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Le temps dure longtemps

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A propos de la conférence de presse encore non-avenue du Président de la République, d'un calendrier de mémos pour préparer la campagne et de la fin de cette revue de presse qui est complètement incroyable !
Oui, je vous aurais bien fait chanter le « time is on my side » des Rolling Stones, mais on n’est lundi, ce n’est que votre deuxième semaine, je me devais donc d’être clément…

Vous savez, Guillaume, qu’en politique, tout est question de temps, de timing, de la bonne phrase au bon moment… bref, du contrôle de l’horloge. Et en matière de temps politique, la conférence de presse du Président de la République a un effet assez surprenant sur l’espace médiatique : un effet de distorsion temps/espace, comme une sorte de trou noir qui absorbe toute matière informative à sa portée.

Conférence de presse de François HOLLANDE
Conférence de presse de François HOLLANDE Crédits : Reuters

Ainsi, alors que le Président de la République doit s’exprimer tout à l’heure pour la 6ème conférence de presse de son quinquennat, et qu’il n’a donc encore rien dit puisque tout à l’heure, c’est le futur… eh bien pour autant ses futures déclarations encore non-verbalisées sont la préoccupation de quasiment tous les journaux ce matin.

« Voilà au moins une promesse tenue » estime Philippe MARCACCI dans l’Est Républicain, « une conférence de presse tous les six mois », des grand-messes à répétition qui ont banalisé la parole du chef de l’Etat, « un grand oral de rattrapage dans lequel il échoue à chaque fois à redresser une courbe de popularité au plus bas », selon Hervé FAVRE de la Voix du Nord.

Et en matière d’annonce, celle qui concentre toutes les attentes, tous les espoirs et toutes les inquiétudes, c’est celle de l’arrivée des chasseurs français dans le ciel syrien, arrivée qui « vise à déplacer les projecteurs de l’actualité de l’errance des migrants à leur point de départ », résume Dominique GARRAUD dans la Charente Libre.

Une annonce qui fait une certaine unanimité sur l’échiquier médiatico-politique : « La nécessité de réagir au déferlement (on appréciera le champ lexical maritime) de réfugiés pousse le président de la République à abandonner une hypocrisie qui a contribué à la résilience de DAESH. Il était temps. » écrit Philippe GELIE dans le Figaro.

Analyse similaire de David CARZON dans Libération : « Si la conférence de presse de ce matin sera l’occasion de donner une nouvelle orientation à la stratégie militaire en Irak et en Syrie, on peut regretter que la France n’ait pas plus tôt affirmé une position claire et plus engagée concernant l’accueil des réfugiés ».

« Mais imaginer que cet engagement annonce la déroute de DAESH, que ses effets se feront rapidement sentir, relève de l’illusion » précise l’éditorialiste de la Croix, « les seules solutions au drame syrien et à la fuite des réfugiés passent par la diplomatie ». Pour Pascal COQUIS, des Dernières Nouvelles d’Alsace, « La France qui voulait faire tomber le régime syrien va désormais se trouver en position d’allié objectif de celui-ci… c’est Bachar AL-ASSAD qui peut jubiler, il a tant et si bien créé le chaos que toutes les barrières morales ont sauté »

En temps politique, il y a l’avant… le pendant… et l’après…

Et en terme d’après, vous savez que ce qui fait frémir la presse, la petite décharge d’adrénaline prévisionnelle qui répond à l’angoisse métaphysique de prévoir, à défaut de savoir ce que l’avenir nous réserve… c’est celle des sondages. Avant même la conférence, sondage à lire ce matin dans le Figaro sur les intentions de vote d’un panel de 1002 personnes à la présidentielle, sondage IFOP qui nous enseigne que quelle que soit le candidat de la droite, l’actuel chef de l’Etat serait battu à plate couture dès le premier tour.

Mais en matière d’après, il y a mieux que le sondage… ce matin, Libération propose « un calendrier de l’après », un tableau de mémos pour François HOLLANDE sur le chemin de sa candidature à la présidentielle, sous forme de calendrier donc, avec un post-it pour chaque mois jusqu’en septembre 2016 ; à chaque post-it, un petit conseil (slash) boule de cristal (slash) auspice tiré des entrailles d’un poisson ou d’une volaille fraîchement sacrifiés. Par exemple : décembre 2015 : « Réussir la COP21 et ne pas perdre l’Île de France »… juin 2016 « convaincre DUFLOT de ne pas y aller » ou mieux encore, en juillet 2016, il faudrait selon Libé « espérer une victoire des bleus à l’Euro 2016 »…

Le temps long de la politique, vous dis-je…

Et du temps long de la politique au temps très court d’internet, la fin de cette revue de presse vous réserve des surprises hallucinantes !

Une formulation qui vous est sans doute familière si vous arpentez de façon régulière les réseaux sociaux : « ce qui se passe dans la suite de cette vidéo est incroyable » (on appelle ça du « clickbait », de l’appât à clic), les 19 trucs les plus chelous vus à l’Université d’été du FN, 18 signes que vous avez la gueule de bois… mais aussi 18 artistes du monde entier rendent hommage au petit garçon syrien noyé, ou Comment vous pouvez aider les réfugiés de Calais…

Tous ces titres, ce sont ceux que vous pourrez lire ce matin sur le site BuzzFeed, auquel Libération consacre une double page. Un site qui réunit plus de 200 millions de visiteurs uniques mensuels et dans lequel le réseau américain NBC Universal vient d’injecter 200 millions de dollars. Buzzfeed, c’est ce classement assez incongru d’articles selon les catégories « LOL, Win, OMG (pour Oh My God), Cute, Fail ou What The Fuck », des catégories qui résument à elles seules le point commun entre des « listes bas de plafond » comme le classements des meilleurs moments du manga Sailor Moon et un article sur « l’histoire d’une photo marquante », celle de l’enfant syrien sur la plage… eh bien ce point commun, c’est de susciter une émotion immédiate, de rire, de rejet, de compassion.

Buzzfeed qui commence, explique l’article, à tailler des croupières aux web média indépendants, comme VICE, passé d’un statut de plateforme « gonzo » à l’envoi de journalistes au cœur de l’Etat Islamique.

« C’est pourtant bien la question de la qualité de l’information qui est posée. Elle doit divertir ou mourir, explique Elise GODEAU. Vaut-il mieux copier des méthodes critiquables mais en phase avec l’avènement des réseaux sociaux où tout se vaut, ou bien se poser en gardien d’un journalisme éclairé et civilisateur, quitte à se couper du monde ? Entre la danse contemporaine sur Arte ou Danse avec les stars sur TF1, Buzzfeed a choisi son camp sans s’émouvoir »

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