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Martine AUBRY et Manuel VALLS

Une journée particulière

6 min
À retrouver dans l'émission

"Vent fort à la Saint Nestor", et avis de tempête sur le Parti Socialiste suite à la tribune publiée par Martine AUBRY, et à la déclaration de guerre qui risque de laisser le PS en ruines.

Martine AUBRY et Manuel VALLS
Martine AUBRY et Manuel VALLS Crédits : Pascal Rossignol - Reuters

C’est indiscutablement une journée particulière que ce 26 février… saviez-vous Hervé que le 26 février… outre le fait d’être la journée de naissance de Victor HUGO qui aurait eu 214 dans un monde où le secret de l’immortalité aurait été révélé… outre cela, donc, le 26 février c’est aussi la Saint Nestor… et « Vent fort à la Saint Nestor, bon vin à la Saint Marcellin »…

Et si le Parti Socialiste a des vignes… ma foi, le 6 avril prochain (c’est le jour de la Saint Marcellin)… le vin va vraiment être délicieux, au vu de la bourrasque qui souffle en ce moment sur le PS…

Bourrasque, que dis-je… depuis la tribune publiée avant-hier par Martine AUBRY dans les colonnes du Monde, c’est la guerre – et comme vous le savez, cette guerre, ce n’est pas moi qui l’ai voulue mon colonel… à tel point que le Parisien titre aujourd’hui en Une : « Le PS passera-t-il l’hiver »… le fait du jour renchérit encore avec : « cette fois, la gauche peut vraiment mourir »… le journal nous gratifie même d’une petite infographie martiale… avec Martine AUBRY, François HOLLANDE et Manuel VALLS les armes à la main sur le champ de bataille… tandis que guettent en embuscade un certain nombre de personnages comme Emmanuel MACRON, Christiane TAUBIRA ou Arnaud MONTEBOURG…

« François BAYROU parle d’une « guerre civile » à l’intérieur du gouvernement et de la majorité, rapporte pour sa part l’édito du Monde, qui concède que la formule du président du Modem est un peu excessive, mais qu’elle recèle une part de réalité. Mme AUBRY a fait entendre un message de rupture, alors que la gauche est en miettes, que la majorité a explosé et que le Parti Socialiste est au bord de l’implosion. »

Et ce champ lexical martial, vous le retrouverez à peu près partout ce matin… dans la Voix du Nord, Hervé FAVRE écrit par exemple que « l’ancienne première secrétaire et ex-candidate à la primaire s’est engagée trop loin pour se replier maintenant dans son beffroi et attendre la prochaine occasion d’en ressortir au son du canon. » (beffroi, canon, on sent passer le vent du boulet) Un appel à clarification que partage Bruno MEGE dans les colonnes de la Montagne, sur le même air militaire : « de fait, chacun sait que la maire de Lille n’a pas vraiment le tempérament de Jules CESAR ni une mentalité de putschiste. Les aubrysto-frondeurs ont donc besoin d’un débouché politique immédiat, faute de quoi ils resteront tout penauds au milieu du Rubicon. Or, comme l’a dit dans des circonstances beaucoup plus tragiques Saint-Just : « ceux qui font les révolutions à moitié ne font que creuser leur propre tombe. »

Ce qui, vous en conviendrez, a tout de même plus d’allure que le bon vin de la Saint Marcellin.

Quelle issue politique pour cette guerre ?

Ou que peut refleurir sur ce champ de ruine politique fumant ?

Deux articles apportent ce matin des éléments de réponse… tout d’abord la chronique d’Eric LE BOUCHER dans les Echos… intitulée « Ce qui sépare vraiment Martine AUBRY de Manuel VALLS », Eric LE BOUCHER part du constat suivant : « Le jour même où la maire de Lille tirait à boulets rouges sur la politique économique dite « de l’offre » du gouvernement, le groupe Peugeot annonçait un retour à l’équilibre en 2015 et une prime de 2000 euros pour chacun de ses salariés français. La politique de l’offre a fait souffrir les salariés, avec la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois, le gel des rémunérations pendant deux ans, la suppression de 17 000 emplois sur 120 000. Mais elle paie, le groupe a retrouvé une bonne rentabilité avec deux ans d’avance sur son plan, il repart de l’avant. » Eric LE BOUCHER en conclut : « Pendant que le PS se déchire sur « la politique de l’offre », PSA apporte la démonstration de son efficacité. »

Et de cette comparaison… Eric LE BOUCHER tire l’enseignement suivant : « la gauche de la gauche antilibérale ignore le temps. L’Allemagne a démontré que la politique de l’offre met plusieurs années avant de porter ses fruits. (…) En France, la confiance [nécessaire aux chefs d’entreprise] est ruinée par les discours des frondeurs ou les manœuvres de la maire de Lille, mais sans doute est-ce en réalité voulu par des calculs politiciens. »

Mais alors, me direz-vous, Hervé, vous qui êtes sensible on le sait aux déplorations d’une partie de l’électorat de gauche, qui se morfond de ne pas voir en France émerger un socialisme revivifié… comme par exemple celui porté par Jeremy CORBYN en Grande Bretagne, qui a pris la tête du Labour… ou Bernie SANDERS aux Etats-Unis qui fait chanceler Hillary CLINTON dans la course à l’investiture démocrate… A quand une nouvelle ligne claire, un socialisme refondé à la française ?

Eh bien la réponse se trouve ce matin dans le Figaro… dans une tribune signée par Gaël BUSTIER et titrée « Succès de Bernie SANDERS et Jeremy CORBYN : quelles leçons pour le PS français »…

Et ce que retient Gaël BUSTIER de ces deux exemples… outre le socle idéologique des deux candidats, c’est une inscription similaire dans un temps politique long… « Les phénomènes CORBYN et SANDERS se produisent dans des pays qui ont été fortement marqués, voilà trente ans, par la victoire culturelle du thatchérisme et du reaganisme, mais ils consacrent d’abord l’échec de ce que fut la « troisième voie » des années 90 dans ces pays, c’est-à-dire une adaptation au terrain néolibéral au point d’en devenir une variante idéologique »…

« L’adaptation au terrain néolibéral de la gauche »… vous commencez à voir le parallélisme avec la situation en France ?

Gaël BUSTIER poursuit : « SANDERS est un irréductible réfractaire au recentrage entrepris par (…) Bill CLINTON au début des années 90 aux Etats-Unis. Quant à CORBYN, c’est un adversaire de toujours du « New Labour » de Tony BLAIR. »

On peut conclure de cette analyse la chose suivante : si le PS n’a pas encore fait sa mutation… si un candidat « socialiste » incontestable, « socialiste » au sens de Bernie SANDERS ou de Jeremy CORBYN n’a pas encore fait son apparition… c’est parce que nous avons en France au bas mot 20 ans de retard… Si François HOLLANDE et Manuel VALLS sont en pleine refonte néolibérale de l’appareil socialiste, alors peut-être dans 20 ans verrons nous émerger, en réaction, sur nos terres une nouvelle gauche… 20 ans, plus 20 ans… ça fait 40… et ma foi, 40 ans, c’est un bel âge, non ?

Chroniques

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