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Allende, dans l’intimité d’une famille et de ses images

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*Dans son documentaire Allende mon grand-père, * Marcia Tambutti Allende, petite-fille de l’ancien président socialiste du Chili renversé par le coup d’état du général Pinochet en 1973, tente de reconstituer une mémoire intime de son grand-père. Une enquête de mémoire complexe. Car pour les membres de la famille Allende, séparés de leur passé par des années d’exil et par la douleur, les souvenirs familiaux sont devenus tabous. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes, ce film a été récompensé de « L’Oeil d’or », prix du documentaire.**

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Affiche du film "Allende mon grand-père" Crédits : Marcia Tambutti Allende

Il n’est pas étonnant qu’ Allende mon grand-père ait été récompensé au dernier festival de Cannes par « L’Oeil d’Or », le nouveau prix dédié au documentaire, quand on se souvient que le jury de ce prix était présidé par le cinéaste cambodgien Rithy Panh, dont le dernier film s’intitule L’Image manquante.

Car c’est justement d’images manquantes dont il est question dans le beau documentaire de Marcia Tambutti Allende. Plus précisément d’images manquantes de son grand-père, Salvador, que l’on surnommait Chicho dans l’intimité. Pas d’images de lui comme icône politique, comme premier président socialiste élu démocratiquement au Chili en 1970 avant d’être renversé par le coup d’état du général Pinochet en 1973, mais d’images de lui comme grand-père, comme père ou époux, d’images familiales de Salvador Allende.

Le silence comme un désir de ne pas réveiller certaines souffrances

L’affiche du film est tirée d’une photo de famille. On y voit en couleur Salvador Allende torse nu, souriant à un bébé qu’il tient dans les bras. Ce sont ces images, ces souvenirs du quotidien, de la vie privée d’Allende avec les siens que cherche à rassembler sa petite-fille dans son documentaire qui prend la forme d’une enquête de mémoire.

Comme une enfant curieuse, et parfois insistante, Marcia Tambutti Allende, la quarantaine aujourd’hui, questionne sa mère, sa tante, ses cousins et cousines… Et aussi sa grand-mère de 92 ans, épouse de l’ancien chef d’état, affaiblie mais encore vivante au moment du tournage du documentaire. Les séquences avec elle sont parmi les plus belles du film, tant ses réponses courtes, sa fatigue et son regard lointain en disent long. « Tous mes souvenirs sont mitigés » dit-elle lorsque sa petite-fille la questionne sur le couple qu’elle formait avec Salvador Allende. Avec elle, mais aussi avec sa cousine Maya, qui a gardé de nombreuses photos de famille sans vouloir les classer ni les partager, Marcia Tambutti Allende découvre que le silence peut aussi correspondre à un geste d’amour, un désir de ne pas réveiller certaines souffrances.

Retisser des liens intimes

D’une certaine façon, oui. Mais les secrets de la famille Allende, comme ceux de nombreux Chiliens qui ont subi la dictature de Pinochet avant de s’exiler, ne sont pas tellement des informations ou des évènements compromettants. Ce sont plutôt des traumatismes, des douleurs que l’on enfouit pour ne pas encombrer, en espérant ne pas les transmettre aux générations suivantes.

Et ce que cherche la réalisatrice d’Allende mon grand-père, c’est autant à reconstituer, à reconstruire un souvenir personnel de son aïeul qu’à retisser des liens intimes avec les membres vivants de sa famille, délestés des non-dits. Face aux réticences et aux tentatives de fuite de sa propre mère qui s’agace de ses questions lancinantes, Marcia Tambutti Allende finit par lancer : « Ce n’est pas seulement Chicho qui m’intéresse. Je veux savoir comment était ma famille avec lui. C’est très différent » . Et c’est aussi ce qui rend ce film de quête intime à la fois poignant, et finalement assez universel.

Allende mon grand-père , de Marcia Tambutti Allende (Chili / Mexique 2015 – 97 min), au cinéma le mercredi 9 décembre 2015.

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