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Antoine Blondin en 1976

Un petit vélo

7 min
À retrouver dans l'émission

Le point de départ de cette revue de presse, ce matin, s’impose de lui-même…

Antoine Blondin en 1976
Antoine Blondin en 1976 Crédits : Sipa

Evidemment, Guillaume, c’est partout dans la presse, c’est la période qui veut ça… C’est subliminal, mais bien présent… C’est un sport qui traverse la presse ce matin et pas n’importe lequel … Je veux bien sûr parler… du cyclisme.

Soudain une figure comme l’écrivain Antoine Blondin est partout. Par exemple dans Paris Match, qui titre « Antoine Blondin, un singe enivré », clin d’œil à la fois à son livre un Singe en hiver et à son penchant pour la boisson. « Il nous quittait il y a 25 ans », écrit Philibert Humm, dans Paris-Match.

Celui-ci se souvient qu’au lendemain de ses obsèques à St Germain des Prés, France Soir titrait : « Même l’église était bourrée ». « On n’a jamais su si le fait de boire le libérait pour écrire ou s’il avait du mal écrire parce qu’il buvait », s’interroge Pierre Assouline, qui s’était longuement entretenu avec l’écrivain.

Antoine Blondin était le grand écrivain du cyclisme dans L’Equipe où, nous rappelle-t-on, il a écrit des « centaines d’articles ».

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Le cyclisme, grand sujet ce matin. Avec le grand dossier que Paris-Match, toujours lui, consacre à Mohammed Ali. Car oui, on apprend qu’enfant, il avait voulu se mettre à la boxe parce qu’une « brute lui avait volé son vélo »… La petite reine mène à tout. Pour être tout à fait honnête, Philippe Labro développe peu l’anecdote dans son article, préférant raconter sa rencontre avec le champion, qui a été enterré hier.

C’était le 8 mars 1971, au moment du retour du boxeur, au Madison Square garden à New York. « Dans un geste qui se veut d’encouragement, je pose ma main sur l’avant-bras d’Ali », se souvient Philippe Labro. « Il sursaute alors, comme s’il avait été atteint par une décharge électrique.

L’œil révulsé, il me lance : ‘Don’t touch me’ – ‘Ne me touchez pas’.

Ça voulait dire : A quelques heures d’un match, on ne touche pas à l’endroit d’où va partir l’éclair fatal, la source du punch. ‘Ne me touchez pas’, répète-t-il. Et je lis non pas de l’hostilité dans son regard », écrit Labro, « mais une lueur que je ne parviendrai jamais à définir – quelque chose comme la certitude d’un mystère ».

« Il devait perdre, ce jour-là, en 1971, de façon ingrate, contre Frazier », rappelle le journaliste écrivain.

Eh oui, mais il avait prévenu : il ne fallait pas le toucher…

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Sans doute que personne n’avait touché la cuisse d’Eddy Merckx, le 18 juillet 1969.

Il avait annoncé qu’il passerait tous les cols en tête. Et il s’est envolé dans une échappée de 140 km, dans les Pyrénées entre Luchon et Mourenx.

Une photo impressionnante immortalise ce moment, et elle est publiée dans un format XL, dans le hors-série « Maillot jaune » du journal « Le 1 ».

« Le 1 » n’est pas un journal qu’on feuillette mais qu’on déplie.

Et donc quand on déplie ce hors-série, au verso, on trouve cette photo aux couleurs « vintage » signée Henri Besson.

Au verso, on trouve plusieurs textes qui décortiquent la légende du maillot jaune. Dont celui de Philippe Brunel. « Le Tour de France scénarise, arbitre nos duperies, nos élans », écrit-il. « Il mesure jusqu’au désenchantement la force de nos attachements, car le Tour ne prétend pas à la sainteté, le divin y côtoie le démoniaque. »

« Ses héros ? », demande Brunel. « Des hommes simples qui nous ressemblent : cupides, faillibles, sans religion, capable de renier leur parole pour ce maillot jaune, ce bout d’étoffe jadis en laine, dont le rite relève du Saint-Sacrement. Parce qu’il offre – à ceux qui l’endossent – cette occasion rare de laver leurs offenses et de s’incarner dans quelque chose de meilleur ».

Les superlatifs et les exagérations font partie du romantisme du cyclisme et Philippe Brunel n’y échappe pas. « ‘Aussi vraie que l’homme descend du songe’, disait Blondin », (tiens, le revoilà !), « le maillot jaune est né d’un rêve »…

De quoi faire un parallèle avec une tribune parue dans Libération…

Avec la chronique de la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle, précisément. Une chronique intitulée « La fin du sublime ? », point d’interrogation. « La sublimation a vécu », écrit-elle. « La pulsion a trouvé un regain de toute-puissance dans un monde qui ne supporte aucune limite pour la satisfaire. Immédiateté, vitesse, fluidité appellent une société sans frustration ni délai. »

Mais la sublimation, c’est quoi ? Reprenant Feud, voilà ce qu’elle dit : « La sublimation, c’est un processus inconscient de conversion de l’énergie », qui nous porte à créer. Spirituellement et artistiquement. « Attendre, imaginer, espérer, c’est faire face au chaos de nos envies et de nos tourments en leur donnant un ordre symbolique. »

Il est plus question de création artistique que de cyclisme, dans ce que dit Anne Dufourmantelle, mais on n’est pas loin du sport et du regard qu’on porte dessus, que ce soit Philippe Brunel dans Le 1, ou Blondin dans ses articles de jadis. Ecrire la légende, construire la tragédie, pour que le lecteur-spectateur s’y projette, lui et ses pulsions.

