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On prend les mêmes...

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Dimanche soir : les grands discours. Lundi matin : on recommence. Toute la presse dénonce unanimement ce fossé entre le ton politique post régionales et les réflexes partisans et idéologiques qui ont prévalu dès le lendemain matin.
Après les grandes déclarations collectives, le mea culpa généralisé de l’ensemble peu ou prou de la classe politique dimanche soir après les résultats du second tour des élections régionales… il n’aura pas fallu attendre longtemps pour se rendre compte que tout cela n’était, une fois de plus, que des mots, un écran de fumée, de la bonne vieille PNL politique – vous savez, la programmation neuro-linguistique, comme en marketing – mais que derrière ces discours, il n’y avait, vraisemblablement que du vent…

C’est Alain REMOND qui le résume le mieux dans son billet dans la Croix ce matin, sous le titre « Le message »… un billet qui n’est pas vraiment rédigé, mais qui se contente de reprendre, ad nauseam , ces formules entendues en boucle depuis dimanche soir, ces formules qui, par effet d’accumulation, montrent à quel point elles sont totalement vides de sens, des mantras fantômes qui pourraient presque affleurer le poétique si l’enjeu n’était pas si grave… je vous en livre un extrait : « J’ai entendu le message des français. Plus rien ne sera comme avant. Ce vote nous oblige. Ce vote nous conforte dans nos convictions. Il faut passer d’un vote contre à un vote pour. Il faut tout changer à droite. Il faut tout changer à gauche. Il faut garder le même cap. Il faut de nouvelles têtes. (…) Les Français ont sanctionné le gouvernement. Les Français ont sanctionné la droite. Leur message est clair. J’ai entendu le message des Français. J’ai entendu le mess… Allô ? Allô ? » conclut Alain REMOND.

Nicolas Sarkozy au soir du 2ème tour des élections régionales
Nicolas Sarkozy au soir du 2ème tour des élections régionales Crédits : Reuters

Et pour tout vous dire Guillaume, depuis que je me suis attelé début septembre à cette revue de presse quotidienne, je n’avais pas encore été témoin comme ce matin d’une telle unanimité dans les différents journaux, tous bords confondus. Il y a ce matin une sorte de voix commune qui émerge, face au retour des vieux réflexes politicards en contradiction totale avec les incantations entendues depuis dimanche soir.

Ainsi Cécile CORNUDET écrit-elle dans les Echos : « Comprendre le message des urnes le dimanche soir. Cadrer le débat, pour ne pas dire fermer les portes le lundi matin. Manuel VALLS et Nicolas SARKOZY n’ont pas attendu pour, chacun à leur manière, tenter de couper court à tout débat sur leur ligne politique. » C’est exactement le même son de cloche sous la plume de Laurent JOFFRIN dans Libération « Incorrigible classe politique… Dimanche soir, il n’est question que du chambardement nécessaire, du « big bang » imminent, seul à même de répondre à la colère de l’électorat, de la vertueuse réforme qui rendra ses couleurs et ses valeurs à la République. Lundi matin, le parti LR écarte Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, coupable d’indépendance d’esprit. A gauche, on sent filtrer de l’Elysée une fiévreuse intention de ne rien changer à la ligne gouvernementale. »

C’est également le titre en Une du Parisien ce matin : « Politiques, avez-vous entendus les Français ? », repris dans l’édito de Stéphane ALBOUY « Ils l’ont juré la main sur le cœur. Cette fois, ils ont compris. (…) Pourtant dès hier, la tentation semblait déjà grande chez certains de porter leur regard sur l’horizon présidentiel en oubliant les engagements de la veille ».

Je ne peux sincèrement pas vous citer in extenso tous les éditos ou les papiers d’analyses qui vont dans le même sens ce matin, sinon j’empièterai non pas sur La Fabrique de l’Histoire, mais au moins sur Les Nouveaux Chemins, voire sur Culture Mondes… Il y a bel et bien dans la presse une consternation collective face au retour, aussi rapide, des vieux réflexes politicards et partisans… alors, faut-il y voir une forme aiguë de dissonance cognitive de la part de nos responsables politiques, ou simplement un aplomb qui confine au sublime dans le foutage de gueule… la réponse, elle, est bien difficile à trouver dans les pages de la presse.

D’autres types de réponses y figurent néanmoins.

Oui, plusieurs journaux tentent, face à ce retour de la PNL politique, à défaut de trouver la solution miracle, d’apporter des éléments de réflexion… Le Parisien fait le choix de l’Europe et examine comment nos voisins renouvellent et leurs programmes, et leur personnel politique… au Royaume-Uni par exemple, c’est la règle électorale de « Je perds, je pars » qui prévaut dans tous les camps… l’Espagne elle a su faire émerger de nouveaux leaders et de nouveaux partis, plus jeunes comme Ciudadanos, parti anticorruption de centre-droit, dirigé par Albert RIVERA, 36 ans ou Podemos, parti de gauche radicale par Pablo IGLESIAS, 37 ans.

Et c’est bien cette question du renouvellement de la classe politique qui est sur toutes les lèvres, ou sous toutes les plumes… Edouard TETREAU dans le Figaro signe une tribune intitulée « Cadres des partis politiques : qu’ils s’en aillent tous ! ». « Face à des décennies d’échec, le moment est venu, sans animosité, de signifier son départ à cette génération politique-là. (…) On n’aura pas ici la grossièreté de rappeler l’âge de ceux qui prétendent encore vouloir diriger le pays de 2017 à 2022 », écrit-il, tout en soulignant que les quatre grandes démocraties occidentales qui affichent les plus bas taux de chômage « sont dirigées par des responsables entrés en fonction à l’âge de 46 ans en moyenne ».

Une analyse partagée par le sociologue Michel WIEVIORKA dans Libération, pour qui le refrain du « tout changer » entonné dimanche est inaudible, « parce que le changement du débat politique a besoin de nouvelles têtes, de nouvelles façons de procéder, de nouvelles sources intellectuelles. » Michel WIEVIORKA qui plaide pour des primaires totalement ouvertes à droite comme à gauche, ainsi que pour la renaissance d’un véritable débat public, et qui conclut : « La démocratie, ce n’est pas que le vote. Sans être une injonction, elle doit être la possibilité de débattre tout au long du mandat, à toutes sortes de niveaux. Si on veut réanimer la vie politique, réenchanter le débat, il faut absolument envisager que les choses ne se fassent pas uniquement de haut en bas, mais aussi dans le sens inverse ou horizontalement. »

Et une dernière source d’inspiration… plus improbable celle-ci…

Oui, c’est la petite lueur d’exemplarité que j’ai trouvée ce matin dans les journaux… et si, à cette problématique du renouvellement, le modèle à suivre nous provenait… de la télévision… et plus précisément, de France 3… et plus précisément, d’un animateur qui est aux manettes d’une émission depuis 27 ans et qui risque bien de se faire remplacer très prochainement… je suis… je suis… et oui, Julien LEPERS, immarcescible animateur de Questions pour un Champion, dont la chaîne voudrait se débarrasser, trouver plus jeune, peut-être même une femme, qui sait…

Quand on sait que le même Julien LEPERS a été candidat RPR malheureux aux législatives en 1981 à Saint-Pierre-et-Miquelon, on se dit finalement que le renouvellement en politique, ça peut marcher… et qu’on peut même faire une belle carrière après… à bon entendeur...

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