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Spectres

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À retrouver dans l'émission

En cette journée de commémoration de la fin de la Première Guerre Mondiale, nombreux sont les spectres qui flottent sur le présent. Ceux d'André GLUCKSMANN et d'Helmut SCHMIDT, ceux d'une certaine idée de la gauche sociale et de la fondation européenne, et celle de l'ennemi numéro 1 de James BOND.
Ils sont nombreux les spectres qui hantent cette journée de commémoration de la fin de la première guerre mondiale, le spectre de la guerre totale, d’une Europe détruite, de millions de morts dans les tranchées…

Faut-il vous rappeler que spectre vient du latin spectrum… lui-même formé sur le verbe specio, regarder… et qui désigne avant le fantôme, l’image projetée, le simulacre émis par les objets…

Former German chancellor Helmut Schmidt smokes a cigarette.
Former German chancellor Helmut Schmidt smokes a cigarette. Crédits : POOL New

Et c’est précisément d’image portée, de l’écho du passé qui se propage sur le présent dont il est question aujourd’hui… avec deux grands disparus, dont l’absence vient éclairer ce matin la lecture que l’on peut faire des soubresauts de l’actualité immédiate… Le philosophe André GLUCKSMANN, et l’ancien chancelier ouest-allemand Helmut SCHMIDT…

Commençons par André GLUCKSMANN, à qui Libération consacre sa Une… sur une photo en noir et blanc du philosophe, « Figure de la vie intellectuelle et médiatique, passé de la Gauche prolétarienne au néo-conservatisme »…

Et ce parcours idéologique, de l’extrême gauche révolutionnaire à la droite sarkozyste… « de Mao à Sarko » titre encore Libé… difficile de ne pas y voir un écho, une image projetée, un « simulacre » de l’évolution paradigmatique de la gauche française… D’autant plus à l’aune des nouvelles déclarations d’Emmanuel MACRON sur la rémunération au mérite des fonctionnaires… déclarations qui occupent une large partie de la presse ce matin…

« Fonctionnaires, faut-il les payer au mérite » en Une du Parisien. Idem dans le Figaro qui titre « Fonctionnaires, MACRON brise un nouveau tabou ». Il est intéressant de lire, dans l’édito de Stéphane ALBOUY dans le Parisien, que la naissance de cette idée de prime au mérite ne date pas d’hier… « Il est essentiel que la notation exprime la valeur réelle et inégale des agents ». La phrase date de 1946 et elle est de Maurice THOREZ, le ministre communiste à l’origine du premier statut général de la fonction publique », rappelle l’éditorialiste.

« Voilà une idée saine et simple dont on s’étonne qu’elle suscite un tollé sitôt qu’on l’évoque, sauf bien sûr à considérer que les fonctionnaires constituent une étrange aristocratie autorisée à s’abstraire de la loi commune pour d’obscurs motifs », estime Paul-Henri du LIMBERT dans le Figaro.

« On se souvient du récent tollé soulevé par des propos rapportés du ministre sur l’emploi « à vie » des fonctionnaires », rappelle Hervé FAVRE dans la Voix du Nord. « En s’attaquant cette fois au tabou du salaire au mérite, MACRON refait sourire le MEDEF et grincer le PS, dont il est n’est pas adhérent, bien sûr » écrit pour sa part Didier ROSE dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. « Emmanuel MACRON a pour lui le mérite de la constance, conclut Hervé FAVRE – de l’inconscience diront ses adversaires – pour ressortir un tel chiffon rouge à trois semaines d’élections régionales à hauts risques pour la majorité. »

L’autre spectre, c’est celui d’Helmut SCHMIDT qui plane sur la désagrégation de l’Europe.

Oui, le Parisien ne s’y est pas trompé, qui met en regard l’article consacré au « chantage de CAMERON à Bruxelles » et celui consacré à la disparition de l’ancien chancelier allemand, « Un sage de l’Europe ».

Le Premier Ministre britannique a présenté hier sa liste de conditions pour que le Royaume Uni reste membre de l’Union Européenne… des propositions dont certaines sont jugées « hautement problématiques » par Bruxelles, rapporte le Figaro. « Certaines demandes sont réalisables, estime le porte-parole de la commission, comme le renforcement du rôle des Parlements nationaux. Et certaines posent d’énormes problèmes, parce qu’elles touchent aux libertés fondamentales du marché intérieur », c’est le cas de la possibilité de priver, durant 4 ans, les immigrés d’origine européenne de certaines prestations sociales.

« Accéder au vœu de CAMERON reviendrait à détricoter tout ce qui fait la force du pacte européen, pour Jean-Louis HERVOIS de la Charente Libre. Ce serait surtout ouvrir la porte à tous ceux qui en Hongrie, en Tchéquie ou en Pologne, aimeraient à leur tour faire le tri entre les droits et les devoirs des membres de l’Union. »

« Ce n’est pas faire injure aux dirigeants de ces deux dernières décennies que de constater qu’il n’ont pas la trempe et la force de conviction et de complicité du binôme MITTERRAND-KOHL… ou GISCARD-SCHMIDT » écrit Patrice CHABANET dans le journal de la Haute Marne.

Vous pourrez lire l’histoire de ce dernier binôme, « une amitié européenne » dans l’hommage que rend ce matin le FIGARO à l’ancien chancelier. « Une amitié transpartisane, écrit Charles JAIGU, puisque l’un était issu de la droite libérale, l’autre du parti social-démocrate. La relation entre François MITTERRAND et Helmut KOHL sera elle aussi chargée d’émotion, et elle aussi politiquement à front renversé, mais elle n’atteindra pas au même degré d’intimité. »

Et pour conclure, le dernier Spectre du jour est beaucoup plus musclé

Et oui, Guillaume, je vous le disais… le spectre est avant tout l’image projetée… et le dernier spectre dont je vais vous parler est l’ennemi pas seulement de l’Europe ou de la gauche progressiste… mais de toute forme de démocratie et de liberté… c’est l’ennemi juré de James BOND qui donne son titre au nouvel épisode de la saga, aujourd’hui en salle…

Outre les différentes critiques que je ne vais pas vous résumer ici… vous pourrez trouver dans Libération cette amusante infographie qui montre, à partir d’un certain nombre de critères, l’évolution des pratiques de l’agent britannique au fil de ses aventures… Et dans Spectre, James BOND rompt avec un certain nombre de clichés le concernant… par exemple, il est moins classe, il passe moins de temps en smoking comparé à Casino Royale ou les Diamants sont éternels… Il a un meilleur bilan carbone, il parcourt moins de kilomètres, il ne donne pas d’avis érudit sur l’alcool contrairement à Sean CONNERY dans « On ne vit que deux fois » : « J’aime le saké, surtout quand il est servi à la bonne température, 36 degrés 6 »… Quoi d’autre… il fait moins son mariole avec seulement 15 blagues dans le film pour une moyenne de 19 sur l’ensemble de la saga…

Mais une chose, reste, permanente et immarcescible… James BOND est toujours un homme blanc, et il est toujours aussi macho.

Parce qu’il y a des spectres qui, contrairement aux êtres humains, mais comme demain… ne meurent jamais.

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