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Une goutte d'eau

5 min
À retrouver dans l'émission

Une goutte d'eau sur Mars, une goutte d'eau potable sur Terre, et une goutte d'eau... dans l'océan.
La goutte d’eau qui traditionnellement fait déborder le vase, en l’occurrence, ce serait plutôt la goutte de vase qui fait déborder l’eau… ces gouttes d’eau saumâtre sur Mars qui ont mis en émoi la communauté scientifique et toute la presse ce matin.

traces d'eau liquide sur mars
traces d'eau liquide sur mars Crédits : Reuters

C’était pourtant la Lune qui « a fait son intéressante dans la nuit de dimanche à lundi, revêtant une belle robe orange sanguine à l’occasion d’une éclipse totale, mais sa tentative de diversion n’a pas duré longtemps, écrit Camille GEVAUDAN dans Libération. La seule, l’unique et véritable planète rouge a vite retrouvé les devants avec cette annonce fracassante de la NASA : de l’eau liquide a coulé, et coule toujours, aujourd’hui, sur Mars. »

Tambours, trompettes, tout le monde s’est ému à juste titre de cette découverte - bien que l’on soit bien bien loin des petits bonshommes verts qui font ak ak aaak - qui dit eau dit vie… et voilà relancée l’hypothèse d’une vie extraterrestre bactérienne ou microbienne juste là, à deux pas de chez nous.

Oui mais voilà… à défaut d’eau véritable, les chercheurs qui ont fait cette découverte précisent bien qu’il s’agit plutôt de sels hydratés, rapporte le FIGARO, avec une très forte concentration en perchlorate, ce qui permet à cette « eau » de ne pas geler malgré les températures très basses… des sels hydratés qui contiennent également du chlore, qui est un puissant antibactérien précise encore Cyrille VANLERBERGHE. Ce qui douche, si vous me permettez de tirer un peu sur le champ lexical aqueux, les espoirs de découvrir subito des petits microbes martiens.

Non, ce que raconte surtout cette annonce fracassante, c’est une fois de plus la maîtrise du storytelling par la NASA… « Voilà plusieurs jours que l’agence américaine faisait monter la mayonnaise, relate encore Libération. « Un mystère de Mars résolu ? » tweetait son (efficace) service de communication la semaine dernière. Ce week-end, c’était carrément une « découverte scientifique majeure » qu’il faisait miroiter. »

Cette communication à bâton rompu, « vendre, voire survendre un rêve hollywoodien grâce à un sens aigu de la communication, c’est sans doute le meilleur moyen qu’a trouvé l’agence spatiale américaine pour débloquer des fonds astronomiques », explique le Parisien.

Parce que l’horizon auquel tout le monde pense, c’est évidemment celui du vol habité, du pied de l’homme sur le sol rouge. Un pas de géant que la NASA aimerait pouvoir faire entre 2030 et 2050… or, qui dit vol habité dit gros sous, très gros sous ; l’astrophysicien Francis ROCARD estime le coût à plus de 1000 milliards de dollars, toujours dans le Parisien : « La NASA a une forte tradition de communication, résume-t-il. Cet événement est un message qui vise le grand public, mais aussi un message à destination de ses financeurs, à savoir le gouvernement américain. C’est de bonne guerre. »

Sans sous estimer cette découverte de sols humides à la surface de la planète rouge, donc, l’annonce tonitruante de la découverte d’eau sur Mars pourrait se résumer tout compte fait à une grosse tempête, mais dans un verre d’eau… très salée.

Et sur Terre aussi la goutte d’eau a son importance…

Oui, si elle est précieuse et objet de tous les fantasmes sur Mars, elle est encore plus précieuse, et de façon beaucoup plus concrète sur Terre ; c’est le chapitre du jour de la série quotidienne du journal La Croix « Planète 2015 », à quelques semaines de la Conférence Internationale sur le Climat qui se tiendra à Paris en décembre.

L’accès à l’eau potable, c’était l’un des objectifs du millénaire pour le développement de l’ONU. Si plus de 2 milliards et demi de personnes ont accédé, depuis 1990, à une source d’eau améliorée – c’est-à-dire non partagée avec des animaux - 40% de la population mondiale est toujours touchée de près ou de loin par la pénurie d’eau.

Vous pourrez lire un entretien avec Gérard PAYEN, conseiller pour l’eau et l’assainissement auprès des Nations Unies qui se félicite que « La question de l’eau [soit] enfin devenue une priorité mondiale ».

Gérard PAYEN qui explique comment les nouveaux objectifs de développement de l’ONU à l’horizon 2030 ont prévu de rendre l’eau potable accessible à tous à travers le monde. Un objectif selon lui accessible, puisque nous sommes passés d’une « vision partielle et décousue à une vision globale qui tente d’articuler de façon cohérente les problèmes économiques, sociaux et environnementaux. »

On pourra lire également dans cette double page l’un des biais pour faciliter l’accès à l’eau potable, via un livre « buvable »… il s’agit d’un petit livre de 24 pages, dont le papier est traité par un filtre de nanoparticules d’argent qui permet de rendre l’eau aussi pure que celle du robinet. Des messages de prévention peuvent être inscrits dans différentes langues sur chaque page, pour en rendre l’usage possible pour tous. Alors que 3 millions et demi de personnes meurent encore chaque année à cause de l’eau souillée, chaque livre pourrait permettre de fournir de l’eau potable à une personne pendant 4 ans.

Un message d’espoir quelque peu relativisé par le Parisien. Alors que vous me confiez vous-même que vous en avez déjà marre de la COP21 avant même qu’elle commence, parce qu’on ne parle déjà plus que de ça… un sondage réalisé par les Presses Universitaires de France révèle que deux tiers des 15/30 ans n’ont aucune idée de ce que peut bien être cette COP21… peut-être un film des années 80 sur un policier du 21ème siècle avec Sylvester STALLONE ?

En tout cas, lorsqu’on leur dévoile le pot aux roses, les jeunes gens sont sceptiques… 71% disent que cette Conférence ne servira à rien.

Une goutte d’eau dans l’océan, en somme.

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