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Cheval sur la lagune de Tisma, au Nicaragua

Que d'eau, que d'eau !

6 min
À retrouver dans l'émission

Tour d'horizon des enjeux liés à l'accès à l'eau potable, en cette journée mondiale de l'eau - et petit détour par Cuba avec la visite historique de Barack OBAMA

Cheval sur la lagune de Tisma, au Nicaragua
Cheval sur la lagune de Tisma, au Nicaragua Crédits : Oswaldo Rivas - Reuters

"Que d'eau ! Que d'eau !" "Et encore, vous ne voyez que le dessus…" vous répondrai-je, paraphrasant l’échange supposé entre le président Mac MAHON et un préfet face aux inondations de la Garonne en 1875…

Parce que voyez-vous, je terminais hier ma revue de presse par cette citation de Pablo NERUDA qui vous a ému, je le sais, ne le cachez pas… « je veux faire de toi ce que le printemps fait avec les cerisiers »… eh bien je vais commencer celle d’aujourd’hui par une autre citation… glanée dans le Figaro du jour, de STENDHAL cette fois, qui écrivit qu’ « à vouloir vivre avec son temps, on meurt avec son époque ».

Je vais donc prendre le marchepied que me tend cette prose stendhalienne pour vous proposer de ne pas « vivre avec mon temps », il ne sera donc question d’aucun des grands titres de vos journaux… ni de Salah ABDESLAM, ni de la déchéance de nationalité… pas plus que de la visite de Barack OBAMA à Cuba… non, ce matin il sera question d’eau.. puisque c’est aujourd’hui la Journée Mondiale de l’Eau… vous n’êtes pas sans savoir que l’accès à l’eau est un enjeu sanitaire, économique, écologique et géopolitique majeur pour les prochaines décennies… ainsi l’Humanité nous rappelle ce matin qu’1 milliard 800 millions de personnes dans le monde consomment une eau non potable… que sur les plus de 3 millions d’enfants qui meurent de sous-nutrition chaque année, 2 millions de ces morts sont liées à la mauvaise qualité de l’eau…

Aussi l’accès à l’eau potable, et la recherche de nouvelles sources sont des enjeux majeurs… comme l’explique Alain GACHET dans les colonnes du Figaro… en paraphrasant assez involontairement l’échange entre Mac MAHON et le préfet… puisque Alain GACHET affirme qu’il y a « dans les sous-sols 60 fois plus d’eau douce que dans les lacs et rivières à la surface de la Terre »… (et encore, vous ne voyez que le dessus…)

Alain GACHET travaillait auparavant pour l’industrie pétrolière… et il a mis au point une technique d’exploration, baptisée « watex » pour « water exploration »… qui permet de détecter des « nappes profondes »… une « eau intéressante car celle de surface est de plus en plus rare, polluée et surexploitée du fait des changements climatiques combinés à une démographie galopante », explique-t-il…

Vous trouverez, en regard de cet entretien, un article consacré aux nouvelles usines de dessalement en Israël, qui doivent permettre à la Méditerranée de fournir 75% de l’eau potable du pays… Le problème, c’est que ces usines de dessalement sont extrêmement gourmandes en énergie – et donc, en argent… ce qui m’amène à cet autre article, à lire cette fois dans les Echos, sur « l’accès à l’eau, l’autre guerre du Golfe »… article qui explique comment, pour contourner la seule solution du dessalement, les pétromonarchies misent sur la recherche…

Ainsi les Emirats Arabes Unis ont-ils récemment récompensé avec un gros chèque de 5 millions de dollars trois savants étrangers « pour leurs travaux dans le domaine de l’accélération pluviométrique. En d’autres termes, les techniques qui permettent d’arracher leurs gouttes d’eau » aux nuages.

Il y a l’eau potable que l’on cherche… et celle que l’on pollue…

Que d’eau… que d’eau gâchée… et là encore vous ne voyez que le dessus… Alain GACHET l’évoquait dans son interview… l’eau polluée par les pesticides et l’agriculture intensive… Eh bien ce modèle agricole, longtemps vanté comme le seul à même de faire vivre les exploitants, les populations et d’être rentable pour les différentes filières… ce modèle pourrait bien être à l’inverse une double catastrophe : écologique et économique… c’est un article à lire dans Le Monde… « Les coûts cachés exorbitants des pesticides »… « une enquête de l’INRA remet en cause le bénéfice économique d’une agriculture fondée sur la chimie ».

Il s’agit selon l’article d’un « travail de longue haleine », « le premier à colliger l’ensemble des connaissances disponibles sur ce que les économistes appellent les « externalités négatives » liées à l’utilisation de produits phytosanitaires ». Et selon cette étude, « le rapport coût bénéfice des pesticides est largement défavorable aux Etats-Unis au début des années 90. » C’est la période sur laquelle porte cette étude.

S’ils apportent 27 milliards de dollars par an à l’économie américaine, ils pèsent pour au moins 40 milliards de dollars… soit un manque à gagner de 13 milliards par année pleine… un déficit qui s’explique, selon les chercheurs, par le fait que « l’utilisation des pesticides procure des bénéfices économiques bien connus en termes de productivité de l’agriculture par exemple, mais ils entraînent aussi des coûts économiques très variés qui font l’objet de peu de travaux, voire aucun. Et lorsqu’ils sont évalués, ces coûts sont généralement lourdement sous-estimés. »

Et encore, selon une économiste de l’INRA, « les auteurs ont conduit leur analyse de manière assez conservatrice sur plusieurs aspects. Ils n’ont ainsi pas pris en compte les effets des pesticides sur les malformations congénitales, de la surproduction agricole sur l’obésité, etc. » Autant dire que le coût réel des pesticides est, malgré cette étude, encore probablement très sous-évalué.

Et pour finir, un gros mensonge

Oui, puisque je vous avais dit tout à l’heure que je ne vous parlerais pas de la visite de Barack OBAMA à Cuba. Mais, comme l’écrivait ce très cher Gabriel GARCIA MARQUEZ (c’est la fête des citations ce matin)… « Une seule minute de réconciliation vaut mieux que toute une vie d’amitié » (c’est la citation du jour de la Croix)… Je ne peux m’empêcher donc de vous renvoyer à l’excellent reportage de Florence AUBENAS en page 2 du Monde, intitulé « Cuba, à l’heure d’Obama et du Web censuré »… reportage à lire sous cette photo déjà en pré-impression dans les futurs manuels d’histoire… d’Air Force One survolant de très près un quartier de la Havane et trois voitures antiques, dont le bleu vif rappelle celui de l’avion présidentiel…

Un très beau reportage, donc… avec la plume que l’on connaît à son auteure… je ne vous en cite, pour conclure, que l’incipit – le joli paradoxe, pour vous encourager à aller le lire dans son intégralité… « Choisir la plus belle chemise et la plier soigneusement. La ranger dans un sac en plastique à côté de l’ordinateur, pour la préserver du trajet dans l’étuve rugissante d’un autobus à travers La Havane. Ne pas oublier le peigne. Descendre à l’arrêt près des rues GALEANO et SAN-RAFAEL, un petit square en plein centre-ville. Là, enfiler la chemise. Se recoiffer au milieu de la foule, comme pour un rendez-vous galant. Tout le monde le fait, même les filles se maquillent sur place, il n’y a pas à se gêner. Puis sortir l’ordinateur. Et c’est parti. »

Chroniques
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La Séquence des partenaires : Mardi 22 mars 2016
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