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Noël avant l'heure

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Ce que le retour annoncé de Bernard TAPIE nous dit de l'état de délabrement de la vie politique en France, de l'absence de renouvellement des cadres des partis et de la perte de leur légitimité. Et hommage à Kurt MASUR, disparu ce week-end.
C’est Noël avant l’heure ce matin pour les éditorialistes, qui s’en donnent à cœur joie pour commenter le retour de ce vieux bonhomme débonnaire et filou qui revient les bras chargés de cadeaux plus invraisemblables les uns que les autres… Ce vieux bonhomme, c’est bien sûr Bernard TAPIE qui a 72 ans, a annoncé hier dans les colonnes du JDD son retour en politique, pour dit-il, faire barrage au Front National et en finir une fois pour toutes avec le chômage des jeunes !

Bernard TAPIE en 2014
Bernard TAPIE en 2014 Crédits : Reuters

« Ce n’est pas parce que Noël approche que Bernard TAPIE doit être attendu comme le Messie » écrit Guillaume TABARD dans le Figaro… « Inoxydable TAPIE qui a eu plusieurs vies, et qui est comme ces vieux chanteurs qui ne parviennent pas à quitter la scène », pour Monique RAUX dans l’Est Républicain. « Manquait plus que TAPIE », c’est le titre de l’édito d’Alain AUFFRAY dans Libération…

Et il faut dire que le ton général ce matin est plutôt à la consternation : « Pas mal, n’est-ce pas, pour réenchanter la politique et repartir sur des bases saines, éthiques et moralement compatibles avec l’idée que nous nous faisons de la République, écrit Jean-Emmanuel DUCOIN dans l’Humanité. Qu’un TAPIE ose encore venir parader – après tout ce que l’on sait (et notamment sa récente condamnation à rembourser 400 millions d’euros dans l’affaire du Crédit Lyonnais) – en prétendant qu’il peut constituer un barrage au Front National, et que, en plus, depuis des heures et des heures, chacun se jette comme des affamés sur cette information torchon, voilà qui en dit long sur l’état de notre vie politique. »

D’autant que pour ce qui est de faire barrage au Front National, que Bernard TAPIE assure avoir été le seul capable de ramener à 10% aux européennes de 1994… « C’était il y a plus de 20 ans, déjà, rappelle Guillaume TABARD. Et surtout, le FN était loin d’être à son niveau actuel. S’il avait effectivement perdu près de 3 points par rapport aux législatives de l’année précédente, c’était en raison du succès surprise de la liste de Philippe DE VILLIERS. Bernard TAPIE n’a jamais siphonné une seule voix au FN. »

Et dans le lot de consternation et de railleries… il y a quelques voix dissonantes, comme celle de Jean LEVALLOIS dans la Presse de la Manche, pour qui « s’il a des propositions sérieuses et originales à faire sur l’emploi, qu’il les fasse. On verra bien si elles peuvent améliorer la situation. Au point où on en est, ce serait stupide de faire la fine bouche. » Ou Rue89 sous la plume de Ramses KEFI : « A regarder de plus près, ce n’est pas si absurde : la vie politique est tellement guignolesque qu’il est légitime qu’un pro du théâtre comme lui se manifeste. (…) Le niveau est tellement bas que certains attendent Alain Juppé, 70 ans et ex-loser des années 90, comme le messie. Que Marine Le Pen, qui rentre au château après avoir flatté les pauvres, est différente des autres. (...) Partant de là, il y a de la place pour Nanard et pour plein d’autres encore. Il ne fera rien, mais comme tout cela est une vaste comédie, il nous distraira au mieux pendant quelques épisodes. »

Bernard TAPIE ne serait en fait pas si différent des autres ?

Si comme le rappelle Matthieu VERRIER dans la Voix du Nord, « L’homme de 72 ans, soit l’âge additionné des deux candidats du renouveau en Espagne, Albert RIVERA et Pablo IGLESIAS, répondrait au besoin d’oxygénation de la vie politique »… le Parisien nous rappelle ce matin qu’en matière d’oxygénation… c’est plutôt à grands coups de respirateur artificiel que ça se passe chez nous…

Avec cette Une, sous le titre « accrochés à leur fauteuil » et le portrait de tous les grands acteurs de la politique française… le Parisien fait la preuve ce matin qu’en politique française, les papys font de la résistance… avec un palmarès des champions de la longévité : Jean-Marie LE PEN en tête, son premier mandat date de 1956, il y a 59 ans. Suivent Laurent FABIUS, premier mandat il y a 38 ans, Jean-Claude GAUDIN, 37 ans, puis Ségolène ROYAL et Alain JUPPE, 32 ans chacun.

« L’animal politique français a l’espérance de vie la plus longue d’Europe. Peut-être même du monde, écrit Donat VIDAL REVEL dans son édito. » On apprend dans ce dossier que la France est à la 36ème position dans le classement du nombre de politique de moins de 30 ans… soit juste derrière le Bangladesh.

C’est le triste spectacle de la classe politique, et la leçon que l’on peut tirer au terme de cette année qui se conclut… « L’année où la légitimité de nos politiques a été ébranlée », selon Ran HALEVI qui publie une tribune dans le Figaro. « La crise de légitimité des politiques n’est pas propre à la France. Elle est à la fois la cause et conséquence du populisme qui prospère dans toutes les démocraties occidentales, cependant que nos classes dirigeantes deviennent de plus en plus oligarchiques. Voyez Donald TRUMP, un milliardaire transfuge de la télé-réalité, dont la popularité ne cesse de croître en proportion de la violence verbale et des propositions outrées qu’il professe pour gagner l’investiture du Parti Républicain, en le débilitant au passage. » Donald TRUMP, 69 ans, qui a débuté sa carrière politique en 1987, il y a près de 30 ans donc. Pas vraiment un poulet de l’année.

Pour conclure Nicolas… et s’extraire du bourbier politique… la presse rend ce matin hommage à Kurt MASUR

Oui plusieurs très beaux hommages au chef d’orchestre allemand et ancien directeur musical de l’Orchestre National de France entre 2002 et 2008, disparu ce week-end à l’âge de 88 ans…

Notamment sous la plus de Christian MERLIN dans le Figaro, qui raconte comment « le lien affectif avec les musiciens de l’ONF était « demeuré au-delà de son mandat : chef honoraire, il avait continué à diriger à Paris malgré les effets de la maladie de Parkinson. (…) Le public s’était habitué à sa grande taille et à sa forte stature, ainsi qu’à son style de direction direct, sans baguette, au besoin rude, parfois prosaïque mais d’une grandeur impressionnante quand il était inspiré. Sa rigueur et son exigence étaient sans concession : l’homme n’était pas commode, l’un des derniers héritiers d’une époque où le maestro était seul à décider. »

Très bel hommage également à lire dans Libération, signé Guillaume TION, qui rappelle comment MASUR, né en 1927, « a combattu pendant la Seconde Guerre Mondiale, et traversé le communisme qu’il a contribué, à la hauteur de son aura artistique, à faire disparaître. » Guillaume TION rappelle cet épisode où, le 9 octobre 1989, un mois avant la chute du mur, Kurt MASUR acquiert une dimension politique en prenant la parole au cours d’une manifestation qui menaçait de se conclure en bain de sang, et devient en Allemagne un héros populaire. MASUR qui déclarait, dans une interview de 1999… et je conclurai par ces mots : « Les gens cherchent dans ces œuvres atemporelles la réponse à leurs questions sur la vie et la mort. A nous d’essayer de transmettre des messages de vie. »

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