processus, qui demandera un vaste effort d’explication » ; analyse similaire dans la Croix de François ERNENWEIN : « Ce saut quantitatif accompagne un « réveil des consciences », mais cet engagement n’est pas « majoritaire dans l’opinion ».

Et si Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité estime que ce furent hier de « grands mots pour un tout petit geste », « Du souffle nous était promis, écrit-il, et nous n’eûmes qu’un zéphyr ». « Trop tard, trop peu, trop flou » écrit Bruno DIVE dans Sud Ouest. 24 000 réfugiés, « une goutte d’eau » estime encore Michel URVOY dans Ouest France.

« Et plus tard ? » interroge lui Yves THREARD : quatre millions de déplacés au Moyen Orient, 350 000 autres arrivés en Europe depuis le début de l’année, selon l’éditorialiste du Figaro, ce témoignage de générosité se révélera à l’avenir une erreur irréversible.

Et pourtant ce matin, en ce jour d’après… il y a l’Allemagne à côté de nous.

Oui, l’Allemagne qui fascine complètement, on est souvent aux frontières de l’incrédulité.

« L’incroyable mobilisation des Allemands » dans le Parisien qui raconte, comment les citoyens s’organisent spontanément, comment ils ont pris le pas sur l’administration submergée, pour prendre en charge les réfugiés qui arrivent par vague dans le pays.

« J’étais en vacances à Amsterdam, raconte cet étudiant, j’ai entendu les nouvelles, j’ai fait ma valise pour revenir à Berlin et proposer mon aide. C’était une évidence ».

« L’Allemagne fait une haie d’honneur aux migrants » titre le Monde, qui explique comment le gouvernement d’Angela MERKEL va débloquer 6 milliards d’euros d’aide pour faciliter l’accueil des réfugiés.

Et si cet afflux de réfugiés - cet afflux qui va durer, n’en déplaise aux partisans des frontières fermées - si cet afflux était une chance, pas seulement pour la mixité sociale, mais pour l’Europe ?

C’est l’hypothèse qu’explorent ce matin deux chercheurs dans les pages de Libération, Michel AGIER et Irène COSTELIAN. Michel AGIER qui explique comment cette position d’ouverture de l’Allemagne force le débat, et parachève la restauration du politique en Europe. En montrant qu’il est tout à la fois réaliste et humaniste de régulariser des personnes que l’Europe juge généralement indésirables, et que c’est un faux semblant de brandir la peur des extrêmes droites xénophobes.

« l’Allemagne a suscité un véritable moment politique européen écrit-il, elle a fixé un cap et donné une sévère leçon à la France en dénonçant la responsabilité des élus et des gouvernants dans la définition d’un cadre de pensée et d’action qui soudain, du jour au lendemain, pourrait ne plus faire de l’étranger l’ennemi, mais bien notre égal en humanité ».

Et le jour d’après, c’est aussi le jour où l’on commence à envisager autrement notre bonheur.

Oui, au regard de ces notions d’accueil, et d’inclusion, est-on plus heureux dans un pays qui se projette dans l’avenir plutôt qu’il ne cherche à réagir à court terme aux inflexions de l’opinion publique et des craintes populistes ?

Et si on jugeait enfin du bien être d’une société non plus à sa seule croissance économique, mais selon un indice qui prendrait en compte l’intérêt des générations futures dans les politiques publiques ?

C’est à lire dans La Croix. L’association Positive Planet a abouti à un classement des 34 pays de l’OCDE. La France se situe à la 18ème place, derrière l’Allemagne, 14ème et à cette aune donc, ce sont comme souvent les pays du Nord qui s’en sortent le mieux : Norvège, Suède, Pays Bas, Danemark et Islande en tête.

Mais l’époque, vous le savez, est à la destruction du temps long, la preuve en est ce petit sourire triste qui s’affiche en Une du Parisien, celui de Claire CHAZAL, remerciée après 24 ans de bons et loyaux services le week-end au journal de 20h. « La reine de l’info » comme on l’avait surnommée va céder son trône.

Difficile de ne pas penser à cet autre trône, tout d’épées coupantes et rouillées, le trône de fer, objet de toutes les convoitises et de toutes les fourberies dans le Royaume de WESTEROS ; c’est l’univers de la série télé la plus regardée au monde, Game of Thrones. Univers qui s’expose durant quatre jours au Carrousel du Louvre, les 20 000 billets gratuits se sont envolés en quelques minutes, raconte Le Parisien.

Et dans Game of Thrones, il y a cette phrase, ce leitmotiv que vous connaissez peut-être : « Valar MORGHULIS », tout homme doit mourir… ce à quoi il faut répondre « Valar DOAHERIS », tout homme doit servir.

La servitude ou la mort ? Faut-il y voir une allégorie subreptice du monde actuel, ou à défaut du monde actuel, de toute carrière journalistique télévisuelle ou radiophonique… ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......