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Populisme (partout) et monarchie (britannique)

8 min
À retrouver dans l'émission

La revue de presse commence par un anniversaire ?

par Thomas Baumgartner

Les yeux fermés. Elle a les yeux fermés sur la photo solarisée de Chris Levine, en couverture de L’Obs qui sort aujourd’hui. Elle, c’est Elizabeth II d’Angleterre. Peut-être ferme-t-elle les yeux pour ne pas voir le jour de son anniversaire ? Elle a 90 ans aujourd’hui, on en a déjà parlé ce matin. Ou peut-être pour ne pas avoir à supporter le débat en cours sur le Brexit, la sortie britannique de l’Europe… Le référendum voulu par David Cameron aura lieu le 23 juin, et c’est ce qui motive cette Une et ce dossier de L’Obs, qui titre sous la couronne et le collier de perle de la Reine d’Angleterre : Goodbye England ? Cela donne 30 pages spéciales en partenariat avec France Culture, s’il vous plaît, qui font le point sur nos cousins voisins. (Un encadré nous rappelle qu’il fut question plusieurs fois d’une Union France-Grande Bretagne, le dernier projet en date en ce sens datant de septembre 1956 et de la crise de Suez, où les deux pays s’apprêtaient à intervenir contre Nasser. « C’est Guy Mollet, chef de gouvernement à Paris, qui aurait proposé le mariage à son homologue, Anthony Eden », nous raconte L’Obs. « Celui-ci aurait refusé, mais proposé en retour que la France entre dans le Commonwealth », la communauté formée essentiellement des anciennes colonies britanniques. Et L’Obs ajoute : « Cela aurait fait d’Elizabeth II la souveraine de notre République. On ferait moins les malins avec elle aujourd’hui ».) François Reynaert, dans un article du dossier, brosse le portrait de celle qui « poursuit le règne le plus long de l’histoire britannique ». Une reine « omniprésente, ultrapopulaire et… silencieuse ». Car c’est bien ça qui intéresse l’auteur de l’article : elle ne dit jamais rien. « De par les lois de la monarchie britannique, il lui est strictement interdit de donner son avis sur quelque sujet que ce soit ». « A-t-elle des opinions politiques ? Des préférences ? », s’interroge Reynaert. « Tout le monde le suppute mais il lui est interdit d’en faire état ». Alors il y a des fuites dans la presse, parfois. « Il y a peu encore, le redoutable Sun titrait sur le fait que Sa Majesté était favorable au Brexit », rappelle le journaliste. « Contre-enquête faite, l’information reposait entièrement sur le fait qu’un sous-secrétaire d’Etat l’aurait entendue dire un jour de 2011 : ‘Je me demande si l’Europe va dans la bonne direction’. » « Si ça se trouve », écrit François Reynaert, « elle parlait de football ou des nouveaux horaires de l’Eurostar ». Buckingham a réagi à l’information du Sun en parlant de « ragots fallacieux ». « Une persistante rumeur affirme que la reine peut être très drôle dans le privé. Cela affleure parfois publiquement », nous raconte-t-on. « On lui prête par exemple cette réplique. Tombant par hasard sur elle, un homme s’exclame : ‘Ça alors, c’est fou ce que vous ressemblez à la reine !’. Et elle du tac au tac : ‘C’est plutôt rassurant’. » Goodby England ? C’est un dossier à retrouver dans L’Obs cette semaine en partenariat avec France Culture.

Il y a un mot en écho dans la presse de ce matin : celui de « populisme » ?

