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Petit éloge du "presque"

6 min
À retrouver dans l'émission

Un petit éloge du « presque ». Eloge du « presque » fait. « Presque » juste. Du « presque » réussi… Du « on y est presque », aussi.

par Thomas Baumgartner

Première illustration : la tribune de Louis-Georges Tin, président du Cran, le conseil représentatif des associations noires de France, dans Libération, sous le titre : « Commémorer c’est bien, réparer c’est mieux ». Une Tribune qui paraît à la veille de la Journée commémorative de l’abolition de l’esclavage. Et en ce qui concerne la mémoire de l’esclavage, on reste encore dans le « presque », apparemment. « Les esclaves ont toujours exigé deux choses », écrit-t-il. « Liberté et justice ». « La liberté, ils se sont battus pour l’obtenir ; pour ce qui est de la justice, le combat continue. C’est ce qu’on appelle la ’réparation’, car il n’y a pas de justice sans réparation. » Il poursuit : « En novembre 2014, au cours de sa visite à Thiaroye (village sénégalais où s’est produit un massacre colonial tristement célèbre en 1944), François Hollande a déclaré : ‘Je suis venu réparer l’injustice’, sans qu’on sache à ce jour ce qu’il mettait concrètement derrière ces mots ». « Par ailleurs », continue Louis-Georges Tin, « le 10 mai 2015 en Guadeloupe, François Hollande s’est engagé à ‘s’acquitter’ de sa dette à l’égard de Haïti, car la France a exigé de ce peuple des réparations à l’envers au lendemain de l’indépendance (l’équivalent de 21 milliards de dollars d’aujourd’hui), mais une dépêche de l’Elysée a expliqué quelques heures plus tard qu’il ne s’agissait que d’une ‘dette morale’. » La question de la réparation « était autrefois taboue, elle est désormais posée au plus haut niveau », dit-il. « Le Président, qui était tout à fait fermé à ce sujet, semble désormais plus ou moins ouvert aux réparations (morales, en tout cas), même si ses positions paraissent hésitantes et floues (comme c’est souvent le cas avec François Hollande). » Et le président du Cran poursuit de manière inattendue… « La vérité, c’est que notre pays paye déjà son passé colonial, car on le lui fait payer. Chaque fois que des appels d’offres sont ouverts dans les anciennes colonies, de plus en plus, celles-ci préfèrent offrir ces marchés à n’importe qui plutôt qu’à la France. Et même quand la France est plus compétitive que les autres, elle est de plus en plus souvent écartée à cause du ressentiment lié à la colonisation. C’est ainsi ». « Réparer coûte cher, mais ne pas réparer coûte encore plus cher. Dès lors, que ce soit pour des raisons morales ou économiques, ne serait-il pas judicieux de mettre en place dès maintenant une grande politique de réparation ? » Commémorer c’est bien, réparer c’est mieux, c’est un texte de Louis-Georges Tin, le président du Cran, le Conseil représentatif des associations noires de France dans Libération ce matin.

Et on poursuit cet éloge du presque, avec le cinéma français.

