LE DIRECT

Prévoir ou pas

7 min
À retrouver dans l'émission

par Thomas Baumgartner

Une revue de presse où rien ne se passe comme prévu…

Il est beau avec sa mèche jaune en bataille… Donald Trump. En tout cas, il est encore temps de le trouver beau et de changer d’avis à son sujet. Il y a quelques semaines encore, on ne l’attendait pas là… Il occupe une partie des Unes de la presse du jour, le candidat à la candidature républicaine (à la présidentielle américaine), après sa victoire avant-hier dans la primaire de l’Indiana et le retrait de ses derniers concurrents. Il occupe les Unes et les analyses en pages intérieures. « Le vote Trump ou la faillite du politique », par exemple. C’est le titre de la tribune de l’universitaire Lauric Henneton dans les pages débats du Figaro. « Il serait erroné de réduire le vote Trump à un simple vote raciste », écrit-il. « C’est d’abord et avant tout un vote de protestation à l’intérieur de la sphère républicaine, mais ce n’est pas un vote extrême ou extrémiste : comment expliquer sinon que Trump l’emporte presque systématiquement chez les modérés et les indépendants et soit systématiquement devancé chez les électeurs les plus conservateurs ? ». Désormais, prédit Lauric Henneton, « la campagne de Trump va se consacrer totalement à la destruction systématique de Hillary Clinton ». « Taper sur Clinton fera partie de la stratégie d’unification du camp républicain ». « Le front anti-Trump a échoué de bout en bout et il est très improbable que les Républicains rejouent le scénario de 1964, où beaucoup avaient refusé de soutenir Barry Goldwater, qui avait subi une défaite historique contre le démocrate Lyndon Johnson ». Et la question centrale aujourd’hui, selon l’universitaire dans cette tribune du Figaro, c’est le choix du colistier ou de la colistière. Mode d’emploi du mécano politicien : « Il faudra une personnalité qui reste en retrait mais contribue à mobiliser les segments de l’électorat de la droite et du centre qui sont moins réceptifs à une candidature de Trump »… Bref, du plus traditionnel, du respectable… Et on nous rappelle alors que « Clinton était donnée gagnante contre Trump dans la plupart des enquêtes jusqu’à un sondage daté de lundi, qui donne Trump légèrement en tête (41% contre 39%) »…

Rien ne se passe comme prévu, mais on ne va pas s’arrêter de prévoir…

Ceux qui font des erreurs sont d’ailleurs parfois les premiers concernés… Qui a dit : « Je ne ferai jamais de politique, parce que je m’exprime de façon trop directe » ? C’est Donald Trump lui-même, et c’est Libé qui nous le rappelle. Mais c’était il y a longtemps, c’était en 1990, époque où manifestement il était convenu d’euphémiser de modérer ses propos pour être candidat à la présidentielle. En 1990, au moment de cette déclaration c’était la 2e édition du… « Tour de Trump ». Libé et Pierre Carrey nous rappellent cette histoire d’une course cycliste qui s’appelait comme ça en français dans le texte le « Tour de Trump » destinée à concurrencer le Tour de France, mais qui n’a connu que deux éditions, en 1989 et 1990. « Un départ est donné de la Trump Tower, en plein New York. En toute logique, l’arrivée finale est jugée devant son hôtel-casino en bord de mer, à Atlantic City, dans le New Jersey ». « Donald Trump ne comprend rien au cyclisme », nous raconte-t-on. « Rien au cyclisme, à ses règles ou à sa culture. Son truc à lui, c’est plutôt la boxe et son champion vénéré Mike Tyson. Mais le vélo… (…) bon… Un beau matin, Donald Trump et Greg Lemond », vainqueur du Tour de France 86, 89 et 90, donc à l’époque au sommet de sa gloire, « Trump et Lemond ont une conversation badine à propos des relations au sein du peloton : - Est-ce que vous pouvez être à la fois amis et adversaires ? , demande Trump. - Oui, répond Lemond. » Réplique de Donald Trump : « Je n’ai jamais vu ça de ma vie ». Et on nous rappelle les soupçons de triche lors de la première édition de la course. Le coureur belge qui était en tête du classement, et qui avait refusé de rendre visite à Trump sur son yacht quelques jours auparavant, a perdu toutes ses chances lors d’une « étrange erreur de parcours ». Il avait été mal guidé par un motard lors d’une échappée…

