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Une de Libération sur la mort de Siné

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À retrouver dans l'émission

Une revue de presse placée sous le signe de la disparition du dessinateur Siné...

Une de Libération sur la mort de Siné
Une de Libération sur la mort de Siné Crédits : SL - Radio France

On commence cette revue de presse par une première page. Une première page pleine de vitalité…

C’est la Une de Libération avec un dessin de Willem qui salue la disparition de son collègue et ami Siné à l’âge de 87 ans – c’est arrivé hier. Le dessinateur Siné « anar à part et ennemi de l’ordre établi », comme c’est écrit sur cette première page.

Le dessin de Willem montre un cercueil dont le couvercle est brisé d’un coup par un bras qui s’en échappe. Un bras au bout duquel surgit un doigt d’honneur. Un doigt d’honneur vivant et vivace. « Mourir ? plutôt crever ! », c’est le titre de cette Une une exclamation et un aphorisme en même temps, inventé par Siné.

« Eternel pourfendeur de l’ordre établi et des cons », voilà comment il est décrit en pages intérieures par Eric Favereau, qui rappelle ce témoignage de Jean Genet, un mot que l’écrivain avait adressé au dessinateur : « Mon cher Bob, vous me ressemblez à bien des égards : vous et moi n’aurons jamais la légion d’honneur ! Prévert peut-être… Brassens aussi… Sartre sûrement… Mais nous pas ! » Favereau rappelle que le père de Siné était « ferronnier d’art, condamné à plusieurs années de travaux forcés. Ce qui n’a pas peu contribué à sa méfiance chronique envers l’Etat, la justice, la police ».

« A 14 ans, il entre à l’école Estienne, étudie le dessin et la maquette (…). Et un jour il tombe sur les dessins d’un Roumain devenu le plus célèbre des illustrateurs américains : Saul Steinberg. Ce sera l’une de ses principales sources d’inspiration », nous dit-on.

Siné est un créateur de journaux aussi, raconte plus loin dans Libération toujours Frédérique Roussel, Siné Massacres (« 9 numéros, 9 procès », disait-il), avec Jean-Jacques Pauvert lancé après avoir quitté L’Express. L’Enragé, en 1968. Et en 2008 Siné hebdo, qui devient ensuite Siné mensuel « Le journal qui fait mal et ça fait du bien ». Entre temps, il y a la collaboration à Charlie Hebdo, dont il est renvoyé pour une chronique jugée antisémite. « Poursuivi par la Licra pour incitation à la haine raciale, Siné a été relaxé le 24 février 2009 », rappelle Frédérique Roussel. « Les juges considérant qu’il avait usé de son droit à la satire ».

« Je suis brutal », disait-il, et les paroles sont rapportées ici par l’écrivaine Sylvie Caster. « Je suis brutal. Et ça ne m’étonne pas qu’on me foute sur la gueule. Mais antisémite, non. Ça me fout en l’air ».

« Siné était un anar pur et dur », rappelle le réalisateur Benoît Delépine dans les mêmes pages. « C’était un personnage magnifique, un grognard joyeux ». « C’est quelqu’un qui m’a appris à avoir du courage », dit le dessinateur Yan Lindingre un peu plus loin. « Il m’a appris à tout remettre en cause, à ne pas avoir peur d’avancer, parce que ça paye au final ». « Il a continué à avoir 20 ans dans sa tête. Ces dernières années, il a trompé la mort. Il a guéri miraculeusement de je ne sais combien d’opérations », continue Lindingre. « Il sortait du coma, il écrivait, il faisait la fête. Il lisait la presse, bouquinait, écoutait du jazz. Il ne cassait pas les couilles des jeunes. Il était la preuve que jusqu’au bout on peut se faire plaisir en se marrant ».

Et enfin le dessinateur Philippe Geluck rappelle que Siné était un « grand graphiste ». Et il suffit de voir la couverture l’édition de poche de Zazie dans le métro, de Queneau, reproduite à côté de ces témoignages, pour s’en persuader. Siné la Une et cinq pages . C’est dans Libération ce matin.