Qui va « presque » bien. Qui produit. Qui produit beaucoup, vraiment beaucoup. Peut-être trop, d’ailleurs. C’est un article qu’on retrouve dans Les Echos ce matin qui nous le dit, alors que le festival de Cannes commence demain. « Certaines données récentes sont plutôt favorables, comme le fait que la barre des 200 millions de billets vendus a encore été dépassée en 2015. Cependant, à un moment économiquement délicat pour la filière, le record de production de films français dévoilé par le CNC, (le Centre national du cinéma) le mois dernier a plus provoqué un vrai malaise que des applaudissements unanimes », écrit Nicolas Madelaine. « Selon les calculs du CNC, ce sont ainsi pas moins de 234 films d’initiative française qui ont été fabriqués l’an dernier, soit 31 de plus qu’en 2014. C’est un record depuis 1952 », qui est l’année du début de la collecte de ce type de données par le CNC. « Or », nous dit-on, « dans le même temps, les entrées de films français ne suivent pas. (…) La part de marché des films français se situe à 34 % contre 45 % dans les années 1980 avec deux fois moins de films. » « Il sort 15 films par semaine depuis le début de l’année, c’est ingérable », dit le producteur Marin Karmitz, patron de MK2. Qui dit plus loin : « Le fond du problème est la qualité de la production, plus que la quantité. Non seulement les films commerciaux ne sont pas assez bons pour remplir leurs objectifs de succès, mais les films d’auteurs ne sont pas non plus à la hauteur sur le plan artistique. » Pour lui, il faut corriger le tir si on veut «  sauver ce système de financement hexagonal extraordinaire et envié partout dans le monde ». Car oui, ce qu’on apprend aussi dans cet article des Echos, c’est que la rentabilité du cinéma en France n’est pas très connue. Au-delà des chiffres des entrées en salle, il y a l’exploitation des films par les chaînes de télévision, dont les investissements représentent pourtant entre un tiers et la moitié des budgets des films. Olivier Bomsel, qui est directeur de la chaire d’économie des médias à Mines Paris Tech intervient sur cette page des Echos. « En dehors du box-office, on ne connaît pas les recettes de détail des films, ce qui nuit à la mesure de l’efficacité des aides », dit-il. Il avait calculé en 2008 que « le déficit du cinéma français était d’au moins 36% des sommes engagées ». « Il y a tout lieu de croire que la situation s’est aggravée », dit-il. Et l’économiste poursuit : « Il est tout à fait légitime de soutenir la création. C’est aussi justifié que d’aider la recherche et le développement dans l’industrie », dit-il. « Mais doit-on consacrer autant de ressources au cinéma ? Aujourd’hui, le format fictionnel qui a le vent en poupe, c’est la série télévisée. » « A part au Royaume-Uni et en Scandinavie, l’Europe est en retard sur ce type de format. » « Le film de cinéma est menacé par des coûts d’édition qui imposent de faire connaître un nouveau prototype à chaque sortie. Il n’est pas certain qu’il restera le phénomène massif et inventif qu’il a été. Et les films ont une difficulté croissante : exister face aux séries, qui installent une relation dans la durée avec le téléspectateur. Du coup, quelle que soit la qualité des œuvres produites en France, on perd de la compétitivité en orientant à ce point les obligations de financement de la télévision vers le cinéma. » Cinéma et séries télé à retrouver dans les pages médias des Echos ce matin…

Et dans la série « les médias ça bouge », il y a aussi l’histoire du journal espagnol El Pais… C’est aussi à retrouver dans Les Echos. El Pais le quotidien « le plus lu et le plus influent d’Espagne » qui est aussi « le premier media digital en langue espagnole ». C’est Cécile Thibaud qui signe l’enquête dans Les Echos. El Pais vient de fêter ses 40 ans d’existence… Et qui a « presque » achevé sa mutation… Le journal est revenu à la rentabilité en 2015, et il « se prépare à passer au tout digital », nous dit-on. « ‘Cela ne veut pas dire renoncer au papier pour autant, au contraire, nous avons renforcé nos suppléments hebdomadaires, particulièrement attractifs pour les annonceurs’, insiste Jorge Rivera, directeur adjoint de la rédaction en désignant l’épaisse pile des magazines qui accompagne les éditions de fin de semaine. Des magazines qui laissent augurer une transition de la publication vers la diffusion exclusivement digitale en semaine, accompagnée de sorties en kiosque le week-end », nous dit-on. Avec une croissance de l’audience en ligne de 44 % l’an dernier et 12 millions de lecteurs sur les réseaux sociaux, « le virage numérique s’accélère ». « Le journal n’est plus seulement le port d’arrivée de l’information, mais le lieu d’où elle va partir vers les réseaux sociaux pour être partagée depuis des plates-formes comme Facebook, Twitter, YouTube ou Instagram et propagée par les utilisateurs, c’est pourquoi nous devons les mettre au centre de nos nouveaux récits », explique Noemi Ramirez, qui dirige la stratégie de développement digital. Les 40 ans d’El Pais, c’est aussi l’occasion de critiques de fonds, recueillies aussi par Cécile Thibaud : « ’Ce journal était né comme un vent frais juste après Franco, il est aujourd’hui pieds et poings liés avec le pouvoir’ », lâche un ancien du journal. « Le journal de centre gauche, compagnon de route historique du socialisme espagnol, est aujourd’hui clément avec la politique du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Du fait, dit-on, de l’amitié du président du groupe Prisa avec la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria ». Une enquête sur El Pais, c’est donc à lire dans Les Echos ce matin.