Page suivante, toujours dans Libération, Matthieu Ecoiffier, envoyé spécial à New-York, voit dans Trump un « président de moins en moins virtuel ». « Trump a démenti tous les analystes qui, à chacun de ses dérapages violents, racistes ou sexistes, prédisaient sa chute ». « Oui, Trump a des chances de devenir le prochain locataire de la Maison-Blanche. Parce qu’il incarne un renouveau, le ‘sortez les sortants’ face à la candidate de l’establishment ». Parce que, « novice, il peut se contredire sans que cela soit retenu contre lui ». « Parce que sa gagne va unir et faire venir à la soupe républicains évangéliques et modérés. Parce que Clinton va boîter avec l’épine Sanders dans le pied jusqu’à la convention démocrate fin juillet. » Et « parce qu’il bénéficie d’une insolente baraka ».

Donald Trump qu’on croise jusque dans les interviews données cette semaine par Woody Allen. Woody Allen qui sort un film, Café Society, et on lit ses propos par exemple dans L’Obs de cette semaine. « Il a joué dans un de mes films, Celebrity, en 1998 », se rappelle le réalisateur américain. « Il était très bien : calme, ponctuel, il connaissait son rôle. Ce qui ne veut pas dire qu’il a vu mes films ». Et Woody face à François Forestier qui l’interroge se risque à la prédiction. « Je me trompe peut-être, mais il n’y a aucune chance qu’il devienne président des Etats-Unis. Je ne voterai pas pour lui, c’est sûr »… Mais là où vraiment rien ne se passe comme prévu… C’est qu’on apprend que même les psys de Woody Allen sont déçus. « Je suis un bourgeois productif, c’est tout », explique-t-il. « Un psy m’a dit une fois : ’Je pensais qu’avec vous, ce serait passionnant, mais vous êtes comme un comptable ‘. J’ai une vie normale, rien d’excentrique, rien de fiévreux. Je ne me saoule pas, je ne me drogue pas. Je ne suis donc pas un artiste. » Une déclaration qui pourrait donc dans le même mouvement, à la fois vexer les comptables et fâcher les artistes…

La question de la prévision, c’est ce qu’on trouve aussi dans Le Monde daté d’aujourd’hui. Et il est question d’énergie… Hier, Isabelle Kocher a pris la direction générale d’Engie anciennement GDF-Suez. Et dans Le Monde effectivement, elle répond aux questions de Dominique Gallois et Isabelle Chaperon avec une interview titrée : « Le XXIe siècle signera la fin des énergie fossiles ». Quand c’est la patronne de l’ex-GDF qui dit ça, on ouvre l’œil… « Les énergies fossiles vont progressivement être remplacées par les énergies renouvelables décarbonées, comme le solaire », dit-elle. « Cela va modifier en profondeur les comportements. Aux côtés de grandes installations, vont voir le jour de multiples productions locales décentralisées ». « La plupart des consommateurs d’énergie seront aussi des producteurs d’énergie », prédit Isabelle Kocher. « Alors que la précédente révolution industrielle avait laissé pour compte des milliards d’individus, l’actuelle s’annonce plus équitable ». « L’énergie décarbonée et le numérique sont les deux poumons d’Engie pour le futur », annonce-t-elle, confirmant qu’il y aura dans l’entreprise « forcément de suppressions de postes sur des sites et des créations à d’autres endroits ». Isabelle Kocher relève aussi qu’il y a désormais une nouvelle concurrence dans l’énergie où les acteurs historiques ne sont plus protégés par la « barrière à l’entrée » que constituaient les nécessaires investissements considérables pour construire une usine, par exemple. Engie, nous rappelle Le Monde, a accusé 4,6 milliards d’euros de perte en 2015.

