LE DIRECT

Unanimité et considération

5 min
À retrouver dans l'émission

De l'évolution de la doxa et du discours médiatique sur la crise sociale à Air France, et de la fascination jamais démentie pour les questions liées au genre.
Il est assez intéressant Guillaume de voir ce matin, en lisant la presse à quel point un dossier clivant comme celui d’Air France… qui structure de façon très rigide le discours politique et médiatique depuis 10 jours… a petit à petit basculé vers une forme d’unanimité… il est intéressant de constater jour après jour le glissement de la doxa…

Tout a commencé par une condamnation, quasi-unanime de l’agression des deux DRH d’Air France… chemise déchirée à l’appui, on parlait alors de « lynchage » et rares étaient les voix pour prendre la défense d’un comportement jugé inadmissible – voire pire, imbécile, dangereux, insupportable de la part d’abrutis, et autres noms d’oiseaux.

Manifestation en 2009 de défense des personnes intersexuées en 2009
Manifestation en 2009 de défense des personnes intersexuées en 2009 Crédits : Reuters

D’inadmissible, il est devenu « inadmissible mais pas inexplicable »… et c’est cette ligne qui a structuré depuis quelques jours le débat entre « violence physique et violence sociale »… et puis il y a eu les interpellations en début de semaine, et le débat a glissé vers la criminalisation des syndicalistes…

Et nous voilà arrivés à ce matin, avec un gouvernement qui après avoir traité les agresseurs de voyous, semble faire machine arrière et renvoyer Air France à la violence de son plan de 2900 suppressions d’emploi…

Conséquence de ce revirement… quel que soit son bord politique, toute la presse souligne ce matin ce revirement du gouvernement et du chef de l’Etat et la dégradation du dialogue social, à quelques jours de la prochaine conférence sociale, qui s’ouvrira lundi…

Le Figaro parle de « l’art du looping » sous la plus de Gaëtan de CAPELE, « oubliés les voyous, François HOLLANDE nous explique désormais sans sourciller que les torts sont partagés. A ceux qui se demandent pourquoi la France va mal, voici une première réponse : avec son parallèle douteux, le chef de l’Etat conforte une fois de plus la désastreuse culture de l’excuse, si chère à la gauche. »

« Conflits sociaux, le dialogue en mauvais état » « cacophonie au gouvernement », titre de son côté Libération qui raconte comment malgré le discours de fermeté de Manuel VALLS, discours que le Premier Ministre maintient, le dossier Air France est devenu politiquement à hauts risques pour la cohésion du gouvernement, alors que deux ministres, Ségolène ROYAL et Myriam El KHOMRI demandent à la direction de la compagnie la suspension du plan social.

« Alors que le dialogue entre pilotes et direction repartait sur des bases plus saines, rien ne sert d’apporter un soutien verbal aux plus extrémistes qui pourraient se sentir soutenus par l’exécutif, écrit pour sa part François BARROUX dans les Echos. François HOLLANDE commet une faute en semblant justifier l’injustifiable. »

Même analyse dans le Parisien sous la plume de Donat VIDAL REVEL : « Le spectaculaire revirement à propos du plan social d’Air France montre que le gouvernement n’a plus de boussole, qu’il agit au coup par coup, tétanisé par la claque annoncée aux élections régionales. » « La colère sociale va bien au-delà d’Air France » corrobore l’Humanité pour qui la façon dont sont traités les salariés de la compagnie aérienne par leur direction, le gouvernement et les médias soulève la colère dans le monde du travail. Avec pour conséquence la défection de la CGT pour la conférence sociale de lundi.

« Il fut un temps ou GISCARD et MITTERRAND s’affrontaient pour savoir qui détenait le monopole du cœur. Ceux qui grognent aujourd’hui n’en demandent pas tant conclut Donat VIDAL REVEL. Un peu de considération serait déjà pas mal. »

De la considération… c’est également ce qu’attendent les personnes intersexuées

Ah… la fascination pour les problématiques liées au genre… on n’en fera jamais le tour… tout le monde a toujours son mot à dire sur ce qui se passe dans la culotte des autres, c’est une autre forme d’unanimité ce matin dans la presse… avec cette décision du tribunal de Tours révélée hier par 20 minutes… la cour a ordonné la modification de l’acte de naissance d’une personne intersexuée pour qu’y soit fait la mention « sexe neutre »

C’est une première en Europe et une avancée immense pour toutes les personnes intersexuées qui se battent de longue date, non seulement pour obtenir le libre choix de leur genre… pour proscrire une fois pour toute les actes de réassignation sexuelle à la naissance… c’est-à-dire lorsque les médecins, avec ou sans avis de la famille, procèdent immédiatement à des opérations chirurgicales irréversibles pour supprimer l’un des deux appareils génitaux du nouveau-né…

« Une personne neutre, unique en son genre » titre Libération, qui est le seul journal à éviter les écueils du genre… si vous m’autorisez l’expression… Dans la Croix et le Parisien, on n’échappe pas à l’hermaphrodite – image récusée violemment par les personnes intersexuées – ou à des précisions anatomiques dont je vous passe les détails… La Croix rappelle ainsi que le parquet à fait immédiatement appel de cette décision, craignant qu’elle n’ouvre un débat de société sur la reconnaissance d’un troisième genre…

Etienne de Montety nous gratifie même de quelques calembours bien sentis sur le terme « neutre »… qui refuse de prendre parties (au pluriel, parties, suivez mon regard)… Etienne de Montety qui note, malgré tout et à juste titre, que la langue française, de par sa structure syntaxique, est embarrassée par l’irruption du « genre neutre ». Le mot neutre lui-même est formé (vous connaissez mon amour pour l’étymologie) à partir du latin, de la négation « ne » et du pronom interrogatif « uter », « lequel des deux » rappelle La Croix. Si l’on s’en réfère à l’étymologie, il ne s’agit donc pas d’un « troisième sexe », mais de « ni l’un ni l’autre » ou « des deux à la fois ».

Et ce n’est pas tant un « troisième sexe » que réclament les personnes intersexuées ou transsexuelles – dont la marche annuelle, l’Existrans a lieu samedi à Paris – que la liberté de choisir, individuellement, sans intervention ni des médecins, ni de l’Etat, le genre auquel on appartient.

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......