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capture d'écran de la vidéo réalisée par L214 dans l'abattoir de Mauléon

Le lion et l'agneau

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À retrouver dans l'émission

Le lion, symbole de Peugeot dont le PDG vient de doubler son salaire, suite aux bons résultats du groupe PSA et l'agneau, martyr des abattoirs comme le montre une nouvelle vidéo tournée à Mauléon par l'association L214.

capture d'écran de la vidéo réalisée par L214 dans l'abattoir de Mauléon
capture d'écran de la vidéo réalisée par L214 dans l'abattoir de Mauléon Crédits : L214

Ce pourrait être la fable du jour, une fable nouvelle dans laquelle le lion se substitue au loup, et dont on pourrait assez bien, pour les deux sujets qu’elle recoupe, conserver la morale de la fable originale… « la raison du plus fort est toujours la meilleure »…

Ainsi en va-t-il de l’augmentation du salaire du PDG de PSA, Carlos TAVARES… qui a vu sa rémunération doubler et passer de 2 millions 700 000 euros l’an dernier, à plus de 5 millions deux cette année… soit, plus de 14 000 euros par jour, comme le relève Raymond COURAUD dans l’Alsace : « Après ça, allez expliquer aux Français qu’il faut se serrer un peu plus la ceinture pour permettre aux patrons de relancer la mécanique économique », écrit-il dans son édito du jour.

« Chez Peugeot, il se taille la part du lion », titre l’Humanité dans son billet quotidien « Ils n’ont pas honte ! ». « Si l’ex-dirigeant de chez Renault passé chez PSA a fait payer la facture de la diminution des ventes depuis quelques années aux salariés en supprimant plus de 11 000 emplois et en gelant les salaires, il sabre seul le champagne du retour des bénéfices, qui ont bondi à 1 milliard 2 millions d’euros l’année dernière. »

« Cela ne fait aucun doute : la réussite d’une entreprise doit beaucoup au talent de ses dirigeants, et singulièrement, à celui de son patron, tempère Guillaume GOUBERT dans la Croix. Il paraît donc normal que sa rémunération prenne acte de cette réussite. (…) Pourtant, la hausse de rémunération des hauts dirigeants de l’entreprise crée forcément un contraste cruel avec l’austérité salariale mise en œuvre depuis plusieurs années pour la très grande majorité des salariés. »

Et même s’il faut préciser, comme Alain DUSART dans l’Est Républicain que « une prime exceptionnelle de 2000 euros en moyenne par salarié » a été accordée en février, et que le salaire de Carlos TAVARES, même doublé, reste « deux fois moins que celui de Mercedes ou de Fiat, et trois fois inferieur à ceux de Ford ou de l’autre Carlos, de Renault Nissan »… cette augmentation fait tousser jusqu’au ministre de l’économie… dans les colonnes du Parisien, Emmanuel MACRON déclare : « L’Etat a une doctrine qui s’applique à Carlos TAVARES comme à tous les dirigeants d’entreprises dont il est actionnaire : il vote contre les niveaux de rémunération excessifs comme celui-ci. A titre personnel, je pense que Carlos TAVARES a tort de faire abstraction de la sensibilité des Français sur ce sujet. (…) Au final, je pense que la responsabilité et l’éthique ne se règlent pas par la loi, mais par l’exemple qu’on donne », conclut le ministre de l’économie.

« Face aux réactions hostiles, le président du MEDEF Pierre GATTAZ s’inquiète d’un « nivellement par le bas », conclut Guillaume GOUBERT dans la Croix. Il devrait plutôt s’inquiéter d’une distorsion par le haut. »

Et après le lion… l’agneau

Reportage à lire dans les colonnes du Monde… « un scandale qui jette un peu plus l’opprobre sur le milieu des abattoirs, un mois après les actes de cruauté filmés dans l’établissement de Vigan, dans le Gard, et cinq mois après ceux perpétrés à Alès »… l’association L214 dévoile donc une nouvelle vidéo insoutenable de tortures animale… par égard pour votre tartine de petit déjeuner, je ne vous dresserai pas la liste exhaustive de ce que l’on peut voir dans ce film… juste peut-être ceci, pour vous en donner un aperçu… « un agneau de lait, petit mouton pas encore sevré de moins de 45 jours, écartelé vivant entre deux crochets alors que l’opérateur n’est plus là. Et pourtant, cet abattoir met en avant les viandes bio et Label Rouge, et compte même comme clients le chef étoilé Alain DUCASSE », rapporte le Parisien, ainsi que des particuliers en vente directe, et des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, les fameuses « AMAP ».

« Si ces cas de cruauté se répètent, c’est que l’abattoir reste un lieu invisible, vers lequel personne ne veut tourner le regard », poursuit l’article du Parisien qui explique que l’association L214 milite désormais pour l’installation de « caméras pointées 24 heures sur 24 sur les chaînes d’abattage ».

Et oui, le pauvre petit agneau, incarnation de la victime propitiatoire… qui se fait emporter et dévorer par le loup dans les bois… et qui se fait martyriser par l’homme dans les abattoirs… « sans autre forme de procès »…

« La création d’une commission d’enquête le 22 mars et l’annonce d’une vague d’inspection dans tous les abattoirs du pays éteindront-elles l’incendie ? s’interroge pour sa part Bruno DIVE dans Sud Ouest. C’est à espérer, mais on peut se demander pourquoi il a fallu en arriver là pour que le contrôle vétérinaire soit activé avec efficacité. Et puisque les mailles du filet semblent trop larges pour empêcher que des actes odieux ternissent la réputation de tout un secteur, saluons le travail des lanceurs d’alerte. »

« Là-dessus, au fond des forêts/Le Loup l'emporte, et puis le mange,/Sans autre forme de procès. »

Pour finir, une leçon d’optimisme

Oui, face à ce qu’on pourrait appeler « le déterminisme de l’agneau »… qui, tel un Sisyphe de la souffrance, termine toujours dévoré… il y a ce matin dans les colonnes du Figaro un rayon d’espoir, dans les paroles de Simon PERES… l’ex-président israélien, 92 ans, s’y confie sur sa vision de l’avenir, une vision résolument optimiste… « j’essaye de regarder le monde avec une perspective plus large. Ce à quoi nous assistons, c’est la transition d’un monde ancien vers un monde nouveau. (…) Nous passons de l’époque des terres et des guerres à un nouvel âge, qui repose sur la science. La science n’est pas quelque chose que l’on doit conquérir par la force. (…) Le problème est qu’à ce stade, nous ne sommes pas totalement sortis du monde ancien et nous ne sommes pas complètement entrés dans ce monde nouveau », selon Simon PERES.

Et lorsqu’on lui demande si les attentas qui frappent l’Europe montrent que ce monde ancien n’a pas disparu, Simon PERES répond : « Si l’on part se battre contre le terrorisme, il revient à notre porte. Ce qu’il faut, c’est se battre contre les raisons du terrorisme : le sentiment d’infériorité, le manque d’éducation, de médicaments, de nourriture, la discrimination des femmes. (…) Al-Qaeda ou DAECH ne sont pas le problème. Le problème c’est la pauvreté, l’ignorance, l’intolérance. C’est cela qu’il faut combattre. »

Et pour conclure cet entretien, Simon PERES donne sa recette de la longévité, on peut dire son « truc et astuce »… prenez un papier et un crayon chez vous… « On me demande souvent comment je reste jeune. C’est simple : faites le compte de vos réalisations dans la vie et de vos rêves dans la tête. Si vous avez plus de rêves que de souvenirs, vous êtes jeunes. »

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