LE DIRECT
Sur le mémorial de la place de la bourse, à Bruxelles

Précis de résignation

5 min
À retrouver dans l'émission

Les attentats de Bruxelles laissent les médias désarmés face à la tentation de la résignation.

Sur le mémorial de la place de la bourse, à Bruxelles
Sur le mémorial de la place de la bourse, à Bruxelles Crédits : Vincent Kessler - Reuters

La lecture de la presse ce matin n’est pas ce qu’on pourrait appeler une ode à l’espoir… au surlendemain des attentats de Bruxelles, il flotte sur vos journaux un air de fatalisme, un sentiment d’impuissance… bref, une tentation de résignation…

Prenez l’édito du Monde daté d’aujourd’hui par exemple : « Après Madrid, après Londres, après Paris, (…) aujourd’hui Bruxelles, nous savons. Nous ne pouvons pas ignorer que le terrorisme va durer. Ce n’est ni jouer les Cassandre ni les apprentis sorciers que de mettre en avant cette réalité : la bataille contre le djihadisme sera longue. »

Sommes-nous condamnés à subir ? Que faire face à la multiplication de ces attaques ? « Que faire quand les attentats de janvier 2015 ont déjà conduit François HOLLANDE à organiser une manifestation géante, Manuel VALLS à faire (…) voter une loi sur le renseignement et à créer des postes de policiers et de militaires ? s’interroge Cécile CORNUDET dans les Echos. Que faire quand les attaques de novembre ont conduit le président à s’exprimer devant le Congrès, à tendre – en vain – la main à la droite sur la déchéance de nationalité et à renforcer encore la vigilance sur les lieux sensibles ? La troisième fois, fût-elle à nos portes, a ceci de terrible qu’elle renvoie à l’inefficacité des deux premières ripostes. »

« Malgré les appels à la résistance, se répand le poison de la résignation, triste constat dressé ce matin dans l’Union. A force de nous dire que la politique n’a plus la main, nous finissons par le croire. Et, déjà, nous pressentons qu’un jour prochain, un kamikaze sautera au milieu de la foule. Et que les petits dessins, les « je suis » seront moins nombreux. On s’habitue à tout, même aux attentats. »

Désolé de vous plomber le moral, mais voilà le bruit de fond ce matin dans la presse… cette demi-victoire, il faut bien la nommer, de la terreur sur nos esprits, ce constat d’impuissance, ou d’habitude à vivre avec l’idée du pire… ainsi trouverez-vous dans Le Parisien une double page, consacrée au quartier d’affaires de la Défense, aux portes de Paris… titrée « La Défense apprend à vivre avec la menace terroriste », vous pourrez y lire, témoignages à l’appui, comment les gens qui transitent par ce quartier ont intégré, au plus profond d’eux-mêmes, le risque d’attentat dans leur vie quotidienne… Suzanne, 52 ans, explique comment elle « se surprend à regarder les gens autrement » sur le quai du RER. Dans le centre commercial, une lycéenne de 16 ans raconte comment « l’ambiance est glaciale ; en général il y a des groupes de jeunes qui rigolent, aujourd’hui, on croise plutôt la police. » Se résigner, étymologiquement… c’est se soumettre.

Et sur ce fond de résignation fleurissent des idées radicales

Ou tout du moins une pensée qui cherche à secouer cette atonie générale… La première, vous en parliez tout à l’heure Guillaume, maintenant que la déchéance de nationalité a été épuisée… c’est le grand retour de la perpétuité réelle… Une idée que l’on pourrait imaginer « frappée du coin du bon sens » hein… comme l’écrit Yves THREARD dans le Figaro « personne ne souhaite, par exemple, voir un jour d’autres Salah ABDESLAM retrouver leur entière liberté, une fois leur peine purgée. Alors qu’attend-on pour instaurer la perpétuité réelle contre les terroristes ? »

« On pourrait espérer qu’après les carnages à Paris et à Bruxelles, cette idée d’une peine de perpétuité « incompressible » ferait consensus », écrit également Hervé FAVRE dans la Voix du Nord. « Perpète incompressible et sans aménagement de peine possible, même après trente ans de réclusion. Il faut en faire une règle intangible contre tous les lâches qui veulent la mort de notre civilisation », précise encore Yves THREARD.

Sans avoir besoin de tirer le fil de ce type de raisonnement (essayez chez vous avec des assassins pédophiles par exemple…) vous trouverez, assez étonnamment, la meilleure réponse à cet argumentaire sous la plume de Rémi GODEAU, dans l’Opinion, mais sur un tout autre sujet… édito qui débute ainsi : « C’est l’apanage du populisme : trouver des solutions simples à des équations compliquées. » Rémi GODEAU ne parle pas de la perpétuité réelle… mais de l’amalgame entre réfugiés et terroristes… « Ajoutés au chaos migratoire, les attentats de Bruxelles ont redonné de la voix aux partisans de la fermeture des frontières. (…) Pas d’angélisme : sur fond de flux de réfugiés quasi-incontrôlables et de menace terroriste désormais permanente, la porosité des limes européens se révèle être une fragilité préoccupante. » Mais si « Schengen est abîmé, de facto perfectible, et peut-être en l’état caduc, le rétablissement des postes de douane, et donc à terme des barrières fiscales et des visas tant les nationalismes s’exacerbent, serait un mauvais coup porté à la construction européenne (…) sans que notre sécurité en soit mieux assurée. » Rémi GODEAU conclut : « face au terrorisme, murs, barbelés et autres palissades ne sont que des tigres de papier. »

Un petit mot d’espoir pour finir… ?

Oh ben je vous laisse choisir entre l’article « l’Allemagne se prépare au pire » dans les colonnes du Figaro, ou la tribune qui explique justement comment la première victoire des terroristes est une victoire médiatique… « L’histoire du terrorisme et celle des médias sont liées », pour Guillaume PERRAULT : « l’avènement d’une société de l’information instantanée démultiplie l’effet de chaque attentat et encourage, bien involontairement, le changement d’échelle de la violence islamiste. »

Alors si un instant vous voulez vous transposer dans une autre réalité… mettons, par exemple, une réalité dans laquelle le 22 mars, le 13 novembre ou pourquoi pas même le 11 septembre 2001 n’auraient pas existés… dans une uchronie, ce genre cher aux auteurs de science-fiction (on relira au passage soit « Le Maître du Haut Château » de Philip K. DICK, soit « Rêve de fer » de Norman SPINRAD)…

Bref, pour répondre à la question « Que serait-il advenu si un élément du passé avait été différent ? »… plongez-vous dans l’entretien qu’ont accordé Quentin DELUERMOZ et Pierre SINGARAVELOU à l’Humanité… les deux chercheurs publient « Pour une histoire des possibles » et interrogent l’utilisation par des historiens des analyses contrefactuelles et des futurs non advenus.

Les deux auteurs concluent leur interview de la façon suivante : « l’idéalisme et l’utopie sont de précieux moteurs du changement social. » Une pensée qui apaise, un peu, face à la tentation de la résignation collective.

Chroniques

8H55
3 min

La Séquence des partenaires

La Séquence des partenaires : Jeudi 24 mars 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......