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Musique, savoir, huîtres et complexité : l'enjeu de l'accès

5 min
À retrouver dans l'émission

par Thomas Baumgartner
Ce matin, dans la presse, il est question d’accès…"

Oui, l’accès… L’accès à un parc à huîtres, pour commencer… Il n’y a pas de trèves des confiseurs pour les margoulins. Figurez-vous que juste avant le réveillon de Noël l’entreprise Gillardeau s’est fait dérober 2 à 3 tonnes d’huîtres dans les marais de Bource-franc à Marenne-Oléron, en Charente-Martime. C’est Eric de la Chesnais qui nous raconte ça dans les pages économie du Figaro. C’est une première dans l’histoire de l’ostréiculteur. « Nous renforçons la surveillance sur nos parcs à huîtres nuit et jour en cette période de forte activité », explique Véronique Gillardeau, la patronne du groupe du même nom. « Nous avons installé des caméras thermiques et renforcé les clôtures », dit-elle. Et le Figaro poursuit : « Cette malveillance aurait pu passer inaperçue si les huîtres chapardées n’avaient pas toutes été gravées du G de Gillardeau ». « Un outil initialement prévu », lit-on, « pour se prémunir de la contrefaçon chinoise ». On apprend donc du même coup que les huîtres sont gravées, tatouées, comme des billets de banques sont numérotés. Et qu’il y a de la contrefaçon chinoise en la matière. Et aussi qu’on peut parler d’huîtres dans les pages saumon du Figaro.

"Autre sujet… Puisque vous parlez d’accès : 2015 serait l’année de l’accès… payant ?"

Dans le Figaro toujours, quelques pages après les huîtres, on apprend effectivement que 2015 aura été l’année où en ligne on fait désormais payer pour accéder au contenu… « L’année 2015 aura été marquée par un pari des éditeurs de contenus qui semblait jusqu’à présent impensable : faire payer les internautes », lit-on sous la plume de Chloé Woitier. « Dans la presse, la musique ou la vidéo, le constat est le même : la publicité à elle seule ne suffit pas à financer la création et les contenus ». « Les jeunes d’aujourd’hui seraient en effet prêts à payer pour les contenus qu’ils aiment », à en croire une étude citée dans l’article. « L’essor du micropaiement, notamment dans les jeux vidéos sur smartphone, a popularisé l’acte de payer pour de l’immatériel ». La journaliste ajoute : « Preuve en est : le récent succès des offres premium de plateformes d’écoute de musique Deezer, Spotify et Napster. Longtemps boudées, ces dernières revendiquent désormais 3 millions d’abonnés en France, soit un bond de plus de 50% en un an ».

Le Figaro a donc ouvert cette séquence numérique, Les Echos la poursuivent en élargissant la focale. « Comment le numérique transforme la France », c’est le titre du quotidien économique. Et cette phrase juste en dessous : « Désormais, la prise de conscience que le digital allait transformer la société en n’épargnant aucun secteur est faite ». Détails et explicitation en pages intérieures : « 2015 est l’année du point de bascule », affirme Benoît Thieulin, le président du Conseil national pour le numérique. « Les grandes entreprises n’hésitent plus à aller au-devant des start-ups », écrivent les Echos. « Orange y envoie ses cadres en immersion (…), BNP-Paribas ou Saint-Gobain disposent de postes de travail dans une pépinière de start-ups, et Renault crée son propre incubateur pour repérer les talents. » Alexandre Counis, qui signe l’article dans Les Echos, souligne que « le label French Tech, créé par le gouvernement pour promouvoir les start-ups tricolores, commence à porter ses fruits. La marque est désormais installée, et le message prend aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni. » Un peu plus bas sur la page, nuance de Gilles Babinet, prédécesseur de Benoît Thieulin à la tête du Conseil national du numérique, et aujourd’hui « digital champion » de la France auprès de la Commission européenne (car il faut savoir que chaque pays de l’UE a nommé un « champion numérique » auprès de la commission pour « promouvoir les avantages d’une société numérique ouverte à tous »). Et pour Gilles Babinet, « les entreprises françaises sont encore trop timorées. Souvent on considère que la révolution digitale, c’est de la technologie. Or c’est avant tout un nouveau modèle de management qui permet l’innovation, la créativité et la prise de risque avec moins de hiérarchie. Sur ce sujet », dit Babinet, « les entreprises ont encore du chemin à parcourir »… Le virage numérique de la France, et de ses entreprises, c’est donc à lire dans Les Echos.

"Un sujet complété par Libération ?"

« L’idéologie propriétaire a atteint ses limites », déclare l’économiste Benjamin Coriat à Vittorio de Filippis. « Internet a changé la donne en créant la possibilité de lieux de pair à pair (peer to peer) : des plateformes en accès ouvert qui permettent un partage de la ressource informationnelle », à savoir, les contenus. Benjamin Coriat n’intègre pas dans cette description des plateformes comme Uber ou comme AirBNB, qu’il qualifie de « prédatrices ». « Ces entreprises sont devenues concurrentes d’entreprises qui font le même job mais qui, elles, sont réglementées, soumises à toutes sortes d’obligations et paient des impôts », dit-il. « Ces nouvelles entreprises-plateformes opèrent à travers une relation salariale déguisée qui a, en réalité, toutes les caractéristiques d’une relation d’autorité mais sans les contreparties les plus élémentaires que sont le salaire et les prestations sociales ». Et la propriété là-dedans, alors ? « La propriété a encore de beaux jours devant elle », explique Coriat. « Mais l’idéologie propriétaire, c’est-à-dire l’affirmation de la nécessité que la propriété soit absolue et exclusive et donc attachée à une seule personne, a atteint ses limites. » L’accès ouvert, pour l’économiste (puisqu’il est encore une fois question d’accès), l’accès ouvert, donc la propriété partagée, reste une pratique et une logique actuelles, et un horizon. « Les scientifiques ont les premiers mis à mal cette idéologie de la propriété exclusive », dit Benjamin Coriat à Libération. « Ils ont créé les premières plateformes ouvertes d’échanges d’informations. Ce sont eux qui ont montré que cette idéologie propriétaire était un frein à la circulation des connaissances ».

"Et pour terminer un accès… à la complexité ?"

C’est un texte qu’on trouve dans La Croix, signé du physicien Yves Quéré, membre de l’Académie des sciences. « Pourquoi il faut enseigner la musique à l’école », c’est le titre… « La musique nous ouvre une porte sur la complexité », écrit-il. « Celle du monde et de notre vie intérieure ». « La musique illustre à merveille la complexe intrication des pensées. Le contrepoint fait en effet parler simultanément deux, trois voix – six peut-être chez un Bach ou chez un Brahms. Voix horizontales, chacune singulière en intonation et en intention, qui se récapitulent en une étonnante unité verticale. » « Enseigner la musique aux enfants a pour vocation de faire entrer, autant que la littérature mais différemment, dans cette vision d’un monde de la complexité où, pourtant, la discordance des causes et des effets peut donner naissance à des situations de concorde, de pureté et d’extrême beauté. » C’est donc signé Yves Quéré, et on y a accès facilement : il suffit de lire La Croix aujourd’hui.

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