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Les 12 travaux d'Hollande

6 min
À retrouver dans l'émission

Mettre sur pied une coalition internationale pour vaincre DAECH au lendemain de l'incident diplomatique entre la Russie et la Turquie ressemble de plus en plus à un défi aux proportions mythologiques.
On pourrait titrer ce matin le panorama éditorial de la presse quotidienne au mieux comme un récit antique, au pire comme un album d’Astérix, si la situation n’était pas aussi grave… « Les 12 travaux de François HOLLANDE »…

Hercule terrassant l'hydre de Lerne
Hercule terrassant l'hydre de Lerne

Parce que la mission du chef de l’Etat français, en quête d’une coalition internationale pour renforcer la lutte armée contre DAECH commence à s’apparenter à une quête aux proportions mythologiques… « Le président de la République se soumet cette semaine aux travaux d’Hercule, écrit Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre. Comment convaincre les plus grands dirigeants de la planète et ceux de cet Orient si « compliqué » de tirer dans le même sens pour abattre DAECH, notre ennemi commun ? ». DAECH, cette « hydre djihadiste qui compte les points » pour Denis DAUMIN de la Nouvelle République, alors que la grande coalition, déjà complexe à rassembler, vient de prendre un sérieux coup dans l’aile, « au propre comme au figuré, écrit Philippe GELIE dans le Figaro, avec l’incident aérien au cours duquel deux F16 turcs ont abattu hier matin un Sukhoi 24 russe à la frontière syro-turque. La gravité de cet accrochage, dans lequel les deux pilotes sont morts aux mains de Syriens turcophones bombardés par la Russie, comporte un risque réel d’escalade entre deux acteurs clés du conflit, dont les stratégies et les intérêts s’opposent radicalement. »

C’est « une crise dans la crise », pour le Parisien... un tir qui « plombe les efforts de Paris », analyse Isabelle LASSERRE toujours dans le Figaro. « La destruction de l’avion russe a aussi affaibli, de manière indirecte, les espoirs de rapprochement entre la Russie et l’Occident, l’un des objectifs de la visite à Moscou de François HOLLANDE. Mais elle fait également courir un risque d’escalade militaire dans une région en proie au chaos. Jamais depuis les années 50 les forces armées d’un pays de l’OTAN, dont la Turquie occupe le flan sud-est, n’avaient abattu un avion russe ou soviétique », rappelle Isabelle LASSERRE.

Et tous les journaux s’accordent ce matin sur cette analyse aux accents catastrophistes… « Risque d’escalade entre la Russie et la Turquie » dans l’Humanité. « La fièvre monte entre la Russie et la Turquie » dans la Croix.

« Avec des adversaires de cette trempe là, l’organisation Etat Islamique a décidément encore de beaux jours devant elle, estime Pascal COQUIS dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Pendant que ses ennemis supposés s’écharpent, elle peut reprendre des forces et planifier d’autre attaques, en Europe et ailleurs. (…) A peine évoquée, la grande coalition internationale unique brandie comme une lance face à l’EI est, elle, mort-née. François HOLLANDE ne parle d’ailleurs plus de coalition, mais de « coordination ». Bientôt, il n’en sera même plus question ».

« Le plus grave, c’est que cet incident militaro-diplomatique porte potentiellement les germes d’un véritable conflit, pour Sébastien LACROIX de l’Union. La Turquie, comme membre de l’OTAN, dispose d’une protection garantie par les autres membres en cas d’attaque extérieure. En clair, s’il prenait à POUTINE l’envie d’envoyer ne serait-ce qu’une petite grenade sur Istanbul, il déclencherait une troisième guerre mondiale. »

Voilà, pour le substrat mythico-apocalyptique, je crois qu’on est bien au cœur du récit du jour… il ne manque, pour tout vous dire, qu’un dessin de François HOLLANDE avec la peau de lion sur le dos, sa fourche à la main, résolu à aller curer les écuries d’AUGIAS.

Qui sont nos vrais alliés, dans ces travaux herculéens ?

C’est la question à laquelle tente de répondre Libération ce matin… et le panorama est assez inquiétant… il y a d’abord les piliers… mais des piliers fragiles… les Etats-Unis, effacés, d’autant que Washington ne souhaite toujours pas s’engager au sol, malgré une opinion publique devenue favorable au fil du temps. Il y a la Russie, l’allié isolé – que François HOLLANDE doit rencontrer demain, mais qui bombarde plus la rébellion syrienne que les positions de DAECH.

La Turquie est l’allié malaisé… j’y reviendrai dans un instant… il y a les Pays du Golfe, alliés ambigus pour avoir longtemps financé, voire armé DAECH… L’Iran également, ce nouvel allié indirect et puis sur le terrain, les kurdes, les groupes rebelles syriens et enfin les milices chiites. On mesure l’ampleur du chantier… une « coalition Tour de Babel » comme la nomme Jean LEVALLOIS en ayant recours à un autre substrat mythique, dans la Presse de la Manche. « Pauvre François HOLLANDE, déplore-t-il, qui veut faire travailler en équipe des Etats qui n’ont aucune envie de se fréquenter, ce n’est pas simple. Surtout si chacun, au sein de la coalition, poursuit sa propre croisade, les Turcs étant bien plus préoccupés d’éliminer les Kurdes, alors même qu’en Irak et en Syrie ce sont les forces armées kurdes qui font la démonstration de leur courage et de leur talent à combattre DAECH qu’ils font reculer à chaque fois qu’ils livrent bataille. »

D’ailleurs, pour Renaud GIRARD dans le Figaro, l’équation est simple : « La Turquie a cessé d’être notre alliée ». Selon lui, après l’adhésion du pays à l’OTAN en 1952, et sa participation à la coalition de la première guerre en Irak… c’est début 2000 que les choses commencent à changer, avec l’accession d’ERDOGAN et de son parti islamique modéré, l’AKP au pouvoir.

« Il faudra attendre 2011 et la vague des révolutions arabes pour voir ERDOGAN jouer réellement avec le feu. Le Turc laisse passer sur son territoire, vers la Syrie, tous les djihadistes accourus depuis le monde arabo-musulman ou depuis la France. Lorsqu’en 2014, l’Etat Islamique commence à prendre de l’importance, ERDOGAN n’hésite pas à pactiser secrètement avec lui. (…) Plus tard, pour punir l’Europe de ses leçons de morale, le président turc laisse passer des centaines de milliers de réfugiés moyen-orientaux vers ses rivages. » Renaud GIRARD conclut : « En ordonnant hier d’abattre un avion russe qui bombardait les rebelles islamistes au nord de la Syrie, ERDOGAN veut tuer dans l’œuf la coalition internationale que le président français cherche à édifier contre l’Etat Islamique. Avec ERDOGAN à sa tête, la Turquie ne connaît plus à l’égard des Occidentaux que les rapports de force. Ce beau pays fut notre allié. Hélas, il ne l’est plus. »

Il fallut 10 ans selon la mythologie à Hercule pour accomplir ses 12 travaux, le dernier étant la descente aux enfers pour enchaîner Cerbère, le chien à trois têtes. Combien de temps faudra-t-il à François HOLLANDE pour mener à bien sa mission diplomatique internationale et surtout… surtout… la question que vous vous posez secrètement Guillaume… qui incarneront dans cette épopée les terribles juments mangeuses d’homme de DIOMEDE ?

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