Et ce n’est pas sans lien avec le référendum voulu par le premier ministre David Cameron, puisque la question de la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne est posée pour « couper l’herbe sous le pied des eurosceptiques du Parti conservateur et du YUkip, l’extrême-droite anglaise ». Il y a d’une part, dans les pages débats du Figaro, Vincent Coussedière, professeur de philosophie, qui définit le concept de populisme. Et d’autre part, il y a l’interview de la philosophe Chantal Mouffe dans Le Monde, qui défend « un populisme de gauche ». D’abord, Vincent Coussedière. Il rappelle que le terme populisme n’était à l’origine « aucunement péjoratif ». « Dans la Russie des tsars », dit-il, « les populistes étaient des intellectuels ennemis des marxistes, qui regardaient avec bienveillance l’organisation communale paysanne ». « Aux Etats-Unis, à la fin du XIXe siècle, un mouvement de petits propriétaires fermiers s’est développé, qui deviendra le Populist party ». « Dans la langue française », poursuit-il, « le terme ‘populiste’ apparaît plus tardivement, au début du XXe siècle, pour qualifier un courant littéraire qui s’attache à décrire la vie des humbles ». En 1981 un ouvrage en anglais propose une classification des populismes politiques. Et en France, « dès le milieu des années 1980, Pierre-André Taguieff utilise cette notion pour interpréter la montée du Front national et le distinguer du fascisme, qui implique une idéologie structurée, une visée révolutionnaire et l’usage systématique de la violence ». Vincent Coussedière demande plus loin si « la science politique, en utilisant le terme populisme », c’est pas restée « prisonnière d’une forme d’idéologie ». Le mot populisme « fonctionne en réalité comme un épouvantail destiné à délégitimer de manière globale l’offre des partis désignés comme populistes ». « Quoi qu’on pense de cette offre politique », dit-il, « la définir comme populiste dispense trop souvent de l’analyser et d’en débattre ». Mais il faut conserver le terme « pour décrire la situation des peuples européens eux-mêmes ». « Le populisme, c’est la protestation exercée par les peuples contre leur décomposition. Les peuples veulent rester des peuples. Leur demande n’est pas une demande politique classique, c’est une demande archi-politique. Elle place les hommes politiques devant leur responsabilité ».

Vincent Coussedière, donc, dans les pages débats du Figaro aujourd’hui.

Et donc la philosophe belge, professeure à l’université de Westminster, Chantal Mouffe, lui répond in directement dans Le Monde. C’est Marc-Olivier Bherer qui recueille ses propos. Elle, elle ne parle pas d’archi-politique, mais de post-politique. « Partout, on a vu se développer la post-politique », dit Chantal Mouffe. « Ce qui ne signifie pas qu’on a dépassé la politique, mais plutôt qu’on est incapable de penser politiquement. Il n’y a plus de conflit entre des projets de société divergents. La démocratie requiert pourtant que de véritables alternatives soient offertes aux citoyens lorsqu’ils vont voter, qu’ils n’aient pas à trancher entre Pepsi -Cola et Coca-Cola. » Chantal Mouffe parle de Tony Blair, de Gerhard Schröder, de Zapatero en Espagne, du Pasok en Grèce comme des exemples du choix d’une « troisième voie » conduisant à « l’absence d’une véritable gauche », qui « crée les conditions de l’émergence du populisme de droite ». « Il faut développer un populisme de gauche », dit-elle. « La force de Marine Le Pen, c’est d’avoir conscience du rôle des passions. La gauche sociale-démocrate s’en remet à un rationalisme qui est pourtant inefficace. Lorsqu’on lutte contre une passion, la seule façon de triompher, c’est de développer une passion plus forte ». Et Chantal Mouffe ajoute : « Un ‘nous’ de gauche foit être capable d’agréger plusieurs luttes différentes, mais des luttes démocratiques, face à différentes formes d’oppression et au nom des valeurs de gauche, comme la justice sociale, l’inclusion, l’égalité »… « Il faut s’assurer d’entretenir un rapport fort avec le peuple, entendu de manière très large, en ne se limitant pas aux classes populaires, mais en cherchant à toucher toutes les couches de la société ». « Pour un populisme de gauche », c’est une interview de la philosophe Chantal Mouffe à retrouver dans Le Monde daté d’aujourd’hui.