Dans son édition datée d’aujourd’hui, Le Monde propose une enquête de terrain… Florence Aubenas signe sous le titre « La bande de Molenbeek », avec Soren Seelow et Elise Vincent. Elle s’est rendue à Molenbeek, désormais fameux quartier de Bruxelles. « Akrouh, Abaaoud, Abdeslam, Abrini, Dahmani… Ici ils sont une vingtaine de jeunes gens impliqués à des degrés divers dans les attentats les plus meurtriers jamais commis en France », écrit la journaliste. « Ils ont grandi ensemble, voisins, cousins, petite bande labourant un territoire minuscule entre le canal et le chemin de fer, appelé le bas ‘Molenbeek’. »

« Avec les tueries de Bruxelles, en mars, les arrestations se sont enchaînées. En six mois, 160 perquisitions, plus de 300 auditions. » « ‘Il n’y a pas de zone de non droit à Molenbeek, nos 17 000 jeunes ne doivent pas être stigmatisés’, répète la bourgmestre de cette commune de 100 000 habitants, Françoise Schepmans (du Mouvement réformateur, le parti libéral francophone), avec une inusable patience. »

« Une affaire en revanche, la met sur les nerfs », souligne Florence Aubenas. « La liste que l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace lui a transmise en juin 2015, recensant 85 personnes ‘présumées radicalisées’ dans la commune. Cinq mois avant les tueries de Paris s’y égrènent déjà ces noms : Abaaoud, Abdeslam, Abrini, Akrouh… » « A ce moment-là, on n’a pas tilté », dit la bourgmestre dans Le Monde. « Que pouvait-on faire ? On n’est pas la police ».

Les guides touristiques ont apparemment adapté leur discours, à Molenbeek.

Florence Aubenas raconte :

« A quelques pas de ce qui fut le magasin d’Abdelhamid Abaaoud, sur la place communale, un groupe de touristes écoute un guide sous un parapluie rouge raconter le passé industriel de Molenbeek. Sans transition, le guide poursuit : ‘Derrière vous, au numéro 30, la maison de la famille Abdeslam, au premier étage.’ Au balcon, un rideau bouge à peine. La famille se barricade des jours entiers, à chaque rebondissement du dossier. Le 13 novembre 2015, à 21 h 41, Brahim, l’aîné, a déclenché sa ceinture d’explosifs dans un café à Paris. Etiqueté ennemi public numéro un, seul survivant des commandos en France, son frère Salah a été arrêté en mars après quatre mois de cavale et transféré le 27 avril à Fleury-Mérogis ».

Florence Aubenas rappelle que les frères Abdeslam avaient « ouvert un café, rue des Béguines ». Elle rapporte qu’à l’époque : « on y sert plus de shit que de bière. C’est à trois stations de métro du Molenbeek historique, mais déjà un autre monde. ‘Ils n’auraient pas osé s’installer dans le quartier, les vrais caïds ne l’auraient pas permis. Eux sont des petites victimes, courbant la tête devant les durs’, dit un ami. Aux Béguines, ils sont une vingtaine d’habitués, loin des gros établissements bruxellois qui tournent à plus d’un kilo par jour et 6 000 euros de gain. Brahim Abdeslam lève rarement la tête de son écran branché en continu sur la Syrie. On skype avec ceux qui sont partis. » A l’époque, « Abdelhamid Abaaoud », qui est parti en Syrie, « repasse parfois en Belgique, presque sans se cacher », raconte plus loin la journaliste. « Le 13 janvier 2014, il propose d’aller chercher lui-même son petit frère après la classe, Younès, 13 ans. Toute l’Ecole numéro 9 découvre quelques jours plus tard la photo du gamin sur Internet, un fusil d’assaut à la main, exhibé comme un trophée : ‘Le plus jeune djihadiste du monde’. Abaaoud l’a embarqué avec son cartable. Longtemps, l’Ecole numéro 9 a symbolisé l’idéal scolaire de la commune, ce mélange optimiste de nationalités et de religions », nous dit-on.

