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Facade de l'hopital Necker

Le marteau et l'enclume

6 min
À retrouver dans l'émission

Violences dans les manifestations contre la loi travail, violence des supporters en marge de l'Euro, violences terroristes présentes ou à venir. Dans quel monde vit-on ?

Facade de l'hopital Necker
Facade de l'hopital Necker Crédits : Jacky Naegelen - Reuters

Voilà donc où nous en sommes rendus. Coincés entre le marteau et l’enclume. Et ça cogne assez dur en ce moment… entre un mouvement social gangréné par une poignée de casseurs qui commettent des violences inacceptables. Un gouvernement incapable de faire respecter l’ordre qui envisage, sérieusement, d’interdire les manifestations. Un manifestant grièvement blessé à la nuque par un tir tendu de grenade qui lui a fracturé les vertèbres. Le tout sur fond de nouvelle attaque terroriste, de combats de rue apocalyptiques entre hooligans à proximité des stades de foot… ce qui vaut cette Une au Parisien : « Dans quel monde vit-on ? » tandis que la Croix se demande « Pourquoi tant de violence ? ».

Matthieu VERRIER résume ainsi la situation dans son édito dans la Voix du Nord : « La République est arrivée à un point où l’équilibre entre liberté et sécurité vacille. Une démocratie peut-elle interdire une manifestation ? Une telle expression sociale peut-elle tolérer des violences à sa marge ? Les jeux de posture et des calendriers ont mené à l’inévitable incident de trop. Sécurité et démocratie ont été affaiblies avant toute interdiction. »

Guillaume GOUBERT dans la Croix essaye lui aussi de temporiser, de prendre un peu de hauteur : « Prenons garde aux effets de loupe, écrit-il. La violence en marge des manifestations n’est pas une nouveauté en France. Mais elle est aujourd’hui beaucoup plus visible. Les équipes de reporters sont nombreuses, et plus encore les images prises par les téléphones portables des manifestants et des badauds. La violence n’est pas non plus l’apanage des manifestations syndicales. Le gouvernement ayant envisagé hier de ne plus autoriser les manifestations, Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force Ouvrière a eu beau jeu de dire qu’à ce compte-là, il faudrait interdire l’Euro de football en raison des rixes entres supporters. »

« Il n’empêche. On ne peut pas ne pas réagir au franchissement de certains seuils. » poursuit Guillaume GOUBERT. Et en effet, les déprédations… ce mot qui a étrangement ressurgi dans le champ lexical de multiples éditos ce matins… ce saccage pourrait-on dire plus simplement de la façade de l’hôpital Necker des enfants malades est insupportable… pour autant, la plupart des éditorialistes, à de rares exceptions près, font appel à la raison… « En plaçant sous pression la CGT, le Premier ministre a saisi l’occasion des déprédations des casseurs sur la façade de l’hôpital Necker pour enfoncer un coin entre le mouvement social et l’opinion, écrit Bernard STEPHAN dans la Montagne. Mais attention à ne pas ouvrir la porte à des mesures liberticides, mises en cause de l’Etat de droit et des principes républicain. Le défi est lancé à l’Etat démocratique. » « Les organisateurs de la manifestation ne peuvent pas être tenus pour responsables » écrit toujours Guillaume GOUBERT. « Ne confondons pas autorité et autoritarisme. » pour Jean-Claude SOULERY de la Dépêche du Midi. « Avant que d’en arriver à la prohibition, il y a de l’espace pour des mesures qui respectent le droit de manifester calmement et la manifestation du droit à la sécurité. »

Ou encore Laurent JOFFRIN dans Libération : « Autant la sanction des déprédateurs est justifiée, autant la menace d’une interdiction générale de manifester est exagérée. Ce serait faire porter au mouvement social, quoi qu’on pense par ailleurs de ses buts, la responsabilité d’agissements qui ne sont pas de son fait. La violence antidémocratique ne doit pas faire reculer la démocratie »

Mais alors… dans quel monde vit-on mon bon monsieur ?

