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Deux partisans du "in"

Qui est in ?

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A trois jours du référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union Européenne... et trois jours après l'annonce d'une primaire au Parti Socialiste... qui est "in" ?

Deux partisans du "in"
Deux partisans du "in" Crédits : Hannibal Hanschke - Reuters

Et son corollaire immédiat : qui est out ? Vous connaissez la suite… jusqu’à 9 c’est ok tu es in. Après quoi tu es K.O tu es out. C’est idem pour la mode, le ciné la mode et le cash box. Et on ajoutera ce matin à ces paroles gainsbouriennes le référendum sur le Brexit britannique … ainsi que les primaires à la présidentielle française…

Commençons donc par la Grande Bretagne… Plusieurs de vos quotidiens titrent ce matin, à trois jours du référendum, sur l’état des forces en présence, et surtout sur les conséquences attendues d’une sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne… Si les Echos titrent « In or out », l’Opinion préfère une autre question, toute britannique elle aussi : to leave or not to leave… or on peut dire, sans trop de risque de généraliser, que la presse française a choisi son camp, elle est majoritairement opposée au Brexit…

Ainsi le Monde propose-t-il une triple page de politique fiction… intitulée « Si le Brexit nous était conté »… récit qui début le vendredi 24 juin, à 6h07 – soit au lendemain du vote : « une clameur retentit sur Trafalgar Square. Boris JOHNSON apparaît devant ses supporteurs en liesse, qui agitent des Union Jack. La tignasse plus en bataille que jamais, le héraut du « Brexit » fait le « V » churchillien de la victoire. » S’ensuit une série de calamités, à commencer par l’effondrement des marchés, l’ex-maire de Londres devient Premier ministre, l’Ecosse devient indépendante, un sous-marin russe croise dans les eaux britanniques et pour finir… devant l’effondrement systémique… Boris JOHNSON finit par demander à Westminster… la suspension de la procédure de sortie de l’UE.

Deuxième couche dans le cahier éco : Le Monde prévient que la sortie de la Grande Bretagne « priverait la France de 0.2 à 0.4 point de PIB ». Plus de précisions dans l’Opinion, qui a chiffré le coût de l’aventure : un recul de 2.2 point de PIB dans une hypothèse moyenne pour le Royaume Uni… recul qui pourrait aller jusqu’à 4.1 si l’on en croit l’hypothèse pessimiste.

Guillaume GOUBERT tente, comme souvent, de temporiser dans son édito dans la Croix… « Certes, un départ des Britanniques de l’Union Européenne aurait de réels avantages, avant tout celui de ne plus devoir traiter avec ce partenaire incommode qui n’arrête pas de se mettre hors-jeu tout en voulant contrôler la partie. Mais les inconvénients de cette rupture seraient également considérables : Tempête boursière, ralentissement économique, effet d’entraînement sur d’autres membres grognons de l’Union Européenne »… deux poids deux mesures…

On sera alors presque surpris de lire le point de vue de Michel ROCARD et Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET dans la Croix, tous deux plutôt enthousiastes à l’idée d’une sortie de la Grande Bretagne. Pour Michel ROCARD, les britanniques sont un verrou négatif dans l’Union. Notamment parce qu’ils ont « un autre monde dans la tête, un monde marin, maritime, marchand et anglophone. Le Brexit permettrait de savoir si le verrou négatif sera enlevé. Moi, je n’y verrais que des avantages, à condition que les Européens sachent en profiter ». Tandis qu’NKM voit dans le Brexit « deux opportunités : celle de forcer les dirigeants européens à construire l’Europe pour ses citoyens afin de remédier à son éloignement. (…) et un événement dont la France pourrait se saisir pour assumer enfin le leadership politique et économique qu’elle peine à exercer. » Bref, en attendant de savoir qui est in et qui est out… c’est comme le titre l’édito du Figaro, « le brouillard du Brexit » qui prédomine

Et de brouillard à enfumage, il n’y a qu’un pas.

Oui, l’expression syndicaliste idoine pour laquelle j’ai toujours éprouvé une petite affection, c’est « l’enfumage de terrier »… Cet enfumage de terrier, c’est celui dont vous avez parlé avec vos invités… celui de la primaire à gauche… « L’opération concoctée avec l’Elysée vise à tirer François HOLLANDE d’un mauvais pas, analyse Pierre FREHEL dans le Républicain Lorrain. S’il sort vainqueur d’une micro-primaire socialo-radicale taillée à ses cotes et fixée à une date tardive, le chef de l’Etat aura au moins retrouvé une légitimité dans son camp. » Ou encore Matthieu VERRIER, pour qui dans la Voix du Nord : « Comme NAPOLEON à Austerlitz, François HOLLANDE profiterait du brouillard qui recouvre son camp pour surgir tel un soleil et surprendre l’adversaire »…

Sauf que ce brouillard peut s’avérer dangereux, estime Guillaume TABARD dans le Figaro : « S’il perdait ? Si un MONTEBOURG par exemple parvenait à fédérer tous ceux qui ont été déçus, trahis, dégoutés, lassés par HOLLANDE ? (…) L’humiliation serait pire encore qu’une troisième place au premier tour de la présidentielle. Mais évidemment, si François HOLLANDE prend ce risque, c’est qu’il fait le calcul inverse. (…) Comme Nicolas SARKOZY, il fait le pari que c’est le noyau dur des militants qui se déplacera. Celui où il garde encore le plus de soutiens. » Ce qui nous amène, inéluctablement, à la conclusion de Sébastien LACROIX dans l’Union : « Ainsi donc, en politique, il ne faut s’étonner de rien. Les deux candidats dont les Français ne veulent plus ont toutes les chances de se retrouver face à face. »

On nage donc en plein brouillard politique…

« Ajouter de la confusion au brouillamini idéologique », « les vrais programmes disparaissent derrière la cacophonie politique », « la campagne se transforme en une espèce de pétaudière médiatique qui tiendrait davantage d’un jeu de téléréalité que d’un débat démocratique »… voilà les conséquences, selon Jean-Marie MONTALI du Parisien, de la multiplication déraisonnable des candidats à la présidentielle. C’est la Une du journal ce matin, « Pourquoi tant de candidats ? ». Vous trouverez une illustration assez délirante, où des visages connus et inconnus s’agglutinent autour d’un manège, sous le titre « prêts à décrocher le pompon » - on y voit « les cadors » Marine LE PEN, Alain JUPPE ou Jean-Luc MELENCHON montés sur un cheval de bois, les « tout-à-l’égo » Rama YADE ou Geoffroy DIDIER dans une nacelle, ou encore les « originaux » comme Jacques CHEMINADE dans une soucoupe volante.

Et il faut dire qu’à la vue de ce graphique, on se dit bien que l’arène politique, à un an de la présidentielle, c’est un asile de fous… Et c’est également ce que pense un membre du gouvernement… Matthias FEKL, secrétaire d’Etat au Commerce Extérieur, qui a accordé une longue interview à Libération… interview dans laquelle il déclare ceci : « La présidentielle rend fous les hommes et les femmes politiques ainsi qu’une bonne partie des journalistes dont l’unique but est de trouver le prochain dalaï lama : « Où est-il ? Est-il déjà né ? Arrive-t-il ?… » Toute notre vie politique est tournée autour d’un seul objectif, dégommer celui qui est en place. (…) Nos institutions produisent malheureusement ce monde politique féodal qui fait que nos concitoyens ont l’impression que la Vème République, c’est Game of Thrones. »

Si c’est un ministre qui le dit…

Chroniques

8H55
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La Séquence des partenaires : Lundi 20 juin 2016
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