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Crue de la Seine à Paris

Que d'eau, que d'eau !

6 min
À retrouver dans l'émission

La métaphore aqueuse parcours la presse du jour, encore largement consacrée aux inondations. Impuissance face à la nature, mais désir de contrôle de notre propre nature, transhumanisme et travail de la mémoire.

Crue de la Seine à Paris
Crue de la Seine à Paris Crédits : Pascal Rossignol - Reuters

Et encore, vous ne voyez que le dessus comme l’aurait répondu le préfet de la Garonne à Mac MAHON… que d’eau, que d’eau dans vos journaux aussi qui traitent largement des inondations… mais vous allez voir que la référence ou la métaphore aqueuse ne s’arrêtent pas à la seule description des dégâts causés par les débordements des fleuves et des rivières…

On pourrait dire qu’il y a de la métaphore aqueuse à gogo dans vos journaux ce matin… « Sale temps sur l’Hexagone nous prévient ainsi Richard TRIEBEL dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Les grèves des transports, les blocages routiers et les coupures de courant volontaires coïncidaient hier soir avec des inondations catastrophiques. Il en résultait une impression générale de naufrage »… naufrage glouglou, et d’une.

Laurent BODIN dans l’Alsace estime lui que « tandis que le président de la République démine tous les terrains à coups et à coûts de milliards d’euros, le Premier ministre tente, tant bien que mal, de maintenir la barre d’un navire qui semble prendre l’eau de toutes parts ». Quand Cécile CORNUDET dans les Echos, sous le titre « charger la barque », nous prévient que « c’est d’une crue très particulière qu’il s’agit, celle des dépenses budgétaires à crédit que l’exécutif multiplie à l’approche de l’élection présidentielle. »

Bref, vous le voyez, on nage en pleine obsession de débordement alors que, comme le prévient un géologue dans les colonnes du Parisien : « ce n’est pas fini ».

Il est encore beaucoup question des inondations ce matin

Oui, de façon plus littérale… édition spéciale dans le Parisien… c’est également la Une de Libération, du Figaro et de la Croix quand l’Huma évoque le « spectre de la crue centennale à Paris ». Avec pour référent absolu, celui qu’Etienne de MONTETY nomme dans le Figaro « le plus célèbre soldat de Paris » - il s’agit du zouave du Pont de l’Alma… Zouave, du « nom d’une tribu kabyle qui a servi à désigner des soldats algériens combattant dans l’armée française… Zouave qui a d’ailleurs « servi sous les ordres de Mac MAHON à qui on attribue le fameux « que d’eau, que d’eau ». « A chaque printemps pluvieux, il est d’usage de pontifier autour du zouave. On mesure le niveau de la Seine en observant à la loupe ses chaussures, ses chevilles et sa célèbre culotte. »

Oui, mais information de taille… ou plutôt de hauteur… toujours dans les pages du Figaro, qui nous rappelle avec un petit graphique à la clé les différentes hauteurs des crues de la Seine et des seuils d’alerte… « Jeudi, le fleuve atteignait les genoux du zouave, et en 1982 ses cuisses. Mais inutile de comparer avec la célèbre crue de 1910, lorsque la statue avait de l’eau jusqu’aux épaules. Le Zouave a en effet été surélevé lors de la reconstruction du pont en 1974. Les crues qu’il signale à présent sont donc plus graves. »

Libération et le Parisien consacrent tous deux un article plus grave aux conséquences économiques de ces crues… qu’il s’agisse des coupures de courant pour 21 000 foyers, du déplacement de 250 000 œuvres conservées dans un sous-sol du Louvre en zone inondable, du trafic fluvial ou de l’activité économique de PME paralysées comme le relate un patron d’entreprise de Seine-et-Marne, dont le dépôt est noyé sous 1m20 d’eau… la facture s’annonce lourde, d’autant que, comme l’explique l’entrepreneur dans le Parisien « entre la pénurie de gazoil la semaine dernière et les inondations cette semaine, ça commence à faire beaucoup », et les procédures d’indemnisation des assurances ne commenceront… qu’avec la décrue.

C’est que nous sommes bien peu de choses face aux éléments déchaînés.

A défaut de pouvoir contrôler le temps, entendez la météo ou les caprices de la nature… nous sommes néanmoins en bonne voie pour contrôler notre état naturel, entendez notre corps et facultés. On lira pour s’en convaincre la pleine page que consacre Laurent ALEXANDRE dans l’Opinion au dernier livre de Luc FERRY, « La révolution transhumaniste ».

Selon lui, « l’homme va rapidement disposer d’un pouvoir démiurgique sur sa nature biologique »… objectifs démiurgiques qui sont, en résumé : « allonger nos existences, augmenter nos capacités et choisir les caractéristiques de nos enfants en supprimant la loterie génétique. » Et Luc FERRY dans son livre va un cran plus loin… il rapproche ces perspectives transhumanistes à court terme de l’ubérisation de l’économie. Deux révolutions « qui ont le même fondement philosophique : donner aux individus la maîtrise de leur destin dans des pans entiers du réel, qui appartenaient encore naguère à l’ordre de la fatalité. »

Horreur, malheur vous dites-vous ? Pourtant, relate Laurent ALEXANDRE, « Luc FERRY défend un point de vue d’humaniste laïc : la nature est aveugle, injuste, elle ne connaît que la force brute et la vertu morale consiste à lutter contre elle. La grandeur de l’être humain réside dans sa liberté, son travail et ses efforts et non sa nature. Il n’y a donc aucune raison de ne pas vouloir la corriger ou l’améliorer. »

C’est également dans un tout autre registre ce que propose Sébastien MARTINEZ, qui a les honneurs du portait du jour de Libé. Qui est Sébastien MARTINEZ me direz-vous. Eh bien c’est le champion de France de la mémoire, qui vient de publier un livre, « une mémoire infaillible, briller en société sans sortir son smartphone »… un objectif tout à fait réalisable, même par vous Guillaume… si, si…

Alors vous allez me dire : qu’est-ce que c’est exactement qu’un champion de France de la mémoire ? Eh bien c’est quelqu’un qui peut retenir par exemple l’ordre des cartes dans un paquet de 52 cartes… en seulement 1 minute 30. Ou les quarante premières décimale de Pi… grâce à la suite de mots – écoutez bien : « taureau, talons, panneau, châle, malle, vampire, cape, mine, muffins » et j’en passe sinon on va encore déborder sur la Fabrique de l’Histoire.

« Tout est question d’imagination, explique Sébastien MARTINEZ, et l’enjeu est de construire un palais de la mémoire et une toile d’araignée de références qui permettent d’avoir accès le plus rapidement possible aux informations. » Il ne s’agit pas de devenir hypermnésique car l’oubli est parfois salvateur. Mais de ne pas systématiquement « succomber à la simplicité de chercher tout le temps sur le Web et de perdre notre capacité à retenir, (…) car cela nous empêche in fine d’être heureux et libre ».

Pour être heureux et libre ce week-end, outre le fait d’aller faire un tour aux deux jours Imagine au Centre Pompidou avec France Culture ce qui ne manquera pas de vous rendre et heureux, et un peu plus libre… je vous propose tout de suite un exercice pratique : donnez-moi les cinq premiers mots de la suite qui doit permettre de retenir les décimales de Pi…

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Vendredi 3 juin 2016
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