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Un an révolu

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Un an révolu depuis les attentats de Charlie Hebdo, un sentiment d'insouciance révolu depuis le 13 novembre dernier... mais quelles révolutions avons-nous opérées depuis un an, et quelles révolutions restent encore à faire ?
Il ne vous aura pas échappé que nous sommes aujourd’hui le 7 janvier… qu’il y a un an, donc, jour pour jour, se déroulait la tuerie de Charlie HEBDO… un an révolu… c’est intéressant, ce mot, révolu… du latin revolvere … soit revenir au point de départ, retourner au début… c’est un terme que l’on emploie pour le parcours cyclique des planètes autour du soleil… on dit du cours de Saturne, de Jupiter ou de la Terre qu’il est révolu lorsque la planète revient à sa position intiale…

La place de la République, un an après les attentats
La place de la République, un an après les attentats Crédits : Reuters

Et il ne vous aura pas échappé, fin linguiste que vous devenez à grands renforts de mes petits précis d’étymologie quotidiens, que le substantif de révolu… est révolution…

Quelle révolution avons-nous donc fait en un an, depuis ces attentats de Charlie HEBDO ? C’est la question qui taraude, en filigrane grand nombre de vos quotidiens ce matin… « Un an s’est écoulé, écrit Sébastien LACROIX dans L’Union… A-t-on fait le deuil ? Non. Sommes-nous plus en sécurité ? Non. Sommes-nous toujours Charlie ? Oui, quand même. Enfin, pas sûr, plus comme avant. (…) L’Islam s’est-il réformé ? Non. La politique a-t-elle repris la main ? Non. Un an après, donc, rien n’est réglé, tout est chamboulé. »

Et cet avis de Sébastien LACROIX, il est à peu près partagé par tous, quel que soit le bord politique… ce constat que les attentats de Charlie HEBDO, de l’Hyper Casher, tout autant que ceux du 13 novembre n’ont engendré aucune forme de révolution durable dans notre société…

« Je suis Charlie », vous vous souvenez, interroge Denis DAUMIN dans la Nouvelle République. « Qu’a-t-on conservé de cette ferveur peu ordinaire lorsque le soufflé peu à peu à fini par retomber ? Assez peu de choses en réalité (…) sinon le sentiment de frontières retrouvées et jugées nécessaires. On appelait ça patrie autrefois, avant que l’idée ne soit privatisée par le Front National. »

Un an après, l’heure n’est donc pas vraiment à l’optimisme… selon la philosophe Cynthia FLEURY dans les Echos. « Le niveau d’exacerbation de l’opinion publique, qui témoigne d’une société française totalement divisée, est surréaliste. Il n’y a aucun recul, aucune sérénité. Toujours les mêmes débats, les mêmes divisions. Comme s’il n’y avait pas eu le 11 janvier. »

« Oubliés les protestations de fraternité, le refus des amalgames, l’exaltation de l’arme démocratique, écrit également Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité. On voyait, ce 11 janvier 2015, des responsables politiques jouer des coudes pour apparaître au premier rang des chefs d’Etat. Aujourd’hui, les mêmes se bousculent pour grimper l’escalier sécuritaire, surenchérir sur les mesures policières ou les symboles ravageurs comme la déchéance de nationalité ou l’apatridie. »

Guillaume TABARD dans le Figaro déplore lui aussi que « depuis des semaines, toute la discussion sur la réponse à donner au terrorisme tourne autour d’une disposition dont personne, ou presque, ne défend l’efficacité. (…) Si neuf Français sur 10 approuvent la déchéance de nationalité, c’est parce qu’ils en espèrent un impact concret pour leur protection. S’ils comprennent que ses promoteurs ne cherchent qu’un effet d’affichage, ils leur feront payer. »

Il n’y a pas que l’année écoulée depuis les attentats de Charlie qui soit révolue….

Avec elle, c’est aussi un sentiment d’insouciance pourrait-on dire, un esprit de tranquillité qui est lui aussi, révolu au sens cette fois d’achevé, de terminé, de relégué au passé.

« Il est troublant d’apprendre que Timéo a été l’un des dix prénoms les plus donnés aux garçons l’an dernier », relève Dominique JUNG dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Et oui, timeo en latin, ça signifie « je crains, je redoute, j’ai peur »... « Comme si la hantise de l’attentat s’était glissée inconsciemment jusque dans les berceaux, note l’éditorialiste ».

Or cette réflexion, ce travail sur la peur… cette peur qui est devenue indissociable de notre présent, qui est également le timonier d’une réponse politique et sécuritaire depuis les attentats du 13 novembre… c’est le centre du travail de l’historien Patrick BOUCHERON, que vous receviez Guillaume il y a peu de temps et qui accorde ce matin un grand entretien au journal Libération.

« Inévitablement, la figure du chef en démocratie a affaire avec la peur, déclare-t-il. Le 13 novembre au soir, après avoir admis que le projet terroriste consiste bien à « nous faire peur », le président HOLLANDE lâche : « Il y a de quoi avoir peur, il y a l’effroi » - avant d’annoncer l’état d’urgence. »

Or Patrick BOUCHERON rappelle qu’aux Etats-Unis, « les institutions de la peur (issues notamment du Patriot Act) ont survécu à la lutte contre le terrorisme. Ce sont elles, alors, qui finissent par faire peur – d’ailleurs, on voit bien aujourd’hui que l’état d’urgence ne rassure personne. »

Alors est-ce cela la révolution des attentats de 2015 ? La révolution de cette année révolue depuis le 7 janvier 2015, c’est la révolution de la peur ? Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité s’essaye à une pointe d’optimisme : « la sidération et le réflexe d’autodéfense induits par les sanglants attentats du 13 novembre ou la confusion entre besoin de sécurité et ordre sécuritaire ne perdureront sans doute pas. Et seront alors mieux entendues les voix qui réclament plus de république, plus de démocratie, plus de solidarité et de partage. »

Le paradoxe de cette révolution de la peur… c’est Alain REMOND qui le relève dans son billet dans la Croix, intitulé « De la douceur ». C’est le mot de ce début d’année : doux. Jour après jour, les bulletins météos nous le répètent : il fait doux. (…) En ce même début d’année, le climat du pays, lui, n’est pas du tout à la douceur. (…) Il faut durcir les lois, nous dit-on. Car ce monde est dur, de plus en plus dur. (…) Ainsi sommes-nous, en ce début d’année : tout est trop dur, mais il fait trop doux. »

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