Je ne vous le fais pas dire… c’est pour répondre à cette épineuse question que le Parisien Aujourd’hui en France a convoqué dans ses pages 10 témoins, pour, à défaut de remettre de l’ordre dans la rue, essayer de remettre un peu dans nos têtes… Vous pourrez lire les opinions de Boris CYRULNIK, Claude HALMOS, Jean-Christophe RUFFIN ou Yann ARTUS-BERTRAND… « Nous sommes percutés par une vague de violence qui suscite une interrogation à la fois candide et fondamentale écrit Donat VIDAL REVEL dans son édito : dans quel monde vivons-nous ? (…) Ce moment de notre histoire est peut-être l’occasion de chercher à réaffirmer nos valeurs. Au lendemain de l’épreuve de philo, nous pouvons mettre au goût du jour ce qu’a écrit Thomas d’Aquin il y a 800 ans : ce n’est pas l’identité des pensées qui fera notre concorde, mais l’identité de nos volontés »

Aahh… je vous le disais hier, si on accordait de l’importance à la philosophie plus qu’un jour par an pour l’épreuve du bac, le monde serait moins laid… Heureusement qu’il y a les Nouveaux Chemins de la Connaissance tous les jours à 10h sur France Culture…

Tenez, même Paul-Henri du LIMBERT convoque ce matin Machiavel dans son édito pour commenter l’actualité : « Je n’ignore pas que beaucoup ont pensé et pensent encore que les choses du monde sont gouvernées par Dieu et par la fortune, et que les hommes, malgré leur sagesse, ne peuvent les modifier, et n’y apporter même aucun remède. En conséquence de quoi, on pourrait penser qu’il ne vaut pas la peine de se fatiguer et qu’il faut laisser gouverner le destin. » - laisser gouverner le destin – toute comparaison avec un président de la République en exercice ne serait pas purement fortuite, selon l’éditorialiste.

Alors… dans quel monde vit-on… eh bien je vais vous en donner deux aperçus, qui devraient vous faire réévaluer à la hausse vos prises d’anxiolytiques… On vit dans ce monde là – 49 visages… 49 portraits… 49 victimes du terroriste Omar MATEEN tués par balle le week-end dernier à Orlando. On a vu hier à la Une des journaux, je vous en parlais, le visage des deux policiers brutalement assassinés à Magnanville… Voici celui des victimes d’Orlando publié aujourd’hui sur une double page de Libération… « des jeunes d’une trentaine d’année, surtout des hommes, des étudiants, quelques parents écrit Libé. Une majorité de latinos, communauté très représentée à Orlando : beaucoup de portoricains, quelques cubains, trois mexicains. Des groupes d’amis venus draguer ou danser dans un lieu sans préjugés, où se mêlaient dans un esprit bon enfant gays, lesbiennes, transgenres, hétérosexuels, drag queens… »

Et si vous tournez la page… vous apprendrez que les services belges sonnent l’alarme. Selon une note révélée par le quotidien « La Dernière Heure », « Des combattants auraient quitté la Syrie il y a environ une semaine et demie afin de rejoindre l’Europe via la Turquie et la Grèce, en bateau, sans passeport… Ces personnes seraient déjà en possession de l’armement nécessaire et leur action serait imminente. » Les djihadistes seraient selon l’article séparés en deux groupes, un pour la France, un pour la Belgique.

Sur ce, je vais vous souhaite une bonne journée… bon courage aux camarades bacheliers qui vont plancher aujourd’hui sur leur épreuve d’histoire géo… et rappeler avec Montesquieu – cité par le Figaro – qu’il faut éclairer l’histoire par les lois, et les lois par l’histoire. Vous avez quatre heures.

Chroniques

8H55
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La Séquence des partenaires : Jeudi 16 juin 2016
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