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Le sursaut tricolore

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À retrouver dans l'émission

Photos de profil sur les réseaux sociaux, drapeaux aux fenêtres pour la journée d'hommage national, Marseillaise entonnée dans les salles de concert, les stades et les lieux publics : les symboles nationaux retrouvent un lustre qui avait été récupéré depuis longtemps par l'extrême droite. Mais entre patriotisme et nationalisme, la frontière est ténue.
On en avait vu les prémices, avec ces filtres appliqués sur les réseaux sociaux, sur les photos de profil après les attentats, ou de si nombreux visages amis se sont teintés de bleu blanc rouge…

Une femme arbore le drapeau français
Une femme arbore le drapeau français Crédits : Reuters

Or, en France, le rapport au drapeau, aux symboles nationaux est un rapport complexe, un rapport d’amour haine… il y a toujours une défiance, une crainte héritée certainement de l’histoire contemporaine, d’avoir recours à ces symboles, récupérés depuis belle lurette par la droite extrême et les courants nationalistes. Souvenez-vous à ce titre, comme le rappelle Cécile CORNUDET dans son édito dans les Echos titré « la gauche bleu-blanc-rouge », de la « réaction offusquée qu’avait suscitée dans son camp Ségolène ROYAL en 2007, lorsqu’elle avait tenté de réhabiliter le drapeau et La Marseillaise ».

Mais les temps ont changé, les attentats sont passés, et plus personne ne bronche, ou presque, lorsque le Président de la République propose aux français, demain pour la journée d’hommage national aux victimes, de faire flotter le drapeau à leur fenêtre.

« Oui, le chef de l’Etat a raison de vouloir faire flotter le drapeau tricolore, symbole de notre nation, écrit Baptiste LAUREAU dans Paris-Normandie. Délaissé par la gauche, usé par la droite républicaine, sali par l’extrême-droite, le patriotisme n’est pas un gros mot. »

« Le patriotisme revient en force depuis ce funeste vendredi 13, écrit encore Bruno DIVE dans Sud Ouest. Au stade, au concert ou dans la rue, on n’a jamais autant chanté La Marseillaise que depuis 12 jours. Il revient avec ce qu’il a de meilleur, le refus de la barbarie et la volonté de vivre libre. (…) Demain, il faudra lever le drapeau, ou du moins, arborer du bleu, du blanc et du rouge. Nous le devons aux victimes, nous le devons à cette jeunesse fauchée dans la fleur de l’âge, nous le devons à nos aïeux qui se sont battus hier comme à nos militaires qui se battent aujourd’hui pour nos libertés. »

Et en ce sens le mot « pavoiser » qu’a employé le chef de l’Etat est assez intéressant dans sa polysémie… déjà, parce qu’à l’origine, pavoiser vient de pavois… ce bouclier militaire qui sert à se protéger des attaques… et que pavois vient de Pavie, « synonyme dans notre histoire de désastre », rappelle Etienne de MONTETY dans le Figaro.

Pavoiser, dans son usage transitif, c’est accrocher un drapeau sur une façade ou une fenêtre, mais dans son usage intransitif, c’est « manifester une fierté ostentatoire, ou une joie à l’occasion d’une réussite ». Or, comme l’écrit Etienne de MONTETY… « on doute qu’il y ait beaucoup de français dans cet état d’esprit. Si tel était le cas, il n’y aurait vraiment pas de quoi pavoiser. »

Ce retour du patriotisme est indissociable d’un retour du nationalisme…

Et c’est tout le problème avec la limite ténue de la glorification des valeurs de la nation, dans ce qu’elles ont été abandonnées en rase campagne par la majeure partie de la classe politique pendant des années, et récupérée par l’extrême droite… qui n’a dès lors plus besoin de faire quoi que ce soit pour progresser dans les intentions de vote dès qu’on en appelle à ces mêmes valeurs…

Or, comme le souligne Alain DUHAMEL dans Libération… si « on a rarement perçu et ressenti comme depuis ce 13 novembre la vérité de cet aphorisme bien connu de Romain GARY « le patriotisme, c’est aimer les siens, le nationalisme, c’est détester les autres »… il est irréfutable que « la bataille idéologique de la France a été gagnée par le camp nationaliste. Le Front National ne cesse de progresser, une fraction de la droite parlementaire lorgne ses confins, l’Europe est sans cesse mise en accusation, l’intégration des descendants d’immigrés semble bloquée et le réformisme s’enlise dans les demi-mesures. La France chauvine domine la France humaniste. (…) Le risque de retour de l’un n’empêche pas l’ascension de l’autre. La patriotisme protège la société française, écrit Alain DUHAMEL, le nationalisme la mine et l’âme tricolore hésite. »

Mais « pas question cette fois-ci de confisquer la symbolique au profit d’une cause partisane, espère Michel KLEKOWICKI dans le Républicain Lorrain. A l’ombre du drapeau tricolore, demain aux Invalides, le pays rendra hommage à ses enfants trop tôt tombés. Que les uns pavoisent quand les autres n’afficheront aucun signe ostensible importe peu. L’essentiel est que, malgré les attaques et les menaces, la fraternité ne soit pas en berne. »

Et en ces temps de galvanisation de l’esprit national… on célèbre aujourd’hui Astérix

Oui… mais pas tant le petit gaulois moustachu qui résiste à l’envahisseur que le tout premier satellite français envoyé dans l’espace, il y a 50 ans tout juste… c’était le 20 novembre 1965… et on ne peut qu’abonder dans le sens de David BARROUX qui titre son billet dans les Echos « besoin d’espace »…

« L’espace n’est pas un luxe, écrit-il. C’est une nécessité. A l’heure où la France spatiale fête son 50ème anniversaire, il convient de se féliciter du chemin parcouru mais aussi de se remobiliser pour être sûr d’aborder en position de force les décennies qui viennent. »

Vous pourrez lire dans le quotidien économique une pleine page sur les nouveaux défis de l’industrie spatiale franco-européenne, alors que le patron d’Amazon, Jeff BEZOS vient tout juste d’accomplir l’exploit de faire revenir sur terre sans encombre une fusée après un vol suborbital… ouvrant la porte à la généralisation des fusées réutilisables… et in fine , au tourisme spatial.

Le président du CNES Jean-Yves LE GALL explique lui dans les colonnes des Echos que le prochain défi pour l’agence spatiale française, c’est mars… Quitter la planète bleue, après la blanche lune, la planète rouge donc… vous voyez qu’on reste dans le thème…

Et si jamais vous êtes plus sensible à Astérix le petit gaulois qu’aux frontières de l’infini, soyez consolé… vous pourrez lire dans le Parisien une interview d’Obélix, notre Gérard Depardieu national qui vient de sortir un livre, « Innocent », livre dans lequel, de l’aveu du journaliste, il parle beaucoup, de tout et parfois de n’importe quoi. L’article est d’ailleurs titré « C’est formidable d’être un con ». Gérard Depardieu qui dans une interview à Télématin, déclare « Les alcooliques anonymes c’est de la merde. Ca te donne envie de boire à mort. Je m’appelle Gérard, j’ai bu 13 bouteilles de vin rouge, trois bouteilles de pastis et de whisky… ». Notre Gégé qui n’aura pas attendu le 13 novembre, lui, pour pavoiser.

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