LE DIRECT

Le temps des responsabilités

6 min
À retrouver dans l'émission

Après le temps de la déploration, de la stupéfaction, de l’indignation, de l’indigestion… voici venu un peu plus de 48h après les résultats du premier tour des élections régionales et le triomphe du Front National venu le temps pour la presse d’examiner les responsabilités. La faute à qui ?
Et à ce jeu là, les éditorialistes, tous bords confondus, excellent, étant entendu qu’examen des responsabilités est rarement synonyme d’examen de conscience… Pour Le Monde, « il ne fait pas de doute que la responsabilité des partis qui gouvernent la France depuis des lustres est lourdement engagée. Les uns et les autres ont échoué à sortir le pays du marasme où il se débat. »

Analyse partagée par Libération, qui titre ce matin « Contre le FN, tous à côté de la plaque »… sur une photo de Une qui montre trois présidents, manteau noir, de dos : Nicolas SARKOZY, François HOLLANDE, et Jacques CHIRAC. A la question pourquoi François MITTERRAND a disparu du portrait de famille, je ne vous apporterai pas de réponse ce matin…

bulletin de vote Front National
bulletin de vote Front National Crédits : Reuters

Et dans son édito, intitulé « Parler au peuple »… Laurent JOFFRIN, sans sourciller, arrose large : « Cette défaite politique et culturelle, qui peut en annoncer d’autres, impose un examen de conscience, écrit-il. A trop s’en tenir à la réprobation morale, les partis de gouvernement, plombés par leurs échecs sociaux et économiques, ont perdu l’appui des classes populaires. Mais il y a plus, qui vaut pour les partis mais aussi pour les intellectuels ou les journalistes – tiens donc : on a cessé de parler au peuple ».

Parce que oui, voyez-vous, c’est « le peuple » qui vote Front National. Pas les autres. Enfin, si vous avez une idée quelconque de qui sont « les autres » par rapport au « peuple ». Quoi qu’il en soit, on trouvera le même type de rigueur intellectuelle en Une du Figaro, pour qui le coupable est tout désigné : tout ça, c’est la faute à HOLLANDE. Tenez, une preuve irréfutable : « Si l’on demandait aux Français d’établir une hiérarchie des exécutifs les plus calamiteux depuis le début de la Vème République, écrit sans sourciller non plus Paul-Henri DU LIMBERT, ils désigneraient très probablement celui qui conduit les affaires du pays depuis 2012. » On ose à peine demander quelle méthode rigoureuse et indiscutable a été employée pour aboutir à ce résultat « très probablement » implacable.

Mais alors… la faute à qui ?

Eh bien en fait, la faute à tout le monde… la faute à la gauche et à Jean-Pierre MASSERET dans les colonnes du Parisien… la tête de liste socialiste qui se maintient dans la région Grand Est, « pur produit des baronnies sur lesquelles les premiers secrétaire successifs se sont appuyés, explique Le Parisien. »

Mais la faute à la droite, également et à Nicolas SARKOZY, « usé, fatigué, vieilli » pourrez-vous lire, toujours dans Le Parisien. « Le vrai perdant de la soirée, c’est lui et il le sait », flinguait dès dimanche soir un de ses anciens ministres. « Ce n’est pas un problème de ligne, c’est un problème de crédibilité. Il n’imprime plus ! Le retour de SARKOZY, c’est le retour du passé ! » selon le lieutenant d’un candidat à la primaire de 2016. »

Un partout, la balle au centre : « les deux camps évitent soigneusement de passer par la case remise en cause pour Patrice CHABANET du Journal de la Haute Marne. Or ce qui s’est passé dimanche n’est que la poursuite d’un mouvement de fond. » Même son de cloche sous la plume de Rémi GODEAU dans l’Opinion : après le 2ème tour, « chacun dira avoir compris la colère des électeurs. Chacun rivalisera de mesures pour résoudre l’équation sécuritaire, identitaire, économique. Chacun se présentera comme le meilleur rempart contre l’extrême droite. Et le FN s’ancrera davantage dans le pays. »

« Une question fondamentale, aussi vieille qu’Athènes et Rome, est posée aux partis, conclut Michel URVOY dans Ouest France : la démocratie se limite-t-elle à faire ce que les électeurs les plus exaspérés attendent d’eux ? »

Mais alors si c’est la faute à tout le monde… c’est la faute à personne ?

C’est tout le problème de cette dialectique de la déploration… alors pour dépasser les argumentaires simplistes qui voudraient voir se superposer exactement la carte du chômage avec celle du vote Front National, on pourra lire avec intérêt le point de vue des membres de l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean JAURES, rapporté dans les colonnes de la Croix… Selon eux, « moins il y a d’encadrement social (services publics, associations, etc.), plus le vote FN est fort. »

« Ce ne sont pas systématiquement les plus pauvres ou les chômeurs, des ouvriers ou des employés renchérit l’historien Hervé LE BRAS dans le Parisien. Le FN recrute beaucoup au sein des artisans ou des cadres moyens, au sein d’une classe moyenne inférieure ou d’une classe populaire supérieure pour qui l’ascenseur social est bloqué. Ce sont le plus souvent des personnes de 25 à 50 ans qui sont dans la vie active, qui sont de plus en plus souvent diplômées, mais qui sont bloquées dans leur métier, dans leur pavillon de la périphérie urbaine. » Un vote « nationalisé » et « interclassiste », selon Nicolas LEBOURG, cité par Médiapart.

Par ailleurs, comme le souligne également Médiapart, « Le FN réussit à incarner le vote utile face à la gauche. » On assiste, selon Joël GOMBIN cité par la Croix, à « un réalignement structurel et non conjoncturel au sein du pôle de droite : pour une partie de l’électorat, le FN est devenu le parti de la droite. »

Alors pour conclure, et pour changer un peu d’air, au propre comme au figuré, je terminerai par tout autre chose… vous n’êtes pas sans savoir que dans tout ce tumulte brun marine, la COP21 est toujours en cours… « Les ministres s’activent pour trouver un accord en milieu de semaine », nous rappellent d’ailleurs les Echos. Eh bien figurez-vous que la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère commence à diminuer…

Alors pour le moment, il ne s’agit que d’un ralentissement dans la hausse des émissions : ça continue, mais moins vite… 0,6% pour 2014… contre 2 et demi les années précédentes… mais un ralentissement qui pourrait laisser augurer une diminution pour 2015… en grande partie grâce aux efforts consentis par la Chine. D’où l’urgence, conclut l’article, de trouver un accord contraignant pour poursuivre dans cette voie. L’avantage avec le réchauffement climatique par rapport aux élections françaises… c’est qu’au moins, de ce côté-là, les responsabilités sont claires… et on sait quoi faire pour l’endiguer. Encore faut-il, pour l’un comme pour l’autre, s’en donner les moyens.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......