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Denis BAUPIN

Puissance et Gloire

5 min
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Des dérives de l'exercice du pouvoir et de la puissance en politique : harcèlement sexuel et criminalité.

Denis BAUPIN
Denis BAUPIN Crédits : Stephane Mahe - Reuters

Les vicissitudes du pouvoir, qui conduisent à l’opprobre et à la honte… L’affaire Denis BAUPIN, accusé hier de harcèlement sexuel suite à une enquête conjointe de Mediapart et France Inter, est tristement symptomatique du harcèlement sexuel dans le milieu politique…

Un milieu particulièrement exposé à ce type de pratique, comme l’explique le journal l’Opinion : « Le monde politique continue d’être un lieu de fortes tensions, où les attitudes machistes sont courantes… « C’est le lieu des confrontations absolues, car derrière, il y a toujours la notion de prise de pouvoir ou alors de conservation du pouvoir », admet une appartchik » citée par le journal. « Denis BAUPIN, visage du harcèlement en milieu politique » titre également l’Humanité qui cite un membre du conseil fédéral d’EELV : « J’ai commencé à entendre parler de faits de harcèlement de membres du parti quand je me suis investi dans le congrès de Caen, mi-2013. BAUPIN était systématiquement cité. Mais ce n’était pas le seul. »

Et il suffit de consulter l’encart, sur la page suivante pour dresser une liste non-exhaustive des hommes politiques qui ont été impliqués ces dernières années, de près ou de loin, dans des affaires de harcèlement : « plusieurs personnalités de premier plan ont été mises en cause depuis l’affaire DSK : George TRON (…) renvoyé aux assises pour viol aggravé. Le ministre PRG Jean-Michel BAYLET aurait par le passé conclu une transaction en échange de l’abandon des poursuites par une ancienne assistante parlementaire pour des violences physiques. Le ministre des finances, Michel SAPIN, accusé d’avoir eu des gestes et paroles plus que déplacés vis-à-vis d’une journaliste » résume l’Huma…

Ce qui vaut cette Une au Parisien : « Harcèlement sexuel en politique – la fin de la loi du silence », et cet édito à Frédéric VEZARD : « Tout le monde savait depuis des années, personne n’a parlé ». Cette piteuse rengaine, souvent entendue après l’affaire Strauss-Kahn à New York, est revenue siffler hier aux oreilles de notre classe politique », écrit-il.

Et pas seulement de notre classe politique… aux oreilles de toutes les citoyennes et les citoyens indignés de ces rapports nauséabonds entre pouvoir, misogynie, violence et perversion… des rapports qu’on aimerait, en 2016, voir réservés aux mauvaises fictions télé, pour ne pas citer la récente série consacrée à la cité phocéenne…

« Le rapport au pouvoir vient contrarier les élans les plus respectables, résume Yann MAREC dans le Midi Libre. Ce pouvoir qui se trouve dans les mains d’un homme modifie ses comportements quotidiens. En politique, plus qu’ailleurs. La puissance rend fou. »

Et Libération publie ce matin un nouvel appel, « Levons l’omerta »

Nouvel appel parce que, tristement, il y a un an tout juste, en mai 2015, 40 femmes journalistes dénonçaient dans un autre appel le sexisme et les mains baladeuses dans le milieu politique… la tribune s’intitulait alors « Bas les pattes ! »

Un an après… voilà où nous en sommes… Ce nouvel appel, « Levons l’omerta », publié dans Libé se concentre sur la parole… sur « la difficulté des femmes à parler de ce type de violence (…) difficulté sans doute amplifiée dans le microcosme politique où elles doivent plus qu’ailleurs ne jamais paraître faibles, incarner une posture inverse à celle d’une victime. »

D’où cet appel à libérer la parole, à dénoncer systématiquement ces faits de harcèlement, « pour que ce soit le comportement des hommes qui change et non celui des femmes qui s’adapte, pour que les choses bougent enfin et que l’impunité cesse, pour que la culpabilité change de camp, il faut parler. »

Le problème quant à l’impunité… quant à l’impunité pénale tout du moins… un certain nombre de quotidiens le relèvent ce matin… c’est un problème légal… « la prescription des faits reprochés à Denis BAUPIN relance le débat sur le temps laissé aux victimes pour porter plainte », explique toujours Libé… « Le code pénal prévoit en effet un délai de prescription de trois ans pour les délits (harcèlement ou agression sexuelle) et de dix ans pour les crimes (viols). » Or, selon une psychiatre interrogée par le journal, « pour les victimes, le délai de prise de parole est très, très lent. Dans des cas de harcèlement sexuel au travail, par exemple, la victime ne peut s’exprimer que lorsqu’elle n’est plus au contact de son agresseur ; c'est-à-dire si elle quitte son travail ou change de service, ce qui peut prendre des années. »

Dans l’Opinion, un avocat raconte comment son cabinet, « qui compte 80 avocats spécialisés en droit social, ne traite que cinq dossiers de harcèlement sexuel par an. » Selon lui, « le harcèlement sexuel est la plupart du temps invisible. Il est presque impossible de réunir des preuves. Le plus souvent, c’est parole contre parole. Même si les femmes parlent, les responsables nient devant la hiérarchie et l’affaire s’arrête là. »

Cet avocat avoue qu’il « ne décolère pas contre le flou du droit » concernant ces questions. Et conclut qu’il « arrive fréquemment qu’un harceleur attaque aux prud’hommes après un licenciement et que l’entreprise soit finalement condamnée, faute de preuve de ce harcèlement. »

Puissance et gloire, autre épisode à Corbeil-Essonnes

Oui, tant qu’on est dans les bas-fonds des rapports entre politique et criminalité… autant parler de Serge DASSAULT… dont le système est en « toile de fond d’une tentative de meurtre », c’est le titre de l’article du Parisien…

Article qui raconte comme l’homme, jugé à partir d’aujourd’hui, Younès BOUNOUARA, a ouvert le feu en 2013 sur un autre homme qui avait filmé Serge DASSAULT à son insu… lui faisant révéler à demi-mots qu’il avait versé à Younès BOUNOUARA près de 2 millions d’euros pour aller acheter des voix dans les quartiers sensibles, pour la prochaine élection municipale.

Serge DASSAULT sera convoqué à la barre, ainsi que son successeur à la mairie de Corbeil, Jean-Pierre BECHTER… Selon l’Humanité, dans ce dossier des achats de voix, l’industriel et sénateur, âgé de 91 ans, est mis en examen depuis avril 2014 pour achat de votes, complicité de financement illicite de campagne et financement en dépassement de fonds autorisé, avec sept autres personnes.

« Le pouvoir rend fou », écrivait Yann MAREC je vous le disais un peu plus haut… puissance et gloire, c’était quand même beaucoup mieux quand c’était que dans Châteauvallon.

Chroniques

8H55
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La Séquence des partenaires : Mardi 10 mai 2016
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