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Une bonne et une mauvaise nouvelle

6 min
À retrouver dans l'émission

A deux jours du premier tour du scrutin régional, deux nouvelles, une bonne et une mauvaise...
Je vous propose, une fois n’est pas coutume, de commencer par la mauvaise… à deux jours du premier tour des élections régionales, il y a comme une stupeur, une frayeur diffuse qui se dégage des journaux ce matin… l’imminence de l’irruption de la réalité, celle du vote et du triomphe, annoncé du Front National… et à quelques heures de ce vote, Marine LE PEN a eu ces mots, lors d’un discours à Nîmes : « Si nous perdons, le voile sera imposé à toutes les femmes, la charia remplacera notre Constitution, la barbarie s'installera ».

affiches électorales en région Picardie-Nord-Pas-de-Calais
affiches électorales en région Picardie-Nord-Pas-de-Calais Crédits : Reuters

Alors il faut replacer la phrase dans son contexte… quand la présidente du parti d’extrême droite dit « si nous perdons », elle ne parle par des élections régionales, mais de la guerre plus générale contre le totalitarisme islamiste… Or, si on imagine assez mal en effet qu’au lendemain du second tour des régionales, une défaite du FN pousserait le chef de l’Etat à se convertir au salafisme et à faire voter la charia par le Congrès en lieu et place de la révision constitutionnelle sur l’état d’urgence… on imagine, tout compte fait, tout aussi mal que dans les mois, ou les années à venir, quelles que soit les victoires ou les défaites de l’action politique et militaire contre DAECH, cette même charia devienne un jour futur les racines de la loi organique de notre pays…

Toujours est-il qu’une partie des éditorialistes interroge ce matin ces accents lepénistes, mais version LE PEN père, de celle qui a pourtant tant fait pour essayer de faire oublier les éructations xénophobes de son géniteur…

« Ici, aucun dérapage analyse Philippe MARCACCI dans l’Est Républicain. A la manière d’un joueur de poker entrevoyant le gain de la partie, la présidente du FN a décidé de faire tapis. Quitte, dans un discours hallucinant, à agiter le spectre d’une charia remplaçant la constitution et prohibant la musique. »

« Les dédiabolisés diaboliques »… c’est le titre de l’édito de Cécile CORNUDET dans les Echos, qui analyse peu ou prou la situation sous le même angle : « Le Front National, porté par les sondages, estime-t-il qu’il a suffisamment rassuré pour pouvoir se permettre de renouer avec l’outrance ? (…) A la veille du scrutin régional, Marine LE PEN et Marion MARECHAL font le pari que le pays est davantage en sécession que ne le laisse paraître l’unanimisme de l’émotion poste-attentats. Le 13 novembre a fait sauter les digues, estiment-elles, la colère atteint des niveaux records, l’islamophobie progresse de façon sourde. Tant pis donc pour le visage rassurant qu’elles continuent de vouloir montrer, leur force est de savoir capter cette colère : il faut hausser le ton et cultiver leur différence. »

Cette outrance de dernière minute abondera-t-elle dans la dynamique électorale que relèvent les enquêtes d’opinion depuis les attentats ? Ou ce débordement aux accents triomphalistes du joueur trop sûr de sa victoire aura-t-il l’effet inverse sur les électeurs tentés par le Front National ou les abstentionnistes… on ne le saura que dimanche… dans deux jours…

Alain REMOND dans la Croix parle lui d’un jour… « Un jour, nous nous demanderons comment c’est arrivé. Un jour, nous essaierons de nous rappeler comment ça a commencé. Nous étions tellement sûrs que ça n’arriverait jamais, que ça ne pouvait pas nous arriver. Pas ici. Pas en France. Ou alors par la force, par la violence, un coup d’Etat, une prise de pouvoir illégitime. C’était facile de jouer à nous faire peur, en imaginant de tels scénarios. (…) Un jour, nous nous demanderons comment le peuple, finalement, a voulu que ça arrive, pourquoi c’est devenu possible. A moins que dans deux jours… »

Et c’est l’autre grand titre ce matin Nicolas…

Oui, plusieurs journaux ont choisi de s’engager… pas tant contre le Front National comme La Voix du Nord cette semaine… que contre l’abstention… « Votez, c’est urgent » en Une du Parisien… qui dans sa double page consacrée aux élections, relève 5 raisons d’aller voter… des raisons qui vont du sursaut civique après les attentats, au fait que la lutte contre le chômage relève pour partie des compétences régionales… Le Parisien qui propose également, pour couper court aux excès de certains candidats qui promettent tout et n’importe quoi, un graphique récapitulatif des compétences exactes de ces super-régions… Transports, environnement, culture, tourisme, lycées, développement économique (vous noterez qu’il n’y a ni sécurité, ni immigration dans la liste).

« L’heure du vote » titre également La Croix, « Les bonnes raisons d’aller voter »… L’Humanité y va aussi de son couplet… l’édito de Patrick APEL-MULLER commence par cette injonction : « Votez ! »… et se conclut par une citation du poète grec Odysseas ELYTIS : « Là où les ténèbres tissent et se tapissent, devenez petits soleils qui se hissent »…

Et en parlant de petits soleils Nicolas… vous nous aviez promis une bonne nouvelle.

Oui Guillaume… la bonne nouvelle, c’est qu’avant le frisson mêlé d’effroi des résultats de dimanche 20h… et à partir de ce soir minuit… vous allez pouvoir passer près de deux jours sans entendre parler de l’extrême droite et de politique… deux jours de break, de silence médiatique imposé par le CSA, deux jours de pause détente, entre amis ou en famille… vous pourrez en profiter pour jouer avec vos enfants ou vos petits-enfants par exemple… alors pas au jeu du foulard… évitez… d’autant que le Parisien nous apprend aujourd’hui que 4 enfants sur 10 joueraient à perdre connaissance dans la cour d’école… et ce, dès la maternelle… une proportion beaucoup plus inquiétante que tout ce que l’on imaginait jusqu’à présent…

Vous pourrez donc en profiter pour montrer à vos enfants qu’il y a d’autres façons de s’amuser qu’en s’étranglant par exemple… ça c’est plutôt une bonne idée… et pourquoi pas en allant faire du cheval… ou visiter les haras nationaux… il faut en profiter, tant qu’ils sont nationaux… puisque, comme nous l’apprennent ce matin Les Echos… le sort des haras nationaux est scellés… neuf d’entre eux vont être vendus, l’Etat se débarrasse de ses établissements équestres, patrimoine immobilier vétuste, peu ou pas entretenu et un foncier de taille… Les ventes n’auront pas lieu avant 2016… il y a de fortes chances que plusieurs de ces haras soient récupérés par les collectivités locales… comme ceux de Tarbes ou de Saint-Lô… on peut citer également ceux de Compiègne, Pau-Gelos, Villeneuve-sur-Lot, Saintes, Aurillac, Lamballe ou Hennebont qui seront tous vendus… donc d’ici dimanche, 20h… un petit tour au haras près de chez vous… et dimanche bien sûr, vous n’hésiterez pas une seule seconde à miser sur le bon cheval.

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