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Ouvrir ou fermer ?

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À retrouver dans l'émission

Face à un terrorisme international qui menace de frapper à tout instant, comment réagir ? Céder à la tentation de la fermeture - des frontières, dans notre rapport à l'autre ou au contraire faire l'effort de l'ouverture, malgré la peur et en bravant le danger ?
S’ouvrir ou se refermer… c’est la question qui sous-tend le débat public au lendemain de l’assaut contre la cellule djihadiste à Saint Denis, et bientôt une semaine après les attentats de vendredi dernier… Face à un ennemi apparemment structuré, en France, en Europe et à l’international… face à une menace qui plane désormais au quotidien, qui met en péril notre vie au jour le jour… face à des terroristes qui diffusent en chacun de nous une peur lancinante mais tenace… que faire, comment réagir, faut-il verrouiller, fermer, contrôler ou au contraire avons-nous le devoir, malgré la peur, malgré l’angoisse de rester ouverts et de braver le danger ?

minute de silence devant l'Ambassade de France à Londres
minute de silence devant l'Ambassade de France à Londres Crédits : Reuters

« Pour combattre l’internationale djihadiste, faut-il se replier sur le pré carré national ? » se demande Laurent JOFFRIN dans Libération. « Faut-il affaiblir l’esprit européen, la coopération à l’échelle du continent quand les terroristes, en ce sens tragiquement plus modernes que les hérauts du nationalisme, ont déjà bâti une Europe de la terreur, concevant leurs attentats à l’échelle internationale, planifiant dans un pays les attaques qu’ils mèneront dans un autre ? »

Et cette question, qui met en jeu les notions de sécurité, de contrôle, qui interroge l’état d’urgence permanent et le sacrifice d’une partie de nos libertés individuelles… elle se retrouve sous de nombreuses plumes ce matin…

« Les assassins de DAECH veulent paralyser les peuples par l’effroi et la panique, les contraindre à renoncer à leurs rêves, à leurs plaisirs, à leurs espoirs. A la démocratie. Rien ne leur convient mieux qu’un climat de haine, de violence et de stigmatisation. Leurs actes veulent susciter la division, le repli, le rejet des autres. Toute attitude qui, en France, y participe, sert leurs desseins, écrit Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité. La réplique à leur apporter doit donc inséparablement marier les mesures de sécurité les plus efficaces et la protection des libertés qu’ils exècrent. »

Comment faire donc pour ne pas céder à la tentation de la fermeture ?

Pour commencer, accepter que la terreur nous assujettit tous, à différents degré. Que c’est l’objectif des terroristes, et qu’il est impossible de s’y soustraire. Or si nous ressentons tous, à des degrés divers, cette peur qui nous prend au ventre, cette angoisse diffuse à sortir, ce regard suspicieux que nous portons malgré nous sur les voitures, sur les individus lorsque nous avons décidé, par insouciance ou par une sorte de défi un peu bravache et vaguement trompe-la-mort, d’aller nous installer à une terrasse avec des amis pour boire un verre… Cette peur, elle est naturelle… il ne faut pas avoir peur de la peur nous dit en somme Carole DAMIANI, docteur en psychologie dans le Parisien…

« C’est contaminant, la peur… explique-t-elle. Surtout lorsque les responsables politiques assènent que nous sommes en guerre. Les Français ont des réactions de guerre, ils s’adaptent : ils vont prendre la voiture plutôt que le métro, mettre des baskets pour pouvoir courir ou sursauter si un strapontin claque. »

« Les attentats sont faits pour détruire le lien humain, ajouter Carole DAMIANI. Notre travail à tous est de le reconstruire. De se parler, s’écouter, penser ensemble. »

Et c’est également ce qu’écrit Guillaume GOUBERT dans son édito dans la Croix. « Il faut tout faire pour conserver quelque chose de cet élan qui nous porte les uns vers les autres en ces jours de deuil. Non pour se barricader vis-à-vis du monde extérieur. Non pour se méfier de la terre entière dans une version française mal sous-titrée du Patriot Act (…). Nous devons nous protéger, nous défendre. Mais il faut, dans le même mouvement, accomplir les actes patriotes consistant à faire vivre les mots de notre devise nationale. Défendre la liberté de chacun, y compris religieuse. Affirmer l’égalité des citoyens sur tout le territoire. Vivre la fraternité sans exclure qui que ce soit. »

Et la fraternité, c’est ce qui a présidé dès vendredi soir pendant les attentats

Oui, on lira d’ailleurs avec une émotion certaine ce récit dans le Figaro, intitulé « Les héros tranquilles du 13 novembre »… récit des gestes d’entraide ou de simple humanité de ces citoyens ordinaires qui ont pu sauver des vies, qui ont accueilli des victimes traumatisées ou transformé leur logement ou leur commerce en salle d’opération improvisée. Avec des témoignages très forts, comme celui de Karim, après la fusillade au café la Belle Equipe, qui a tenu la main d’une inconnue blessée, pour l’accompagner jusqu’à son dernier souffle. « Je me suis mis à genoux dans le sang en lui répétant, « ça va, ça va aller… n’aie pas peur ». Elle respirait bruyamment. Je ne sais pas si elle me voyait. Personne n’aurait rien pu faire pour elle. »

Le psychologue Boris CHARPENTIER explique que « finalement, les attentats en disent moins sur les héros que sur les nouvelles normes sociales qui définissent ce que doit être un comportement approprié à Paris en 2015 : avant le 11 septembre 2001, les normes sociales nous dictaient d’adopter une attitude de passivité face à l’urgence car il y avait quelqu’un censé être présent pour nous défendre. Aujourd’hui, tout le monde doit agir individuellement, quitte à risquer sa vie pour sauver celle des autres. »

Autant de récits, de témoignages qui nous enjoignent, à rebours d’une attitude de repli et de méfiance que voudraient faire fructifier une certaine frange droitière et calculatrice de la classe politique, qui envisage avec le cynisme le plus sinistre qui soit, de mettre à profit électoralement les conséquences de ces attentats… ces récits nous enjoignent au contraire à l’ouverture, comme seule réponse opérante au drame collectif que nous traversons…

Et je conclurai avec les mots de l’un de nos collègues de Radio France… Antoine LEIRIS, repris par Rue89… Antoine qui a perdu sa femme dans la fusillade du Bataclan et qui écrit, dans un texte qui a été largement partagé depuis lundi sur les réseaux sociaux : « Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. »

Antoine LEIRIS était hier l’invité de C à vous sur France 5 pour commenter les réactions qu’ont suscité son texte… et il a eu ces mots, que rapporte Rue89 et qui seront mes derniers : « Une personne m’a dit « Je vous envoie mon amour aveugle. Je trouve ça génial. On répond à la haine aveugle par l’amour aveugle. »

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