Un pas de côté et retour sur une découverte possiblement extraordinaire…

Un pas de côté qui a commencé par un pas vers le haut… Isabelle Léouffre nous rappelle dans Paris Match aujourd’hui comment il y a deux ans, un homme est monté dans son grenier pour constater une fuite dans son toit. L’eau tombait sur un tableau remisé là. « La toile a séché, l’homme s’est dit que la toile avait peut-être une certaine valeur. » Il tablait sur 10 000 euros, pour pouvoir restaurer son escalier en mauvais état. Me Marc Labarbe, commissaire priseur à Toulouse, « face au tableau si sombre, a une illumination », nous raconte-t-on. « il reconnaît l’école du Caravage ». Il l’envoie à Paris. « L’experte Julie Ducher se souvient très bien du moment où elle le découvre, posé par terre, dans l’entrée de l’étude. ‘J’ai reçu un coup de poing dans la poitrine’, dit-elle. ‘A cause de Judith, de son visage. Son regard me parlait. » « D’instinct », nous raconte-t-on, « elle comprend qu’il s‘agit d’une seconde version, répertoriée mais disparue, d’un tableau célèbre du Caravage, ‘Judith décapitant Holopherne’, peint vers 1597 et toujours accroché au palais Barberini de Rome ». « L’enjeu financier est énorme », explique Isabelle Léouffre dans cet article de Paris-Match. « Si l’œuvre n’est plus de l’école du Caravage mais du maître, elle peut valoir 120 millions d’euros. Eric Turquin, expert, veut « faire expertiser la toile par les meilleurs connaisseurs. La tâche est ardue. Tout reposera sur un faisceau d’indices. Mais ils sont si abondants que, pour nombre d’experts, ils forment déjà preuve ». « Pendant plus d’un an, la toile restera au secret dans la chambre d’Eric Turquin. Elle est nettoyée, analysée, passée à l’infrarouge. Une seule fois elle sorte en promenade. Pour se faire radiographier à l’école vétérinaire de Maison-Alfort, le seul endroit où l’on peut faire passer une radio à une toile grande comme une cheval. » Et l’article nous dit que « Le Louvre a emprunté la toile durant trois semaines, pour la passer au crible de la haute technologie ». Alors authentique, ou pas ? « Si les conservateurs sont tenus au secret, le ministère de la culture a laissé filtrer un indice : le 31 mars est paru au Journal officiel un arrêté refusant d’émettre un certificat d’exportation à titre conservatoire. » Ce qui signifie que « l’Etat a décidé que, pendant 30 mois, le tableau ne pourrait pas sortir de France ». Le Dernier des Caravage c’est à lire dans Paris Match.

Et pour terminer, puisqu’on parle d’analyse, Alain Rémond dans La Croix revient dans son billet quotidien sur un classement du site emploi CareerCast. Le classement des pires métiers… « Ayant découvert, grâce à cette étude, que j’exerçais en tant que journaliste dans la presse papier, le pire métier du monde, je me suis demandé si le même CareerCast avait pu déterminer quel était le meilleur métier du monde », explique Alain Rémond. « La réponse est oui », se réjouit-il. « Voici l’heure gagnant : analyste ». « A ne pas confondre avec psychanalyste », précise-t-il. « On l’applaudit bien fort, même si je ne suis pas sûr de bien savoir à quoi un analyste passe ses journées. En tout cas, c’est assurément un sacré beau métier, puisque dans la liste des dix meilleurs métiers, on trouve, outre celui d’analyste, celui d’analyste de sécurité, celui d’analyste de systèmes informatiques et celui d’analyste financier ». Et Alain Rémond, dans La Croix, demande : « Et si on remplaçait ‘journaliste dans la presse papier’ par ‘analyste de la situation des alentours de la situation dans la presse papier’ ? Est-ce que je ferais, du coup, le meilleur métier du monde ? On ne sait jamais… »

Bonne journée !

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Jeudi 21 avril 2016
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