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Deux dessins sportifs, dans la presse du jour :

Ø d’abord Willem, sur la même page que la chronique d’Anne Dufourmantelle dans Libé :

un énorme ballon dans un stade protégé par des policiers sur-armés.

Un héliocoptère au loin, et au premier plan, un agent parle dans son talkie walkie et annonce : « Il va y avoir du sport ! »

Ø autre dessin : celui de Plantu à la Une du Monde daté d’aujourd’hui. François Hollande est dans les cages. Sous-titre : « L’angoisse du gardien de but au moment de la grève »…

Parce que oui, aujourd’hui, étonnamment il est aussi question de football dans la presse.

Mais pas mal dans les pages économie et société… Au-delà de la question du climat de contestation sociale dans lequel s’ouvre aujourd’hui l’Euro 2016,

l’économie de la compétition interroge les journaux. Le magazine Challenge consacre sa couverture au « Foot business », et revient notamment,

dans un article signé Jean-François Arnaud et Pauline Damour, sur « la trouvaille de Platini », président de l’UEFA jusqu’au mois dernier.

« Il a souhaité ouvrir la compétition à un plus grand nombre de nations », explique un cadre de l’organisation. « Il y a 24 équipes au lieu de 16 ».

« Si l’intention est généreuse, ses conséquences sont très lucratives », lit-on dans Challenges. « L’Euro 2016 dure un mois plein, soit une semaine de plus que les éditions précédentes, avec 51 matchs au lieu de 31. Cela veut dire plus de billets vendus, des droits télé plus élevés, une inflation des budgets de sponsoring – au total près de 40% de mieux -, des retombées plus importantes pour les villes, avec des supporteurs présents plus longtemps ».

« Les puristes risquent de s’en émouvoir », écrivent plus loin les auteurs de l’article, « mais dans les stades, tout a été pensé pour valoriser au maximum les marques partenaires. Les panneaux publicitaires sont devenus intelligents. Un algorithme calcule la visibilité optimale de chaque sponsor en fonction de sa contribution financière et du déroulement du match ».

Au passage, on aimerait bien en savoir plus sur cette nouvelle mécanique technologique…

On complètera utilement cette lecture par celle d’Alternatives économiques, qui fait aussi sa Une sur le foot. Avec notamment l’article de Vincent Grimault où on apprend que l’UEFA a demandé « aux commerçants installés à proximité immédiate des stades de lui payer une redevance de 600 euros par jour de match et de ne servir que des produits des boissons officiels ». Après contestation, « finalement, les commerçants vendront ce qu’il veulent », nous raconte-t-on.

Mais « les concurrents des sponsors officiels ne pourront pas faire de publicité dans un rayon d’un kilomètre autour des stades ». Par ailleurs, on apprend aussi que la question des retombées économiques de l’événement est soumise à suspicion. « La surestimation des retombées économiques est aujourd’hui la règle », voilà la citation d’un universitaire dans l’article d’Alternatives économiques.

« Cette histoire de retombées économiques, c’est de l’enfumage », estime carrément Loïc Ravenel, du Centre international d’études du sport. « Assumons qu’à ce niveau de sport spectacle, le foot ne rapporte pas », dit-il. « Et reconnaissons qu’on veut l’Euro pour des questions d’image de fête populaire, mais arrêtons de vouloir le justifier économiquement ».

Alors si tout ça n’est pas une affaire d’argent, ce serait une affaire de quoi ? de langue ?

Il reste la littérature… On s’en rend compte dans le hors-série de la revue Desport. Qui met en regard 30 photos de foot de toutes les époques. Foot européen, bien sûr. Et des textes d’auteurs contemporains (européens aussi), qui regardent chacun une photo. Il y a Roberto Saviano, Maylis de Kerangal, Lola Lafon, Erri de Luca, Olivier Guez, Patrick Roegiers… Entre autres. On peut s’arrêter sur le texte de Paul Fournel.

Il commente une photo où l’on voit le joueur tchécoslovaque Antonin Panenka en 1976 marquer un but qui permettra à son équipe de remporter le Championnat d’Europe des nations. C’est un penalty.

Voilà ce qu’écrit Paul Fournel :

A l’instant même où cette photo est prise, « Panenka se dit que le gardien allemand, Sepp Maier, va anticiper son penalty en plongeant à droite ou à gauche, il a donc une chance sur deux de rater son coup. Et il décide de se donner toutes les chances en anticipant l’anticipation ».

Fournel poursuit : « Il va tirer au milieu, à l’endroit exact où le gardien ne sera plus. Ce petit coup de génie fera sa gloire et sa postérité. Son nom deviendra commun, mais lui restera inoubliable. Il n’y a guère d’autres figures dans le football qui portent le nom d’un joueur. La ‘panenka’, tout le monde la connaît sous le nom de son créateur ».

Une histoire de mot, une histoire de langue, pour dire le jeu, la figure et le joueur tout en même temps.

Une histoire signée Paul Fournel, par ailleurs auteur il y a quelques années d’un livre intitulé… « Besoin de vélo ».

Ce matin, décidément, vraiment, le cyclisme est partout.

bonne journée !

Chroniques

8H55
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