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Sven MARY, l'avocat de Salah ABDESLAM

Le syndrome du cendrier vide

6 min
À retrouver dans l'émission

L'avocat de Salah ABDESLAM le définit comme un "petit con d'une abyssale vacuité". Mais la bêtise peut-elle être utilisée comme une stratégie de défense ?

Sven MARY, l'avocat de Salah ABDESLAM
Sven MARY, l'avocat de Salah ABDESLAM Crédits : Yves Herman - Reuters

C’est une revue de presse un peu spéciale ce matin, puisque, appel à la grève oblige… y’a pas de presse, monsieur Presko… bravo pour la référence… quand bien même vous ne trouverez pas d’édition papier dans vos kiosques, la plupart de vos journaux vous offrent leur édition numérique sur leur site internet…

Et ce matin, il est largement question de Salah ABDESLAM qui a été transféré hier en France et entendu une première fois par les juges… évidemment, tout le monde s’interroge sur ce que va pouvoir révéler ABDESLAM à la justice… « Ce que réservent les auditions de Salah ABDESLAM » titre la Croix… « Seul survivant des commandos passés à l’action [la nuit du 13 novembre], Salah ABDESLAM est en effet l’unique homme à pouvoir établir la chronologie exacte des événements. »

Mais que peut-on attendre précisément de lui ? « Dans les faits, ses premières auditions en Belgique se sont avérées décevantes, explique toujours la Croix. Le terroriste n’a rien révélé aux enquêteurs qu’ils ne savaient déjà. Plus grave, il semble même avoir clairement menti aux autorités. Comme par exemple lorsqu’il affirme n’avoir rencontré qu’une seule fois – la veille des attentats – le cerveau des attentats de Paris, Abdelhamid ABAAOUD. Ils sont en fait amis de très longue date. »

Mais ce qui fascine la presse avant tout ce matin… c’est surtout la personnalité d’ABDESLAM, depuis la sortie hier dans Libération de son avocat belge, Sven MARY, qui en a dressé un portrait peu flatteur et l’a décrit, entre autres, comme un « petit con ».

« Il faut se préparer au pire car ce « petit con », un suiveur pour reprendre la formule de son avocat belge Sven MARY, n’aurait pas grand-chose dans le cigare, écrit Alain DUSART dans l’Est Républicain. Ce pénaliste réputé (…) décrit ce djihadiste converti sur internet comme un amateur de jeu vidéo, criminel de guerre d’une « abyssale vacuité ». Traduisez : il n’a aucun corpus idéologique, ne connaît même pas le Coran et a l’intelligence « d’un cendrier vide ».

« Je lui ai demandé s’il avait lu le Coran et il m’a répondu qu’il avait lu son interprétation sur Internet, relate l’article de la Croix. Pour des esprits simples, c’est parfait, le Net, c’est le maximum qu’ils puissent comprendre. » Constat lucide ? Ou stratégie de défense ? Aux juges français de faire la part des choses.

C’est ça le syndrome du cendrier vide : jusqu’où pousser la stratégie de défense ?

Oui c’est un article de Slate qui pose la question ce matin… « ABDESLAM con comme un cendrier vide : peut-on plaider la bêtise ? »

Selon l’article : la réponse est oui: «Ça peut être un axe de défense. Quand on a quelqu’un de “simple”, on peut expliquer le passage à l’acte par une faiblesse mentale», explique Élise ARFI, avocate de prévenus condamnés pour terrorisme.

L’article cite un exemple où le prévenu, qui n’avait manifestement pas la lumière à tous les étages, « n’a tout bonnement pas compris que l’avocat essayait de le défendre. Il s’est mis à insulter son défenseur, avant de traiter la [victime] de «pute», et de menacer le magistrat de le «buter». «La connerie n’est même pas une excuse, c’est une explication…», lâche son avocat. »

Qu’en est-il dans le cas particulier de Salah ABDESLAM ? Est-ce qu’on peut parler de stratégie de défense ? «Sven MARY sait que si c’était faux, cela ne tiendrait pas la distance. Je pense que s’il le dit c’est que c’est vrai, et les juges le verront», plaide un avocat spécialisé dans le terrorisme. D’ailleurs, rien ne dit qu’il s’agit d’une «stratégie» de Sven MARY, qui a indiqué qu’il n’était pas sûr de continuer à assister l’accusé…

Le cas ABDESLAM ne serait d’ailleurs pas un cas isolé, bien au contraire, conclut Aude LORRIAUX dans son article de Slate. Selon l’avocate Elise ARFI, « généralement, les gens inculpés pour terrorisme n’ont aucune connaissance religieuse. Ils n’ont vu que des vidéos, n’ont pas lu le Coran. Souvent, ils ne sont même pas capables de citer les cinq piliers de l’islam.»

Il n’y a pas que les avocats ce matin qui prennent leurs clients pour des cons.

Et non, je pourrais à ce propos vous parler d’un certain Henri de LESQUN, candidat de l’extrême extrême droite, qui considère le Front National comme un «lupanar pédérastique», dirigé par une «femme de gauche» qui «s’éclate en écoutant de la musique nègre en boîte de nuit». Mais ce serait lui faire beaucoup trop de cas… je renvoie votre curiosité malsaine au portrait que lui consacre ce matin Libération…

Non, je vais vous parler d’une profession encore plus cynique qu’avocat ou politicien… et oui ça existe, c’est journaliste. La preuve, c’est une fois de plus Slate qui l’apporte ce matin, dans un article intitulé « Le secret le mieux gardé des rédactions, c’est que les journalistes détestent leurs lecteurs ». Citations à l’appui : «Les lecteurs sont bêtes. Il faut leur acheter un cerveau.», ou « les gens sont stupides. Ils ne lisent pas les articles et après ils t’envoient un e-mail pour te dire un truc totalement faux.»

Des citations rapportées par deux entrepreneurs qui ont rencontré des centaines de reporters et de responsables des médias. Ils rendent compte de ce dédain pour les lecteurs, enseigné jusque dans les écoles de journalisme : « Un journaliste d’un magazine, professeur dans une école de journalisme, a par exemple expliqué à ses élèves, pour leur faire comprendre qu’il fallait être didactique, que les lecteurs font partie des «95% de Français profondément idiots ».

Pour conclure, et je me tourne vers Caroline ELIACHEFF… les auteurs de l’étude estiment que ce désamour, ce dédain vient en fait d’un mécanisme assez simple : « si le seul moment pendant lequel les journalistes sont en contact avec leurs lecteurs est le moment où ils reçoivent une critique, ils développent des mécanismes psychologiques à leur encontre pour protéger leur ego. » Ce dédain serait en fait une forme de tristesse, tristesse d’être mal compris et peu respectés, quand les journalistes font face à des conditions de travail souvent très stressantes. »

En résumé, le journaliste, comme le berger allemand, a besoin d’amour et d’affection… dans le cas contraire, ne vous étonnez pas de vous faire croquer le bout des doigts.

Chroniques

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