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Modernités

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À retrouver dans l'émission

Le Djihad à 14 ans, François Hollande sur la question des femmes, Coupe Davis et mixité... par Thomas Baumgartner

Ça commence par une histoire ?

Une histoire racontée dans le détail par Soren Seelow dans Le Monde daté d’aujourd’hui. Une grande double page pour raconter l’histoire de Léa, Camille, Juliette et Fatima. Des adolescentes dont les prénoms ont été changés pour l’article évidemment, mais qui sont bien réelles.

Et d’abord Léa, scolarisée dans un collège de région parisienne. Elle, a 14 ans quand elle disparaît le 18 juin 2014. Elle est partie à l’heure de la cantine pour rejoindre Amsterdam puis Istanbul, puis Rakka, dans le nord de la Syrie, capitale autoproclamée de l’Etat islamique.« Elle est accueilli sur place par son futur mari, de huit ans son aîné », lit-on dans le reportage du Monde.

« Sa fugue a été pilotée à distance », écrit Soren Seelow. « Les enquêteurs de la Sous-direction antiterroriste et de la Direction générale de la sécurité intérieure découvrent rapidement qu’elle a été en contact sur Facebook avec un certain Abou Saad Al Maghrebi, un prédateur de l’Etat islamique, originaire de Nîmes ».

Des contacts de Léa sur Facebook sont repérés, ce sont d’autres jeunes filles. Camille, donc, 15 ans, originaire d’une petite ville du sud de la France. Et Juliette, 14 ans. Camillle « s’est peu à peu radicalisée sur internet ». Juliette « porte niqab et gants, un an seulement après sa conversion dans une mosquée de sa région, dans le nord de la France ».

Camille est visée par une interdiction de sortie de territoire depuis mars 2014.

Elles sont entendues l’une et l’autre par la police, après la disparition de Léa. Ce que les agents entendent « les sidèrent », nous dit le journaliste. Les jeunes filles affirment qu’elles veulent « tuer pour Allah », et quelques jours plus tard, Juliette échange des SMS avec une certaine Fatima, 17 ans, où elles évoquent un « vague projet d’attentat dans lequel serait impliqué Juliette ».

« Les propos violemment antisémites des trois jeunes filles Juliette, Camille et Fatima, et leur apparente détermination conduisent les policiers à les interpeller », raconte l’article du Monde.

« Que représente pour vous Mohammed Merah ? », demande un enquêteur pendant l’interrogatoire. « Je vais vous donner un exemple », répond Camille. « Il y en a qui veulent faire tout comme la chanteuse Rihanna, eh bien moi, je veux tout faire comme Merah ».

Plus loin, Juliette explique les raisons de sa conversion à l’islam : « Tout simplement, cette religion m’a sauvée, car j’avais envie de me suicider ». L’article donne une large place aux textos des jeunes filles. Où les acronymes du type mdr (mort de rire) voisinent avec désinvolture avec des projets de tuerie de masse… ou des propos sur la photo de tel ou tel « martyr » de l’Etat islamique qui était « trop beau » et qui portait des Nike Air max.

« L’analyse des téléphones des jeunes filles offre une plongée saisissante dans un univers tourmenté », écrit le journaliste. « Celui d’une adolescence sans espoir, transcendée par une issue mystique ». Les jeunes filles, et certains de leurs contacts, ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Dans le cadre de son contrôle judiciaire, Camille s’est inscrite à un CAP petite enfance et a intégré le programme du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, de Donia Bouzar. En septembre 2014, Camille parlait de son expérience : « On s’auto-endoctrinait toutes, on était comme des robots, c’est comme dans une secte ». Mais les enquêteurs ont récemment découvert qu’elle cherchait toujours à partir en Syrie. « Camille, aujourd’hui âgée de 17 ans, a été incarcérée début janvier ».

Pourquoi l’Etat islamique s’intéresse-t-il aujourd’hui autant aux jeunes filles ? Réponse : « Passé la phase de conquête territoriale, l’Etat islamique est entré dans une logique de peuplement », nous dit Soren Seelow, et il organise des unions « afin d’inscrire son projet dans la durée ».

« Djihad suicides/ le terrorisme à 14 ans », c’est un article à lire dans Le Monde daté d’aujourd’hui.

A quelques jours du 8 mars et de la journée internationale des droits des femmes, une parole rare dans le magazine Elle ?

François Mitterrand avait déjà donné une interview dans Elle. C’était en 1984. Et donc, dans le numéro qui sort aujourd’hui, François Hollande prend la suite.

« Votre nouveau ministère de la famille, de l’enfance et des droits des femmes a fait jaser », embrayent d’emblée les quatre journalistes accueillies à l’Elysée, Katell Pouliquen, Catherine Robin, Françoise-Marie Santucci et Dorothée Werner. « Même la droite n’aurait pas osé cet intitulé, qu’on peut qualifier de réactionnaire ».