Prendre le temps de réfléchir avant de prévoir, et prendre le temps de se préparer après la prévision… Voilà ce que réclame le Prix Nobel d’économie 2014, Jean Tirole à qui L’Express consacre sa couverture cette semaine. Corinne Lhaïk l’a rencontré dans son bureau de la Toulouse School of Economics, alors qu’il publie Economie du bien commun, un pavé de plus de 600 pages et 17 chapitres, aux PUF. Elle rappelle que le professeur d’économie s’était prononcé en faveur de la première version de la Loi El-Khomri. « En France, vous êtes étiqueté comme libéral », lui dit la journaliste. Réponse de Tirole : « Oui, mais les personnes qui disent cela, souvent, ne savent pas ce qu’est le libéralisme, qui n’est pas du tout le laisser-faire, mais la responsabilisation des acteurs économiques pour les inciter à contribuer au bien commun ». « Les régulations sont la main VISIBLE du marché au service de l’intérêt général. Et elles représentent le cœur de mes recherches », rappelle-t-il. « A l’étranger, je suis vu comme quelqu’un de gauche, très régulateur. » Plus loin, il poursuit : « Nos sociétés doivent se confronter aux sujets qui menacent la pérennité de notre système social. L’un des messages de mon livre est qu’il n’y a pas de fatalité aux maux dont souffre notre pays. Il existe des solutions au chômage, au réchauffement climatique, à la déliquescence de la construction européenne. Mais il faut anticiper les évolutions.(…) Nous connaissons actuellement une crise des réfugiés, mais nous aurons une crise des migrants liée au réchauffement climatique. Sera-t-on en mesure de créer des emplois pour ces migrants ? Ils sont une chance pour un pays, pour sa démographie, sa sécurité sociale, son système de retraites, si on peut leur offrir un travail.(…) Et Jean Tirole conclut, toujours dans L’Express : « Il ne faut pas attendre de crise économique majeure pour agir, il faut anticiper. Sinon, on réagit à la hâte et de façon brutale ».

Pour terminer, une histoire de gardes du corps…

Dans O, le cahier mensuel de L’Obs, une enquête de Stéphanie Marteau, sur les agents de protection rapprochée des personnalités. « Depuis l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, il y a eu une multiplication de la demande de protection de la part de personnalités qui ne sont pas réellement menacées », raconte ainsi un policier. « N’importe quel people qui a un peu ouvert sa gueule à la télé et qui veut montrer qu’il est subversif demande une protection », raconte un autre. Le garde du corps comme signe extérieur de subversion… « Pour certaines personnalités, l’officier de sécurité a remplacé la Rolex, c’est l’accessoire à la mode », lit-on aussi dans l’article. « D’autant plus que pour les personnes concernées, la ‘protec’ agit comme une prophétie auto-réalisatrice car, savoureux paradoxe, la présence de ces Men in Black attire plus fortement l’attention des badauds. » « Le bodyguard relève parfois du pur confort. C’est le cas », lit-on dans l’article de O, « de l’avocat Arno Klarsfeld. ‘Il est classé Uclat 4’ (Uclat signifiant Unité de coordination de la lutte anti-terroriste // Uclat 4 étant le degré de risque le plus faible). On est à ce stade dans la mission de complaisance totale », lâche un policier. « Il nous appelle quand il a envie d’aller jouer au tennis, voilà tout. Tu es un service Uber », affirme-t-il… « Les VIP aiment les passe-droits, le fait d’être raccompagnés quand ils sont bourrés, de se garer n’importe où, de monter dans l’avion sans passer les contrôles », raconte un policier pour expliquer le phénomène. La face cachée de la protection… Il y a d’autres histoires à retrouver donc dans O, le supplément mensuel de L’Obs.

Bonne journée !

Chroniques

8H55
3 min

La Séquence des partenaires

La Séquence des partenaires : Jeudi 5 mai 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......