Aujourd’hui « une rumeur sème régulièrement la panique à l’Ecole numéro 9, depuis la mort d’Abdelhamid Abaaoud : le petit frère reviendrait venger le grand. Aucun parent d’élève ne prononce plus le mot Syrie »… Voilà, quelques-uns des éléments de cette grande double page dans Le Monde daté d’aujourd’hui, qui entremêle le récit du parcours des différents protagonistes des attentats et l’histoire de la commune de Molenbeek…

Et vous poursuivez cette revue de presse avec quelques objets…

Des objets qui ne nous appartiennent plus. Dans Les Echos, Edouard Lederer analyse la tendance suivante : « pour les consommateurs, la possession d’un bien est désormais moins importante que son usage ». « La propriété aurait-elle du plomb dans l’aile ? », demande-t-il. Et il aborde la question à travers l’exemple de la voiture : « Voilà que les conducteurs préfèrent désormais louer leur véhicule, plutôt que le posséder . Une révolution, alors que le véhicule a si longtemps été synonyme de réussite sociale ! La location avec option d’achat (la LOA) progresse de façon exponentielle. Cette formule permet de louer un véhicule pendant trois ans, avec à l’issue la possibilité de le racheter ou d’en louer un nouveau. »

Il ajoute : « Sur les trois premiers mois de l’année, les financements en LOA ont bondi de 35,7% » Et « le phénomène commence même à déborder le terrain automobile : il est désormais possible de louer et de renouveler régulièrement des objets aussi différents qu’un réfrigérateur ou des meubles », explique Edouard Lederer.

« Le mouvement s’est déclenché dans la téléphonie et la propriété a depuis perdu du terrain dans d’autres domaines : la musique s’écoute désormais en streaming, le marché de la résidence secondaire souffre car, pour les jeunes générations, les compagnies aériennes low cost et désormais Airbnb permettent de varier les destinations et de ne pas s’encombrer de l’entretien d’une propriété ». (note du traducteur : au passage on peut aussi imaginer que les jeunes générations n’ont pas les moyens de s’acheter une résidence secondaire). Locataire de tout, propriétaires de rien un bout de l’époque, c’est à retrouver dans Les Echos aujourd’hui …

Et quitte à parler des objets, on peut se reporter aussi au portrait que La Croix propose de Jean-Claude Kauffmann. Jean-Claude Kauffmann le sociologue à la moustache fleurie qui s’est fait une spécialité des études sur la vie quotidienne, notamment à travers les objets, justement.

« Les objets familiers, ou plus exactement ‘familiarisés à deux’ », explique France Lebreton dans Le Croix, « comme le linge, le balai, le lit »… qui ont tous (entre autres) fait l’objet d’un livre signé Jean-Claude Kaufmann. Ce dernier se prête donc au jeu du portrait à domicile. « Pour une fois, c’est lui qui ouvre la porte de sa maison à Saint Brieuc », nous dit la journaliste. Et on apprend que ce savant du conjugal, dont les deux derniers livres en date sont intitulés « Un lit pour deux, la tendre guerre » et « PiégéE dans son couple » est marié avec Soizik depuis plus de 35 ans, « tout en gardant chacun leur indépendance ». « Discuter en face-à-face n’est pas si évident pour un couple, cela peut même être assez bloquant », explique le sociologue, qui se transforme aussi en conseiller.

« Le couple se renforce autour de rituels », lit-on dans La Croix. « Chez les Kauffmann, c’est le dîner du samedi soir, devant un feu de cheminée, sur fond d’ambiance musicale ». Et on se dit qu’effectivement il y aurait matière à transformer le sociologue en objet de ses propres enquêtes…

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