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François HOLLANDE le 3 mai lors de son 1er discours "de campagne"

Le retour du réel

6 min
À retrouver dans l'émission

François HOLLANDE convoque le "réel" pour tirer un bilan avantageux de ses quatre ans au pouvoir, quand Nicolas SARKOZY convoque le même "reél" pour en finir une fois pour toutes avec l'écologie.

François HOLLANDE le 3 mai lors de son 1er discours "de campagne"
François HOLLANDE le 3 mai lors de son 1er discours "de campagne" Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

C’est un concept plus piégeux qu’il n’y paraît, le réel. Je ne vais pas marcher ici sur les plates-bandes des Nouveaux Chemins de la Connaissance… mais quand François HOLLANDE place son discours d’hier, au Théâtre du Rond-Point, pour les 80 ans du Front Populaire, sous le patronage du réel… sait-il vraiment ce qu’il convoque ?

Pour vos journaux ce matin, il n’y a pas de doute. François HOLLANDE a prononcé hier son premier discours de campagne… c’est la Une du Figaro, « le candidat HOLLANDE entre en campagne », de Libération également, « HOLLANDE en rose campagne », idem dans le Parisien : « premier meeting de campagne pour François HOLLANDE ». Là-dessus, l’unanimité laisse peu de place à l’interprétation : « officiellement, il ne prendra sa décision qu’en décembre, mais hier, il a tenu un discours de candidat » assure l’article du Parisien à l’unisson d’à peu près toute la presse du jour.

Ce qui est intéressant, c’est la teneur de ce premier discours de campagne… Un discours au cours duquel François HOLLANDE a « pris son bâton de pèlerin pour rappeler qu’il y a dans son bilan un certain nombre de mesures de gauche. La chose est incontestable », selon Laurent JOFFRIN dans Libération. « Il s’agit, résume également Maurice ULRICH dans l’Humanité, contre le sentiment majoritaire des Français et les attentes déçues de l’électorat de gauche, de convaincre que « nous avons fait beaucoup », selon ses mots, et que tout cela s’inscrit dans la continuité de ce qu’est la gauche depuis le Front Populaire, entre l’idéal et le choc du réel ». Retenez bien cette formule, « entre l’idéal et le choc du réel », j’y reviendrai.

« Le ton de la campagne est donné, estime également Paul-Henri du LIMBERT dans son édito du Figaro. Il va falloir s’habituer à l’idée que le président sortant, douze mois durant, célébrera ses mérites et vantera ses réussites sans aucun égard au simple respect qu’on doit à la réalité ». Revoilà le réel.

Et c’est ça qui est intéressant. Parce que ce qu’a voulu faire François HOLLANDE hier… c’est précisément cela : convoquer le réel, ou tout du moins son réel, ce qu’il estime avoir été la réalité de son action politique pendant les quatre dernières années… convoquer la réalité contre le fantasme que représente, selon lui les sondages qui témoignent de la mauvaise humeur générale autour de l’action présidentielle.

C’est ce que décrit Grégory MARIN dans l’Humanité, citant le discours du chef de l’Etat : « réalité », « le réel », « ce qu’on peut faire », les réformes « graduelles » : le chef de l’Etat n’a pas promis le grand soir mais validé la politique des petits pas… tout en affirmant que, cumulées, les réformettes des gouvernements VALLS et AYRAULT représentent les plus grandes conquêtes de la gauche depuis longtemps. »

Le problème avec le réel, c’est qu’il ne se laisse pas faire

Exactement, vous connaissez votre LACAN sur le bout des doigts GUILLAUME… « Le réel, c’est quand on se cogne ! » Ce qui est une acception assez différente de celle qu’essaye d’en faire le chef de l’Etat. Maurice ULRICH ne dit pas autre chose dans l’Huma : « Le réel précisément, ça résiste, et ce ne sont pas quelques chiffres opportuns concernant le chômage ou la croissance qui peuvent faire oublier, entre autres, les 40 milliards allés à un patronat qui n’a même pas, pour le dire trivialement, la reconnaissance du ventre. »

« Candidat à sa succession, François HOLLANDE repeint à sa guise la réalité, écrit Didier ROSE dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Surtout lorsqu’elle est peu flatteuse. La loi EL KHOMRI reste, pour ceux qui s’intéressent toujours au jeu des partis, un digne motif de guérilla. Et pour les autres, une raison de plus de rompre avec le système. »

Et à ce titre, la campagne orchestrée par le PS pour mettre en valeur ce réel, vanté hier par le chef de l’Etat, est tout à fait éloquente. C’est un article que vous trouverez dans Libération, intitulé « le PS vend un bilan à la carte ». Article qui décortique, photos à l’appui, cette campagne qui consiste à faire la publicité du bilan présidentiel, via des cartes postales qui représentent les différentes mesures concrètes prises ces quatre dernières années.

Or, comme le souligne Didier PERON dans cette analyse, cette « opération de com du PS, déconnectée du réel, représente les citoyens comme le ferait une publicité de supermarché ». « Le choix des photos a volontairement consisté à ne pas en faire trop, (…) avec des gens toujours propres qui sourient, lèvent les pouces en signe de victoire, (…) des cartons d’emménagement pas raturés ni écornés, etc. (…) Ce monde aseptisé est évidemment une création de com de faible intensité, un antiglamour concerté mais tout aussi factice que n’importe quelle pub » pour une chaîne de supermarchés. Bref, une campagne qui « travaille à dissimuler la manière dont ce régime d’image invente ce réel de toutes pièces », conclut le journaliste.

Retour au réel aussi pour Nicolas SARKOZY

Oui, l’ancien président a pour lui cette qualité de ne plus s’embarrasser de grand-chose pour essayer de rattraper son retard sur ses concurrents, et d’y aller de moins en moins avec « le dos de la truelle », si vous me passez cette expression.

Adieu donc le Grenelle de l’environnement, le super ministère de l’écologie, adieu les vertes prairies… retour au réel : « principes de précaution, gaz de schiste, nucléaire, le président du parti Les Républicains » n’entend plus céder aux sirènes écologies, explique ce matin La Croix. « Hé oh l’écologie, la droite revient » titre pour sa part l’Humanité.

« L’environnement, ça commence à bien faire » avait lâché en 2010 l’ex-président au salon de l’Agriculture… cette fois, il a décidé de partir de ce qu’il considère comme un « principe de réalité » pour « réconcilier l’écologie avec l’économie ». Dont acte : Nicolas SARKOZY veut maintenir la filière nucléaire française : « cet objectif irréaliste (le réel encore) et destructeur de valeur pourrait conduire à la fermeture de 20 à 25 réacteurs, soit le plus grand plan social que notre pays ait jamais connu. (…) Et pourquoi se priverait-on de cela, poursuit Nicolas SARKOZY ? Pour faire plaisir à des gens debout la nuit… et qui sont donc couchés le jour ? » (on commence à perdre le fil du réel) Et pour conclure, l’ex-chef de l’Etat lance : « les changements climatiques, la planète en a vu d’autres. »

« Le réel, c’est quand on se cogne » disait LACAN. Permettez-moi de finir par une autre citation, appliquée au discours de Nicolas SARKOZY : « si vous avez compris, vous avez sûrement tort. »

Chroniques
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