En réponse, le président de la République évite de parler frontalement du problème essentiel : à savoir, celui d’avoir ramené le droit des femmes dans le même portefeuille que les questions liées à la famille. Il répond plutôt par une autre question : « Pourquoi laisserions-nous aux conservateurs ce thème de la famille dans ce qu’il a de plus beau : la possibilité de faire des enfants ou d’en adopter ? Si j’ai voulu le mariage pour tous », dit-il, « c’est bien pour donner à tous la possibilité de former une famille ». Et François Hollande annonce qu’il va modifier l’intitulé du ministère : le ministère de la famille devrait devenir le ministère « des familles ».

Le magazine Elle pose plus loin la question des agressions sexuelles qui ont eu lieu à Cologne, et celui du harcèlement de rue : « Fin janvier, dans le texte sur le harcèlement et les violences sexistes, les sénateurs ont écarté l’article concernant les transports… Que faire ? »

« Nous allons faciliter les dépôts de plainte. Et s’il faut changer la loi pour que des sanctions soient prononcées, j’y suis prêt », dit François Hollande.

Parmi les figures féminines qui l’ont inspiré, le président cite Yvette Roudy. « C’est elle qui fit adopter la première loi sur l’égalité professionnelle en 1983 ».

Et il parle aussi d’Angela Merkel, la chancelière allemande. « Elle est plus féministe qu’elle ne doit le penser elle-même », dit-il.

Et à la fin de l’entretien, le président ajoute : « Depuis 2012, j’ai veillé à ce que le gouvernement soit entièrement paritaire,

40 % des nominations dans la haute fonction publique ont concerné des femmes. C’est encore trop peu. Beaucoup reste à faire au niveau des exécutifs locaux ou des directions d’entreprise. Combien y a-t-il de femmes à la tête de groupes du Cac 40 ? Vous connaissez la réponse : aucune ! »

Alors, on peut compléter immédiatement les propos du président de la République en nous référant à un entretien que publie La Croix aujourd’hui. Entretien avec l’économiste Rachel Silvera.

« Désormais 32% des membres des conseil d’administration des entreprises cotées au CAC 40 sont des femmes », précise-t-elle. « Mais si on regarde les entreprises non cotées, on tombe à 14%. »

« Jusqu’en 1946, il a existé un ‘salaire féminin’, qui pouvait être légalement moins important que le salaire masculin », rappelle-t-elle. Aujourd’hui l’écart est de 25%, selon ses propres études. « Dans ces 25%, il y a une part qui correspond au fait que les femmes sont surreprésentées dans les postes à temps partiel, qui ont des salaires plus faibles.

Et il y a une autre part qui correspond au fait que les hommes et les femmes n’occupent pas les mêmes emplois : il y a des emplois à prédominance féminines qui sont globalement moins reconnus et moins rémunérés ».

Si on enlève ces deux facteurs, explique Rachel Silvera, « il reste environ 10% d’écart salarial inexpliqués. Cette discrimination s’exerce rarement à l’embauche. Elle apparaît souvent dans l’évolution de carrière. Les femmes ont moins souvent des augmentations ou des promotions. Tout se passe, dit l’économiste dans La Croix, comme si l’employeur supposait que la femme allait être amenée à avoir un enfant et à s’engager moins dans l’entreprise ».

Une question pour finir : faut-il tuer la Coupe Davis ?

Oui. Et il faut en faire autre chose. Mais une autre chose… mixte !

C’est l’avis de Gilles Dhers dans une petite tribune qui paraît ce matin dans Libération. Gilles Dhers qui trouve la Coupe Davis (dont la France joue le premier tour ce week-end contre le Canada) « obsolète », « illisible », mal suivie par les joueurs eux-mêmes.

« La Fédération internationale de tennis se montre totalement incapable d’imposer sa compétition phare comme un événement majeur du calendrier sportif », lit-on dans ce texte. « Pourquoi ne fusionnerait-elle pas sa Coupe Davis décatie et sa Fed cup anecdotique (la Fed cup, c’est l’équivalent de la Coupe Davis pour les joueuses) en une véritable Coupe du monde de tennis… mixte ? »

« Sans quoi », prévoit Gilles Dhers, « un tycoon indien, un milliardaire chinois, un network américain bâtira, à coups de millions de dollars, un ersatz plus ou moins extravagant, et plus ou moins crédible ».

Tuer la Coupe Davis, oui donc, mais pour la transformer, avec un brin d’égalité, de mixité. Un peu de modernité, en quelque sorte.

Bonne journée !

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