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The Big Shave, un film de Martin Scorsese en rouge et blanc

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À retrouver dans l'émission

En écho à l’exposition et la rétrospective Martin Scorsese qui se tient à La Cinémathèque Française, retour sur l’un des tout premiers films du cinéaste : The Big Shave (1967) (« le grand rasage », en français), un court métrage sanglant de 5 minutes, qui recense déjà plusieurs des obsessions du grand cinéaste italo-américain.

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Image issue du film "The Big Shave" Crédits : Martin Scorsese
Cinq minutes au son de I Can’t Get Started , morceau du trompettiste et chanteur de jazz des années 1930 Bunny Berigan. Cinq minutes de cinéma en rouge et blanc qui dessinent déjà quelques unes des lignes de force de l’œuvre à venir d’un grand cinéaste.

Dans une salle de bain toute blanche, en pyjama, le comédien Peter Bernuth se débarbouille devant le miroir. Il sort la mousse à raser du placard, se saisit du rasoir premier passage de la lame sur l’ensemble de son visage : impeccable. Mais l’homme répète l’opération… Et là, c’est la boucherie. Une coupure, puis une autre, ici, là, partout. Le visage sanguinolent, il continue de se raser, sans un rictus. Le sang dégouline sur ses orteils, ilpoursuit, méticuleusement, et finit par se trancher la gorge. Le film s’achève sur un fondu au rouge.

Un pamphlet contre la guerre du Vietnam, mais surtout, le film d’un jeune cinéaste déprimé

En 1967, lorsqu’il réalise ce court métrage, Martin Scorsese a 25 ans et il est complètement déprimé. The Big Shave est le premier film qu’il réalise en sortant de l’Université de New York.

Au départ, il voulait l’appeler Viet’67 et le présentait comme un film pamphlétaire contre la guerre du Vietnam. Plus tard, comme le rapporte Jean-Baptiste Thoret dans son livre Le Cinéma américain des années 70 (Cahiers du Cinéma 2006), Martin Scorsese dira : « En réalité, c’était surtout une vision de la mort strictement personnelle. Il y avait en moi quelque chose qui n’avait rien à voir avec la guerre. C’était juste une très mauvaise période de ma vie, très mauvaise période ».

Miroir, esthétique de la violence, référence biblique et hommage à Hitchcock

Des hommes qui se retrouvent face à eux-mêmes devant le miroir, et pour qui, en général, ça tourne mal, il y en aura souvent dans l’oeuvre de Martin Scorsese, à commencer par Taxi Driver (1976) et Raging Bull (1980).

Idem pour l’esthétique de la violence, l’automutilation et le sang. De la même manière, il est difficile de ne pas saisir dans cet avant dernier plan montrant le sang couler sur le torse nu de Peter Bernuth, la référence biblique, omniprésente dans le cinéma du réalisateur qui a failli devenir prêtre.

Enfin, comme il le fera dans d’autres de ses films, Scorsese, grand cinéphile, rend ici hommage à Alfred Hitchcock. En voyant cette salle de bain théâtre d’un carnage sanglant, ces plans rapprochés sur la faïence blanche du lavabo maculée de sang, on pense forcément à Psychose (1960).

The Big Shave n’est peut-être pas un film à mettre devant tous les yeux (notamment ceux des plus jeunes). Comme Un Chien andalou (1928) de Luis Buñuel, dont on peut aussi le rapprocher (séquence du globe oculaire tranché au rasoir), c’est un film impressionnant, marquant, qui n’est pas exactement beau à voir. Mais en 5 minutes, il dit déjà beaucoup des obsessions et du style de Martin Scorsese.

Exposition et rétrospective Martin Scorsese à La Cinémathèque Française (paris), jusqu'au 14 février 2016.

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