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Les dindons de la force

6 min
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Impossible d'échapper ce matin à la déferlante Star Wars, au sens littéral comme au figuré : commentaires sur la sortie du film ou allégories politiques de la saga dans les éditos. Disney n'a pas fini de nous farcir de la force.
"Le réveil de la farce" : il est bien question de la farce, pas de la force… la farce dans toute sa polysémie… La farce, c’est bien sûr cette forme de comédie bouffonne, d’humour un peu grossier… une pièce de théâtre politique qui se joue sous nos yeux depuis quelques jours, j’y reviens dans un instant… mais la farce, c’est étymologiquement ce avec quoi l’on remplit… un mélange d’épices et de condiments que l’on met à l’intérieur des animaux pour agrémenter les plats…

Star Wars : l'invasion a commencé
Star Wars : l'invasion a commencé Crédits : Reuters

Farce vient d’ailleurs du latin farcio , remplir… et le glissement sémantique entre les deux acceptions est intéressant… la farce théâtrale à ceci de commun avec la farce alimentaire que c’est quelque chose de mélangé et d’agréable, c'est-à-dire une espèce de revue de sujets divers, ou une pièce farcie…

Et nous n’avons pas fini d’être farcis de ce nouvel épisode de la saga Star Wars qui sort aujourd’hui en salle... dont le récent propriétaire, le groupe Disney, qui en a racheté les droits pour la somme astronomique (littéralement, si importante qu’elle renvoie à l’échelle des étoiles)… pour la somme astronomique, donc de 4 milliards de dollars, compte bien nous farcir comme un volaille bien grasse de chair à saucisse qui ne l’est pas moins…

Il suffit pour cela de voir ce matin le nombre d’articles et de Unes dévolues à ce 7ème épisode, Libération lui consacre presque une dizaine de pages… et le paradigme Star Wars se diffuse comme une odeur de farce cuite partout dans les éditoriaux ce matin…

« Le côté obscur de la farce », c’est le titre de l’édito de Jean-Emmanuel DUCOIN dans l’Humanité… qui commence presque comme ce texte déroulant qui initie chacun des films de la saga : « Le paysage est sinistré, la République craquelle. Certains détournent leurs regards, d’autres utilisent les leurs au profit de stratégie mortifères. » Pour l’Huma, Manuel VALLS est le nouveau Dark Vador, version boulevard, « le côté obscur de la farce », donc. Une farce tragique qui consiste à ne faire aucun retour sur le passé, ni « bilan pour déconstruire le creuset libéral dans lequel se sont fondus le président et son gouvernement, avec les conséquences que l’on sait. »

Pour Christophe BONNEFOY, dans le Journal de la Haute Marne, « Trois jours après le second tour des régionales et en ce mercredi de sortie de Star Wars sur le grand écran, ce n’est pas du côté des partis politiques qu’il faut aller chercher l’astre qui nous guidera. »… un point de vue largement partagé dans la presse, comme par Nicolas BEYTOUT dans l’Opinion, qui écrit avec une pointe d’amertume qu’après « des décennies de vieille politique, l’apprentissage est difficile (comme celui de la force, nota bene ) comme le prouve le courage tout militaire qu’il a fallu au ministre de la Défense et nouveau président de la région Bretagne, Jean-Yves LE DRIAN, pour pulvériser la règle du non-cumul des mandats. Et que dire de Nicolas SARKOZY, contraint d’évincer NKM, la numéro 2 de son parti, pour en finir avec la contestation interne ? Mais c’est Claude BARTOLONE qui a démontré les meilleures aptitudes à agir « autrement » (entre guillemets bien appuyés). Claude BARTOLONE a courageusement remis son mandat de président de l’Assemblée Nationale entre les mains de ses camarades socialistes, dans un exercice démocratique total, organisé à huis clos, et où sa reconduction verrouillée par l’Elysée et le Parti Socialiste s’est faite par acclamation. »

Si on était dans l’univers de Georges LUCAS, on pourrait se dire qu’on est à deux doigts de voir la République basculer vers l’Empire…

Et si Star Wars était, depuis 40 ans, une grille de lecture politique du monde ?

Eh bien il faut dire que les connexions sont nombreuses, et que c’est peut-être l’un des aspects de la saga qui lui apporte sa dimension mythologique… selon Thomas SNEGAROFF dans Libération, dès le début de la série, Star Wars, c’est une histoire de l’Amérique…

« Georges LUCAS évoque, pour modèle de l’empereur Palpatine (le grand méchant des premiers épisodes), non pas HITLER ou STALINE, comme beaucoup l’ont imaginé, mais Richard NIXON. Star Wars, c’est non seulement l’Amérique, mais c’est une Amérique qui s’est dévoyée, qui a cédé à la tentation de l’Empire, comme l’avaient craint les Pères fondateurs. Et la clé de ce passage de la clarté à l’obscurité, aussi bien pour Anakin (le futur Dark Vador) que pour l’Amérique, c’est la peur. Pour l’un, la peur de perdre les êtres aimés, pour l’autre la peur de perdre son identité, que Palpatine prétendra protéger… à condition de se voir confier les pleins pouvoirs. »

Tout rapprochement avec des faits d’actualités récent n’est évidemment que pure coïncidence…

Faut-il alors croire Frédéric VEZARD dans le Parisien lorsqu’il nous promet dans son édito « qu’au bout d’un automne terrible qui a vu se succéder les attentats du 13 novembre et la crispation des élections régionales, ce nouvel épisode de Star Wars est une parenthèse bienvenue une grande évasion qui substitue les épées laser aux kalachnikovs et qui promet le triomphe final des forces du bien » ? Faut-il croire le psychologue Arthur LEROY, cité par La Croix, qui nous explique que « Voir et revoir Star Wars, c’est très rassurant, face au désenchantement du monde, on a tous besoin de se créer une mythologie » ?

On peut aussi légitimement être un peu agacé de cet envahissement médiatique, de ce bulldozer marketing, généré par le mastodonte Disney… « maître des plus puissantes licences de l’entertainment » comme le rappelle le Figaro… Disney qui a promis de sortir un film Star Wars par an jusqu’en 2020… Disney qui comme je vous le disais a racheté la franchise Star Wars à un prix d’or, près de 4 milliards et demi de dollars… mais aussi l’écurie de super héros Marvel, qui nous gratifie d’au moins deux à trois films par an, sans oublier Pixar… et, last but not least, la franchise Indiana Jones qui elle aussi doit revenir sur les écrans dans les prochaines années… on ne sait pas encore si Harrison FORD fera ou non ses cascades en déambulateur…

Bref, Disney n’a pas finir de nous farcir de ses franchises, et de se farcir le portefeuille par la même occasion. La belle farce que voilà… Or de la farce à la force, il n’y a qu’une voyelle et comme le souligne Etienne de MONTETY dans son billet dans le Figaro… « Les spectateurs sont-ils forcés de s’y intéresser ? On risque une hypothèse : ils le font non pas par force, mais plutôt – nuance subtile – à force d’en entendre parler. Dans cet ouragan force 7, nous nous raccrochons à la littérature et à La Fontaine qui, benoîtement, nous assure que patience et longueur de temps… » font plus que force… ni que rage.

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