Et vous poursuivez votre éloge du presque avec La Croix…

« Presque », voilà un mot qui convient bien à l’Union européenne ces temps-ci. La Croix qui publie ce matin lundi un dossier spécial de 24 pages sur l’Europe. « Europe, stop ou encore ? » Un dossier où le journal distribue « bons points et cartons rouges » à une Union européenne dont La Croix ne peut que constater qu’elle n’a pas tenu toutes ses promesses, et qu’elle est « malmenée », notamment par des discours identitaires nationaux de plus en plus nombreux. Pour autant, nous dit-on, « les Européens dans leur majorité déclarent se sentir citoyens de l’Union européenne (64%) et être optimistes quant au futur de l’Union européenne (53%) ». Mais « ils ne sont que 37% à en avoir une image positive ». A ces chiffres, on pourra préférer se référer au texte du romancier et prix Goncourt Jérôme Ferrari en dernière page de ce numéro de La Croix. Un texte qui commence par cette citation : « Celui que l’urgence de la vie ne retenait pas prisonnier à la même place pouvait de tous les avantages et de tous les charmes des pays civilisés se composer une nouvelle et plus grande patrie où il évoluait sans entraves et à l’abri des soupçons. Il jouissait ainsi de la mer bleue et de la mer grise, de la beauté des cimes enneigées et de celle des vertes prairies, de l’enchantement de la forêt nordique, de la splendeur de la végétation méridionale, de l’atmosphère des paysages sur lesquels planent de grands souvenirs historiques et de la paix de la nature inviolée (…). Et jamais il ne s’était reproché pour autant d’avoir renié sa propre nation et sa langue maternelle bien aimée ». Un texte de 1915, signé Sigmund Freud, où il parle de l’Europe. Une Europe que Freud, rappelle Jérôme Ferrari, ne peut plus évoquer à l’époque qu’en employant l’imparfait. « Nous sommes la première génération qui n’ait jamais connu la guerre », rappelle Ferrari. « C’est là une chance exceptionnelle. Il n’est pas dit qu’elle doive durer toujours » Il poursuit, parlant des Balkans : « L’Europe a eu l’occasion de faire preuve de son impuissance, cette Europe qui, à chaque fois qu’elle doit régler un problème politique, ne se contente pas d’échouer mais met un point d’honneur à échouer de la manière la plus infamante qui soit ». Pour autant, écrit Jérôme Ferrari dans La Croix, « il ne me semble pas que la gravité de ces échecs répétés puisse être compensée par l’existence d’un vaste espace de libre-échange. (…) En attendant que nous soyons complètement devenus les clients interchangeables d’un gigantesque supermarché ou que notre impuissance politique fasse voler notre monde en éclats, je préfère m’en tenir à l’Europe de Freud, la mer bleue et la mer grise, la proximité des hommes qui ne parlent pas la même langue que nous… Mais je n’oublie pas que le tableau qu’il en dresse est avant tout celui d’une douce et merveilleuse illusion »… Et on se retrouve là avec un petit éloge de l’illusion pour compléter notre petit éloge du « presque ».

De la belle fragilité partout. Bonne journée !

Chroniques
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La Séquence des partenaires : Lundi 9 mai 2016
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