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Manuel VALLS et Myriam EL KHOMRI à l'Assemblée Nationale

Reculades

6 min
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En politique, on ne recule pas. On repousse. Qu'est-ce qui a conduit le gouvernement à repousser l'examen de la "Loi Travail" ? Et pourquoi repousser l'interdiction des films aux moins de 18 ans ?

Manuel VALLS et Myriam EL KHOMRI à l'Assemblée Nationale
Manuel VALLS et Myriam EL KHOMRI à l'Assemblée Nationale Crédits : Charles Platiau - Reuters

Qu’est-ce qui fait reculer un gouvernement ? Les syndicats ? Les lycéens et les étudiants ? ou, plus nouveau… les internets ?

Parce que, pour ce qui est du recul sur la loi EL KHOMRI sur la réforme du droit du travail… on est incontestablement dans la tradition, si on en croit l’édito de Nicolas BEYTOUT dans l’Opinion : « Le scénario est invariablement le même : un projet gouvernemental déboule tout à trac, surprend ou dérange par son audace, suscite des questions ou des oppositions, et finit surchargé de contreparties, de correctifs, de retours en arrière qui anéantissent tout ou partie des effets envisagés, quand ils ne font pas carrément reculer le sujet. »

D’ailleurs… il ne faut pas parler de recul… « Pas plus qu’on ne parle de corde au théâtre ou sur un bateau, on ne parle de recul en politique. Le mot est interdit, bien que son usage soit fréquent, écrit Guillaume TABARD dans son édito intitulé « de la négociation à la reddition, la voie étroite ». Edouard BALLADUR n’a jamais reculé sur le CIP (…) Dominique de VILLEPIN n’a jamais reculé sur le CPE ; Jacques CHIRAC en avait juste « suspendu l’application dans l’attente d’un grand débat national » (…). Manuel VALLS ne recule pas sur la loi EL KHOMRI ; il repousse juste de deux semaines son examen en Conseil des Ministres, le temps de « levers les incompréhensions ».

Et c’est ce qui fait bondir Maurice ULRICH dans l’Humanité : « Incompréhension ? La reculade serait cocasse si l’enjeu n’était si grave. (…) Quelles incompréhensions ? En fait, il semble bien, que c’est le gouvernement qui n’a pas compris que le pays, précisément, avait très bien compris. La ficelle est énorme et a des années d’usure. Quel gouvernement depuis quelques décennies n’a pas affirmé à chaque fois qu’un de ses projets ne passait pas qu’il fallait de la pédagogie. »

Qu’on ne s’y trompe pas… Maurice ULRICH conclut : « ce report est le premier effet de la mobilisation qui n’a cessé de grandir depuis une semaine avec une irruption massive des réseaux sociaux sur le terrain social, une intervention tout aussi forte des organisations de jeunesse, une reprise en main de leur rôle par les syndicats. »

Et c’est bien ce triple péril qui semble avoir fait vaciller la détermination gouvernementale…

Avec au premier chef, pour la première fois, le rôle central d’une pétition en ligne.

Oui je vous en parlais ici pas plus tard qu’hier… « En 10 jours, le Web a fait la différence écrit Olivier BERGER dans la Voix du Nord. La pétition « Loi travail : non merci ! a réuni 800 000 signatures. Bref, la montée rapide de la contestation numérique a pesé, peut-être pour la première fois, dans une décision politique. »

Vous trouverez sur Libération.fr un article consacré à ce « boom des pétitions en ligne »… qui montre bien qu’elles n’ont pas encore tout le poids qu’on pourrait leur attribuer malgré la quantité de signatures virtuelles qui grimpe souvent très vite… confere la pétition sur le secret des affaires, initiée par Elise LUCET et qui n’a pour le moment eu aucune influence quant au vote de la directive européenne sur le sujet…

Le pétition en ligne n’a évidemment pas été l’unique levier sur la décision du Premier Ministre, loin s’en faut… « l’exécutif veut surtout éviter à tout prix de voir les étudiants s’installer dans un mouvement à l’approche d’un printemps annoncé chaud avec les négociations sur l’assurance chômage, les salaires dans la fonction publique et la concertation sur le temps de travail à la SNCF », estime Pierre CARVET dans Ouest France.

Sans oublier bien sûr « le basculement de la CFDT dans le camp des réfractaires, après la dissidence des partisans d’AUBRY au sein du PS », pour Daniel MURAZ du Courrier Picard.

Problème : « une bonne partie de la gauche politique, syndicale et étudiante n’a pas vu, lundi, dans le geste de Manuel VALLS une main tendue mais un aveu de faiblesse les poussant à hausser encore le ton, encore et encore, selon Cécile CORNUDET dans les Echos. Seront-ils suivis ? Comment vont tourner la mobilisation du 9 mars et la pétition circulant sur Internet ? C’est l’enjeu majeur des prochains jours. »

Et le gouvernement ne recule pas que sur la loi travail…

Non, la nouvelle ministre de la culture recule aussi, mais pas sur un projet de loi… elle repousse l’autorisation des films au moins de 18 ans… ou tout du moins elle assouplit les règles qui interdisent les films aux mineurs…

Audrey AZOULAY est sensible à la question, en tant qu’ancienne numéro 2 du CNC… et pour éviter les recours toujours gagnants d’une association catholique intégriste, l’association Promouvoir, qui a récemment obtenu une interdiction aux moins de 18 ans pour le film Love de Gaspard NOE, ou Nymphomaniac de Lars VON TRIER… la ministre souhaite « modifier un article du code du cinéma qui entraine une interdiction automatique d’un film aux mineurs lorsque celui-ci comporte des scènes de sexe non simulées ou de très grande violence »… c’est à lire dans Les Echos et le Parisien ce matin…

Pour contourner cette sanction automatique, la ministre veut donc modifier la rédaction de l’article, pour que l’interdiction repose « désormais sur la présence dans le film de ces motifs (sexe non simulé ou violence extrême) sans justification de caractère esthétique ».

Le Parisien, consacre d’ailleurs un portrait à André BONNET, avocat de l’association Promouvoir, un « CV bien rempli pour un homme tenté par l’extrême droite », qui fricoté avec divers mouvements comme le MPF, puis le FN et le MNR de Bruno MEGRET pour qui il a été candidat aux municipales… le Parisien rapporte également qu’une autre piste consisterait à créer une interdiction intermédiaire aux moins de 14 ans, « car les capacités de distance critique à 12 ans sont inférieures à celles qu’elles peuvent être à 16 ou 18 ans. »

A moins qu’on mette, pour les gens très impressionnables, comme pour vous Guillaume, un petit pictogramme sur les films au moment où il faut se cacher les yeux…

Chroniques

8H55
3 min

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La Séquence des partenaires : Mardi 1 mars 2016
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