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Nuit Debout (sous la pluie) hier mercredi "37 mars"

Une histoire à dormir debout

6 min
À retrouver dans l'émission

Les médias ont du mal à appréhender le mouvement Nuit Debout, qui prend de l'ampleur jour après jour.

Nuit Debout (sous la pluie) hier mercredi "37 mars"
Nuit Debout (sous la pluie) hier mercredi "37 mars" Crédits : Charles Platiau - Reuters

De la même façon qu’on a du mal à envisager une semaine des quatre jeudis… on avait jusqu’à présent du mal à envisager un mois de mars de 36 jours. Et pourtant, hier soir, place de la République à Paris… mais aussi à Rennes, Toulouse, Lyon ou Marseille… les participants à la « Nuit Debout » tenaient leur AG du « 36 mars ».

« En ce « 36 mars », selon le calendrier utilisé par Nuit debout depuis le premier rassemblement du 31, le lancement de l’AG a des airs de routine, pourrez-vous lire dans Libération : dans une certaine improvisation, on rappelle les modalités de vote et l’existence de différentes commissions. Le tour de parole finit par s’organiser, selon un rituel bien rôdé. Pour marquer son approbation, son désaccord ou sa lassitude, l’assistance est invitée à utiliser des gestes de la main. »

Libération vous propose d’ailleurs dans son édition du jour un petit guide pratique de l’AG avec des schémas correspondant aux différents signes à connaître pour pouvoir exprimer son opinion : les mains croisées pour « NON », les poings croisés pour « un NON radical, qui nécessite une contre proposition » ou encore un petit moulinet des poings pour signifier une lassitude, des propos qui se répètent ou qui sont trop longs.

C’est que ces Nuits debout se prolongent, l’affluence augmente soir après soir n’en déplaise à ceux qui les comparaient à une poignée éparse d’intégristes priant contre la loi Taubira. « Loin de l’essoufflement, le mouvement prend de l’ampleur, réunissant chaque soir plus de monde que la veille, écrit Marion D’ALLARD dans l’Humanité. Au noyau dur du premier jour, constitué majoritairement de jeunes engagés et de retraités militants, est venue s’agréger une foule hétéroclite, de tous âges et de toutes origines. »

Et ce mouvement spontané n’a de cesse de fasciner les journalistes, qui essayent tant bien que mal d’en comprendre le fonctionnement ou la composition… Cécile CORNUDET dans les Echos titre son édito « Un petit vent frais chatouille la politique » : « La politique bouge encore, écrit-elle. Deux ovnis l’ont bousculée cette semaine ; deux ovnis qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Le collectif Nuit Debout grossit chaque soir place de la République. Un prétexte – la loi EL KHOMRI – pas de chef, pas de hiérarchie, pas de vrai mot d’ordre. Juste des jeunes et des moins jeunes qui se rêvent en Podemos et veulent changer le monde. »

Bon je passerai plus vite sur le 2ème ovni selon Cécile CORNUDET qui est… non, pas le mouvement d’Emmanuel MACRON… mais le livre de Gaël TCHAKALOFF, « cette curieuse incontrôlable et agaçante » qui « crée de l’attachement pour Alain JUPPE ». Chacun ses petits hommes verts…

La presse a bien du mal à définir précisément ce qu’est, et qui sont les participants de Nuit Debout

Oui, « jeune et moins jeune », cette expression employée par Cécile CORNUDET revient dans les pages du Monde… et même dans les portraits de Libé, de Marianne 52 ans, cadreuse audiovisuelle à Renan 22 ans étudiant en histoire en passant par Roxane 26 ans en recherche d’emploi.

Même Yves THREARD dans le Figaro reconnaît que « leur mouvement se veut « horizontal », sans chef, carrefour de la convergence de toutes les luttes »… las, quelques lignes plus loin, l’éditorialiste replonge : « A y regarder de plus près pourtant, la réalité est moins épique. Sont là, sur le pavé, les habitués de la contestation : intellectuels en mal de publicité, syndicalistes en mal d’audience, étudiants attardés, « zadistes » de passage entre Sivens et Notre-Dame-des-Landes, altermondialistes, mal logés, intermittents du spectacle… [il ne manque presque à la liste que « punk à chien qui pue des pieds » - mais ça c’est moi qui l’ajoute. Je reprends]. Tous disent vomir les patrons et le capitalisme, militent pour un salaire à vie et la mise hors-la-loi du chômage. L’éternelle antienne. » estime Yves THREARD.

De son côté, Johan HUFNAGEL écrit dans son édito dans Libération que « Nuit Debout est au moins le nouveau symptôme d’une envie de faire de la politique autrement (…). Il y a dans ces rassemblements une envie de se retrouver, un bras d’honneur à la peur post-attentats. Il y a surtout un front anti-résignation. Refus de voir la politique se résumer au bulletin de vote, refus de se voir imposer qui sera face à Marine LE PEN en mai 2017, refus de voir la politique se résumer à des provocations et des faux débats, refus d’assumer les renoncements aux valeurs de la France par peur du FN, refus de voir les politiques piétiner la moindre promesse. »

Ce sur quoi tout le monde s’accorde, c’est que ces somnambules éveillés (« La nuit leur appartient » titre Libé… c’est plus poétique que « On n’est pas couchés » vous me direz…) font trembler le pouvoir politique… « Cette poignée de révoltés [une poignée comparée aux millions de jeunes qui préparent activement leur avenir, selon Yves THREARD] fait flageoler le gouvernement. Trois ministres leur ont déroulé le tapis rouge ce mercredi. » - il s’agissait en fait, non pas de la Nuit Debout, mais des organisations syndicales et de jeunesse suite aux dernières manifestations.

Libération constate également ce désarroi des politiques. La preuve : « Il a de drôles d’idées, Jean-Christophe CAMBADELIS. Le patron du PS est passé dimanche soir place de la République, là où se rassemble la Nuit Debout, mouvement pourtant opposé à la politique du gouvernement. Personne ne l’a reconnu… » Une opposition farouche au PS, si on en croit Le Monde : « Les socialistes sont morts, on va les enterrer bientôt, explique une syndicaliste d’Air France. HOLLANDE, VALLS, MACRON ont dégoûté tout le monde durablement. »

Et pour les dégoûtés, et ceux qui ne tolèrent plus ce qu’on leur sert… il y a un salon !

Oui, en deux mots : à ceux qui rêvent d’une France sans HOLLANDE, sans VALLS ou sans MACRON… il y a ceux qui rêvent d’une alimentation sans gluten, sans caséine ou sans sucre… le salon des allergiques et des intolérants qui s’ouvre à Paris pour trois jours… et c’est Libé qui en parle. Faut-il prendre au sérieux cette mode de l’alimentation « sans »… quatre spécialistes de la diététique répondent dans les colonnes du journal. Et vous verrez qu’entre les intolérances alimentaires et les intolérances politiques, il y a quelques passerelles…

Le chef Bruno VERJUS estime par exemple que « les allergies sont un problème de riche », tandis que le philosophe Olivier ASSOULY considère lui qu’il y a « une rationalisation de l’acte de se nourrir ». Personnellement, je ne trancherai pas, mais si vous voulez, on peut voter avec les mains.

Chroniques
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La Séquence des partenaires : Jeudi 7 avril 2016
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