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Paris, mai 68

Bruno Barbey, l’anti-chasseur d’images

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À retrouver dans l'émission

Bruno Barbey n’aime pas être décrit comme un photoreporter de guerre, c’est parce que son travail se situe aussi ailleurs que dans la capture de l’événement d’actualité. Evocation à l'occasion d'une exposition rétrospective à la Maison Européenne de la Photographie.

Paris, mai 68
Paris, mai 68 Crédits : Bruno Barbey

Ces deux photos, et 148 autres en noir et blanc et en couleur, vous pouvez les voir en ce moment à la Maison Européenne de la Photographie, à Paris dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Bruno Barney et intitulée « Passages ». De la guerre des 6 jours à l’investiture d’Obama, en passant par la Chine pendant la révolution culturelle, la Pologne au tout début de Solidarnosc, la guerre du Golfe… Cette exposition est un parcours dans l’histoire et dans le monde.

Koweït, 1991
Koweït, 1991 Crédits : Bruno Barbey

Juste avant ou après, ni trop près, ni trop loin

Bruno Barbey n’aime pas qu’on le définisse comme photoreporter de guerre… Et ceci pour plusieurs raisons. D’abord parce que Bruno Barbey, qui a intégré la prestigieuse agence Magnum dès 1966 à l’âge de 25 ans, n’est pas un chasseur d’images. Il n’est pas à l’affût du scoop et il ne fait pas de « coups », il est là, juste avant ou juste après l’événement, ni trop près, ni trop loin. Bruno Barbey ne joue pas des coudes, il patiente. Et il dit *« refuser l’esthétique du sordide, de la folie et de l’horreur ». *

Et s’il n’aime pas être décrit comme un photoreporter de guerre, c’est parce que son travail se situe aussi ailleurs que dans la capture de l’événement d’actualité.

Dans cette exposition, on redécouvre aussi ses photos en couleur du Maroc, où il est né et a grandi, et aussi celles de sa première et magnifique série « Les Italiens » , qu’il a entamée alors qu’il n’avait que 20 ans et sortait de l’Ecole des arts et métiers de Vevey, en Suisse. Comme Robert Franck dans son essai photographique *Les Américains, * il y capte l’âme d’un peuple, en saisissant, non pas le pittoresque, mais des situations, des visages, des gestes ordinaires et cependant porteurs de sens, et d’une identité.

Témoigner du monde en marche

Sa série *Les Italiens * a fait l’objet d’un livre accompagné de texte de Tahar Ben Jelloun. D’autres grands écrivains comme J.M.G. Le Clézio ou même Jean Genet ont accompagné les photos de Bruno Barbey.

Dans le livre de la collection « Photo Poche », qu’Actes Sud réédite à l’occasion de cette exposition, c’est la journaliste Annick Cojean qui signe un beau texte sur le travail du photographe. Elle dit de Bruno Barbey qu’il « rééduque les regards paresseux ou lassés » . C’est exactement ce qu’on ressent en visitant la rétrospective qui lui est consacrée à la Maison Européenne de la Photographie. On pourrait craindre d’être étourdit par sa densité, par le télescopage de toutes images témoignant du monde en marche. Mais c’est le contraire qui se produit, on en ressort avec la sensation d’avoir gagné en lucidité et sensibilité, d’avoir retrouver des repères.

Bruno Barbey, exposition "Passages", à la maison Européenne de la Photographie (Paris), jusqu'au 17 janvier 2016.

Catalogue de l'exposition "Passages" de Bruno Barbey, édité par les éditions de La Martinière.

"Photo poche" Bruno Barbey chez Actes Sud, nouvelle édition. 

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