LE DIRECT
Manifestants contre la loi travail mardi devant l'aéroport Charles de Gaulle

Qui perd gagne

6 min
À retrouver dans l'émission

Qu'il s'agisse de la poursuite des grèves à la SNCF ou contre la loi travail ou du processus des primaires, aux Etats-Unis ou en France : ce matin, c'est à qui perd gagne.

Manifestants contre la loi travail mardi devant l'aéroport Charles de Gaulle
Manifestants contre la loi travail mardi devant l'aéroport Charles de Gaulle Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

En préambule à cette revue de presse, il faut que je vous précise quelque chose d’important… c’est que la plupart de vos éditorialistes en ont ras-le-bol, ras la casquette… au moins autant que les usagers au nom desquels ils prennent la plume. Bref, la grève, la CGT, ça suffit comme ça… c’est même une « honte nationale » pour Gaëtan de CAPELE du Figaro, qui estime que « le spectacle qui se déroule à la SNCF depuis une semaine est proprement extravagant. Que voit-on ? L’enterrement en catimini d’une réforme jugée indispensable pour l’entreprise publique, la capitulation en rase campagne du gouvernement face aux syndicats les plus radicaux, la signature à venir d’un gros chèque d’argent public… et la poursuite de la grève ! Qui dit mieux ? »

C’est là, pour l’éditorialiste, une « caricature de conflit à la française ». Guillaume GOUBERT dans la Croix, d’habitude plus mesuré, cache lui aussi mal son exaspération : « Le dialogue sociale en France traverse ces temps-ci une phase de régression, écrit-il. (…) Un simple sentiment de solidarité aurait pu conduire à une suspension des arrêts de travail là où la population subit les conséquences des inondations. (…) Mais il paraît juste de dire que la CGT, par son maximalisme, fait beaucoup de tort à l’idée de « démocratie sociale » qu’elle prétend défendre. »

Analyse partagée par Dominique SEUX dans les Echos, sous le titre « à la fin, ce sont les cheminots qui gagnent », Dominique SEUX fait les comptes : « 9 mars 2016, 14 juin 2016. Il se sera écoulé presque cent jours entre la première manifestation contre la loi travail, et ce qui sera sans doute la dernière mardi prochain. Cent jours pour rien ? s’interroge-t-il… (…) Le premier bilan est pour lui limpide : cette séquence printanière n’a fait que des perdants. Martial, le gouvernement a « tenu » sur l’extension du champ de la négociation d’entreprise. Mais à l’arrivée, le texte est vidé des mesures qui auraient « parlé » aux entrepreneurs. (…) Philippe MARTINEZ a quant à lui réussi sa médiatisation. Mais il n’a pas obtenu le retrait du projet. »

« En obtenant le retrait de la loi, la CGT aurait démontré l’inefficacité du syndicalisme réformiste face à la force du syndicalisme de lutte des classes. Mais, sauf surprise au Parlement, la loi travail ne sera pas retirée » constate Georges VALANCE dans l’Eclair des Pyrénées.

Qui perd gagne donc, pour Hervé CHABAUD dans l’Union également : « La grève s’essouffle, et s’il n’y a plus de justification objective à la reconduction du mouvement, la SNCF en sort déjà essorée puisqu’elle a perdu dans ce grand bazar l’équivalent de ses bénéfices enregistrés l’an dernier. »

Un situation que résume bien le dessin de PLANTU dans le Monde daté d’aujourd’hui… on y voit François HOLLANDE et un syndicaliste tous deux enterrés jusqu’au cou… François HOLLANDE lui hurle, tout jaune : « Il faut savoir arrêter une grève », le syndicaliste lui rétorque, tout rouge : « il faut savoir arrêter une présidence. »

Qui perd gagne également aux Etats-Unis…

Oui, c’est le bilan que tirent plusieurs éditorialistes ce matin de la fin du processus des primaires, avec la victoire annoncée cette nuit d’Hillary CLINTON dans le camp démocrate… mais une victoire qui aura coûté bien cher à la candidate à la maison blanche…

« Ceux qui pensaient il y a quelques mois qu’Hillary CLINTON ne ferait qu’une bouchée de l’hurluberlu à la chevelure orange font désormais preuve de plus de prudence », selon Bruno MEGE dans la Montagne. « Le chemin s’annonce encore long et parsemé d’embuches, pour Bruno DIVE de Sud-Ouest, qui estime que l’on touche là les limites de l’exercice des primaires : (…) elles aboutissent à la désignation de deux mal aimés, dont l’un suscite la haine et l’autre le rejet. Donald TRUMP a même été élu contre la volonté de son parti ! On pouvait penser que les primaires aboutissaient forcément à la désignation de candidats plus consensuels et donc mieux à même de l’emporter. Ça n’a pas été le cas cette année aux Etats-Unis. Un beau sujet de réflexion pour les politologues français. »

Et concernant les primaires en France… quelques grammes de culture dans un monde de brutes

Oui, Nicolas SARKOZY doit prononcer aujourd’hui dans le Nord un discours qu’il qualifie de « fondateur » à propos de la culture… de mémoire d’électeur, les rapports entre l’ex-Président et la culture ont toujours été houleux, pour ne pas mentionner la Princesse de Clèves… on se dit donc qu’il a appris de ses erreurs et qu’il essaye de se refaire une virginité en la matière…

Sauf que, comme le raconte Libération, la culture dont va parler Nicolas SARKOZY, c’est « la culture contre le délitement de la communauté nationale. L’art et ses merveilles pour réparer les ravages du communautarisme »… une culture très orientée donc, politiquement… puisque « le petit Français de sang mêlé » de 2007 déplace sur le terrain culturel le slogan identitaire du candidat de 2012. » Une antienne qu’il n’est pas le seul à brandir, puisque, comme l’explique Alain AUFFRAY dans son article, « Bruno LE MAIRE explique depuis des mois qu’il faut préférer le combat pour la culture, synonyme d’ouverture aux autres, au repli sur soi qu’implique le débat identitaire. Et qu’Alain JUPPE a affirmé qu’après les attaques terroristes de 2015 « contre notre civilisation », « nous avons tous compris que notre culture était notre meilleure arme pour résister ».

Un meeting « dans la grande salle des halles de la Filature, dans la banlieue de Lille » qui a tout d’un meeting de campagne pour la primaire, même si comme le rappelle Le Parisien, Nicolas SARKOZY n’est toujours pas officiellement candidat… ce qui commence à chauffer les esprits dans l’équipe de ses concurrents déclarés… « Il fait des meetings, rencontre les militants et fait une vraie campagne de terrain. Je pense qu’une clarification serait utile » s’est agacé Jean-Pierre RAFFARIN, soutien d’Alain JUPPE. (…) Tandis que Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET s’en est prise à « l’inégalité de moyens » entre les candidats. » « Si je fais des salles remplies de monde et que d’autres font des salles à moitié vides, c’est peut-être aussi qu’il y a une inégalité de talent » aurait répondu –élégamment – Nicolas SARKOZY devant ses pairs.

Ce qui me ramène à l’analyse de Bruno DIVE sur le processus des primaires… qui finissent dans l’impasse et dans l’hystérisation des positions… un processus à qui perd gagne ?

Chroniques

8H55
3 min

La Séquence des partenaires

La Séquence des partenaires : Mercredi 8 juin 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......