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Tout le monde a gagné ?

6 min
À retrouver dans l'émission

La droite conquiert plusieurs régions, la gauche limite la casse et le FN progresse en nombre de voies : est-ce une victoire pour tout le monde, ou au contraire une défaite pour chacun ?
C’est assez déroutant ce matin… enfin, depuis hier soir même, à l’écoute des soirées électorales… ces élections régionales ont ceci de particulier qu’elles se concluent un peu à la manière de cette émission dominicale avec des enfants, naguère animée par feu Jacques MARTIN… vous vous souvenez… tout le monde a gagné… jugez-en par vous-même : la droite, qui ne dirigeait qu’une région, en dirige aujourd’hui 7… la gauche, qui devait disparaître de la carte régionale, se maintient finalement dans 5… le Front National ne remporte aucune région, certes, mais sera présent dans toutes, enregistre son meilleur résultat en nombres de votes, avec près de 7 millions d’électeurs… et même la démocratie a gagné… puisque le taux de participation a bondi de près de 10 points entre les deux tours.

Marion Maréchal Le Pen à l'issue de son discours dimanche soir
Marion Maréchal Le Pen à l'issue de son discours dimanche soir Crédits : Reuters

Tout le monde se félicite ce matin donc, au premier chef de l’absence de victoire du FN… et pourtant… cette victoire collective a comme un goût amer… C’est ce qu’explique Alexis BREZET dans le Figaro : « Pour les Républicains qui conquièrent sept régions dont la très symbolique Ile de France, c’est un succès, mais pas un triomphe. (…) Les socialistes font mieux que limiter la casse : ils conservent 5 régions. Mais ces victoires ne sauraient faire oublier le fait que l’ensemble de la gauche a subi une dégringolade vertigineuse. »

et si… et si, c’était en fait l’inverse, et que finalement, quand tout le monde a gagné… c’est qu’en fait, tout le monde a perdu…

C’est ce que laisse entendre La Croix ce matin, qui titre : « La défaite pour tous ». Dans son édito, Guillaume GOUBERT écrit : « La plus forte participation des électeurs au second tour, le retrait des listes de gauche dans deux régions, le bon report des voix de gauche vers la droite là où l’extrême droite risquait de l’emporter : tous ces facteurs ont abouti hier à un résultat spectaculaire (…) le Front National n’a remporté aucune région. (…) Mais si l’on ne pose pas de sérieuses questions pour l’avenir, ce n’est que partie remise. »

Point de vue partagé par Laurent JOFFRIN dans Libération… « Faut-il pavoiser pour autant ? Certainement pas. Si succès il y a, il est purement défensif. Cette victoire est surtout une non-défaite ». Idem pour Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité qui évoque lui un « trompe l’œil »… ce n’est « pas la déroute annoncée » pour la gauche, certes… comme si la gauche au deuxième tour n’était pas tombée à moins du tiers des suffrages exprimés. Et l’éditorialiste qui s’emporte contre ces « stratèges qui jugent avec jubilation que le coup pourrait fonctionner en 2017. Comme si le destin de la France pouvait être risqué au casino ! »

Et on sait bien qu’au Casino, plus on joue, plus on perd…

Ce n’est en tout cas pas un petit lundi matin qui chante… demi-victoire, demi-défaite… l’expression consacrée, c’est une victoire à la Pyrrhus… souvenir de la victoire du roi Pyrrhus 1er contre les romains suite à la bataille d’Héraclée qui engendra de très lourdes pertes à son armée… on appréciera la jolie couleur onomastique… la victoire d’Héraclée… si on l’écrit en deux mots, c’est à la fois le victoire… et la raclée… bref, une expression qui colle merveilleusement bien à la situation politique…

Alors faut-il regarder la situation avec un brin d’optimisme en plus, comme Christophe HERIGAULT dans la Nouvelle République… qui écrit « Seule la démocratie pourrait revendiquer une victoire ce matin. Une victoire de justesse. Car dans certaines régions, celles disputées à la triangulaire, la faiblesse des écarts y compris avec les listes FN démontre, si besoin était, combien on a joué les apprentis sorciers. »

Même son de cloche chez Raymond COURAUD dans l’Alsace, pour qui « L’électeur inconnu est le seul vainqueur des régionales. Son sursaut citoyen a infligé une nouvelle défaite électorale au FN. Mais le vent du boulet n’est pas passé loin, et autant Manuel VALLS que Nicolas SARKOZY ont assuré qu’ils avaient compris la leçon. Malheureusement, on a entendu les mêmes discours par le passé et, à chaque fois, le Front National s’est rappelé au mauvais souvenir des partis traditionnels. Cette fois, le droit à l’oubli leur est interdit. »

C’est donc le triomphe de la dialectique du verre à moitié vide.

Oui, deux façons de percevoir la même réalité, selon que votre approche est optimiste ou pessimiste… il en est exactement de même ce matin dans la perception de l’accord signé samedi à Paris à l’issue des 15 jours de la COP21… Un accord majoritairement salué, mais qui laisse pourtant planer de larges doutes sur sa capacité à limiter concrètement le réchauffement climatique…

L’écologiste Pascal CANFIN évoque lui une nouvelle catégorie : « Le verre est au trois-quarts plein »… c’est Etienne LEFEVRE qui le mentionne dans son édito dans Les Echos… « Le texte approuvé ce week-end marque un tournant dans la prise en compte du changement climatique (plus aucun Etat n’est dans le déni). (…) Mais il manque un chaînon essentiel pour accélérer cette transition : la fixation d’un prix du carbone. Rendre l’énergie carbonée de plus en plus chère, partout dans le monde, devrait être un objectif central des prochains sommets climat. Sinon, les objectifs de Paris resteront lettre morte. »

Cet accord de Paris suscite autant d’espoirs que de réserves… vous pourrez d’ailleurs lire les deux pour vous forger votre propre opinion, dans les pages de Libération… qui a offert une double tribune au sénateur écologiste Ronan DANTEC, qui confie lui ses espoirs autour du consensus international, des ambitions renforcées, ou de la rapidité des mécanismes de révision… face aux réserves de l’économiste Maxime COMBES, membre d’Attac qui déplore l’absence de feuille de route, des financements incertains ou la dépréciation de la « justice climatique ».

« COP21 : tout est possible mais tout reste à faire », résume la Croix… qui rappelle que dans l’état actuel des choses, mis bout à bout, les contributions nationales aboutissent en effet à un réchauffement global entre 2,7 et 3 degrés à la fin du siècle »… soit bien loin de la fourchette comprise entre 1 et demi et deux degrés qui figurent dans l’accord. « Pour combler l’écart, l’accord prévoit un mécanisme de révision à la hausse de ces engagements tous les cinq ans » mais seulement à partir de 2025. « Ce seraient dix ans de perdus, regrette Nicolas HULOT. Il faut obtenir que des pays décident volontairement de réviser leurs engagements avant 2020. »

Voilà donc, si ce matin, tant pour l’avenir politique que pour celui de la planète, c’est une sorte de soulagement collectif qui prédomine… dans un domaine comme dans l’autre, le chantier est à ciel ouvert, et tout, strictement tout reste à faire.

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