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François HOLLANDE et Lionel JOSPIN

Rien ne se passe comme prévu

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A un an de la présidentielle, les très mauvais sondages pour l'actuel chef de l'Etat pourraient presque être lus comme un signe encourageant, à l'aune de tous les autres sondages faits à un an de l'élection.

François HOLLANDE et Lionel JOSPIN
François HOLLANDE et Lionel JOSPIN Crédits : Reuters

La preuve : vous auriez demandé encore avant-hier à François HOLLANDE comment allait la France, il vous aurait répondu comme à la télé « la France va mieux » et vous lui auriez ri au nez, décliniste que vous êtes avec votre esprit chafouin. A votre décharge, un certain nombre de personnes – on peut presque dire une majorité sans avoir peur de se tromper – aurait fait pareil.

Mais ça, c’était jusqu’à avant-hier. Parce que d’un coup, il y a eu la journée d’hier. Avec le matin, la vente des sous-marins pour 34 milliards d’euros à l’Australie. Première nouvelle. Et l’après-midi le recul du chômage, moins 60 000 demandeurs d’emplois en un mois, du jamais vu nous dit-on depuis l’an 2000. « Deux bonnes nouvelles en une seule journée, voilà longtemps que François HOLLANDE et le gouvernement n’avaient pas été à pareille fête ! » écrit par exemple Hervé FAVRE dans la Voix du Nord. « François HOLLANDE marquera d’une pierre blanche le mardi 26 avril 2016, tant il y a bien longtemps qu’il n’avait pu enregistrer en un seul jour une double bonne nouvelle », pour Jean-Michel HELVIG de la République des Pyrénées. Et ainsi de suite.

Parce que, en effet, comme le signifiait intelligemment le titre du roman de Laurent BINET consacré à la campagne présidentielle de François HOLLANDE en 2012… en politique, « Rien ne se passe comme prévu ».

Et c’est à cette aune-là qu’il faut juger de l’infaillible détermination de l’actuel chef de l’Etat à se représenter aux suffrages à l’issue de son premier mandat, et ce, malgré des sondages catastrophiques qui le donnent invariablement battu, laminé, piétiné en rase campagne par la droite, l’extrême droite, et même par Jean-Luc MELENCHON si l’on en croit les toutes dernières moutures qui donnent le candidat du Parti de Gauche au touche-touche avec le président sortant.

Mais justement… « Rien ne se passe comme prévu », c’est exactement ce que nous rappelle aujourd’hui cette pleine page du Figaro consacrée aux sondages à un an de l’élection présidentielle. Une pleine page signée Guillaume TABARD, qui à elle seule explique les espoirs les plus fous de l’actuel chef de l’Etat qui s’imagine à son tour en mesure de faire mentir les si mauvais sondages actuels.

1980 : Valéry GISCARD d’ESTAING, est donné largement en tête au premier tour, et les sondages promettent à François MITTERRAND une raclée au 2nd, 39% contre 61 pour le président sortant. Ce sera 52/48 dans le sens inverse. En 1987, Raymond BARRE est donné largement devant Jacques CHIRAC, 25/18 au premier tour, faisant de lui le principal opposant à François MITTERAND. Idem pour Edouard BALLADUR, donné vainqueur face au champion de la gauche à un an de l’élection de 1994 : Michel ROCARD. On ne parlera pas de 2001 et du premier tour du 21 avril, cette élection qui, après un premier mandat de Jacques CHIRAC, était imperdable pour Lionel JOSPIN. Ni de l’élection sur un plateau d’argent de Ségolène ROYAL face à Nicolas SARKOZY après 12 ans de présidence de droite.

Bref, après une journée comme celle d’hier qui plus est… ne cherchez pas de logique dans les chiffres : le secret le mieux caché en politique, c’est la puissance de l’entropie. Ou comment gagner quand on a toutes les chances de perdre.

Pourtant, toutes les analyses indiquent qu’à un an de la présidentielle, les français veulent mettre un grand coup de balais

Oui c’est la Une de la Croix ce matin… « 2017 un désir de renouveau ». Le journal titre sur le fait qu’à un an de la présidentielle, « jamais il n’y a eu un tel rejet de la classe politique. » Les chiffres exacts, ce sont ¾ des personnes interrogées qui ne veulent pas que l’élection de l’an prochain rejoue celle de 2012, et donc exit François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY. C’est ce rejet qui expliquerait selon le journal la popularité de challengers comme Emmanuel MACRON, côté gouvernement, ou Bruno LEMAIRE qui talonne dans les sondages à la primaire de droite Nicolas SARKOZY.

C’est ce même rejet qui expliquerait, toujours selon la Croix, le succès du positionnement « ni droite ni gauche », défendu autant par Emmanuel MACRON que par Alain JUPPE lorsqu’il évoque le rassemblement « des gens raisonnables pour gouverner ensemble, et laisser de côté les deux extrêmes, de droite et de gauche, qui n’ont rien compris au monde. »

Pour Jonathan BOUCHET-PETERSEN , il faut au président sortant changer de paradigme s’il veut avoir la moindre chance… « Loin d’une adhésion passionnelle à sa personne ou même à ses idées, François HOLLANDE est d’abord apparu en 2012 comme un candidat raisonnable à ceux qui voulaient éviter et épargner à la France un nouveau quinquennat SARKOZY. (…) Cette fois, si HOLLANDE est de nouveau candidat et s’il ne veut pas achever piteusement son quinquennat au soir du premier tour, il devra donner aux électeurs l’envie d’avoir envie de voter pour lui dès le premier tour, au milieu d’une dizaine d’autres candidats et non face à un repoussoir évident au second. »

Et pendant ce temps, au Luxembourg

Eh bien oui, pendant ce temps au Luxembourg se déroule le procès de trois français, dont Antoine DELTOUR… il faut procéder à un soupçon d’archéologie journalistique pour en trouver des traces ce matin dans la presse… Le Figaro et L’Opinion évoquent dans leurs colonnes ce procès LuxLeaks…

Puisque comme l’écrit le journaliste du Figaro, tout l’enjeu de ce procès, c’est de savoir si « Antoine DELTOUR est un lanceur d’alerte ou un voleur ». Il est poursuivi par son ancien employeur, le cabinet d’audit PriceWaterhouse Cooper, pour avoir transmis à la presse 22 000 pages de listings de « rescrits fiscaux », c’est-à-dire de comptes de multinationales qui faisaient de l’évasion fiscale en profitant de dispositions particulières du Grand-Duché… le tout avec le consentement éclairé de l’ancien Premier Ministre et actuel président de la Commission Européenne, Jean-Claude JUNKER.

Alors que le Parlement Européen vient tout juste de voter la directive défendue par le même Jean-Claude JUNKER sur le « Secret des affaires », qui défend largement l’intérêt des multinationales face aux lanceurs d’alertes… Antoine DELTOUR lui risque une peine de 10 ans de prison et de plus d’1 million d’euros d’amende. « Les lanceurs d’alerte prennent des risques, ils doivent être protégés » a affirmé François HOLLANDE, rappelle l’article du Figaro. L’Australien Julian ASSANGE vit reclus dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis 2012, Edward SNOWDEN est bloqué en Russie. En matière politique comme en matière judiciaire et diplomatique, il semble bien qu’en effet, rien ne se passe jamais comme prévu.

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La Séquence des partenaires : Mercredi 27 avril 2016
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