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"Classe à part", l'école face à la différence

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Premier long métrage d’Ivan I. Tverdovsky, tout jeune réalisateur russe de 27 ans, Classe à part porte un regard critique et lucide sur la société russe, incapable d’intégrer et de traiter décemment ceux qui ne répondent pas aux critères de la norme établie. Un film bouleversant qui oscille entre fiction et documentaire. En salles à partir d'aujourd'hui, mercredi 23 septembre 2015.

Affiche du film d'Ivan I Tverdovsky "Classe à part"
Affiche du film d'Ivan I Tverdovsky "Classe à part"

Il y a de la laideur partout, et pourtant aussi, une forme de beauté puissante, douce et naïve à certains endroits, rageuse à d’autres, dans ce premier long métrage d’Ivan I. Tverdovsky, tout jeune réalisateur sorti de l’Institut National de la Cinématographie Guerassimov de Moscou.

Classe à part suit le parcours de Lena, une adolescente intelligente et douée pour les études qui, après une période dedéscolarisation due à la myopathie qui la cloue en fauteuil roulant, intègre une classe dite d’adaptation, destinée aux élèves atteints de troubles physiques, ou mentaux. Il y a là ainsi, sans distinction, un garçon musculeux au regard trouble et inquiétant qui, dit-on, reste perturbé depuis une méningite infantile une jeune fille porteuse de trisomie 21 une autre, qui semble surtout victime d’une forme de misère intellectuelle un garçon souffrant de dysphasie et puis il y a Anton, un beau jeune homme flanqué dans cette classe parce qu’il est épileptique et dont Lena va se rapprocher.

C’est de l’absurdité de regrouper ensemble, d’enfermer presque comme dans une prison ou un asile, ces enfants différents, et surtout de les écarter du reste du monde que traite ce film flirtant avec le documentaire.

Avec force, le jeune réalisateur de Classe à part pointe aussi la bêtise des adultes, censés incarner « la norme », par rapport aux enfants du film tous considérés comme « défaillants ». Il laisse ainsi partout dans le film transparaître la laideur des sentiments qui animent ces adultes.

Par sa cruauté sourde et froide, y compris celle, sordide, qui s’exprime entre les adolescents, le film provoque le malaise. Un malaise qui pourrait faire penser - bien que les deux films ne se ressemblent pas - au Ruban Blanc (2009) de Michael Haneke qui lui aussi, autrement, traite des ravages du confinement sur une communauté.

Par ses aspects troublants, dérangeants, mais aussi par ses partis pris techniques, on peut rapprocher Classe à part du cinéma de Lars Von Trier, cinéaste que dit admirer le jeune réalisateur russe de ce premier long métrage violent et désespéré.

Une forme de beauté malgré tout

Il émane pourtant une forme de beauté dans ce film. Elle surgit, paradoxalement, au milieu de la grisaille humide, du bitume des cités vétuste, parsemés de flaques d’eau glacée et maronnasse…

Elle frappe et dérange, forcément, dans cette séquence du film où ces enfants cabossés jouent avec la mort pour se sentir vivants, en se couchant sur les rails d’un chemin de fer à l’approche du train.

La beauté de ce premier long métrage tient aussi, bien sûr, dans l’histoire d’amour adolescente qui se tisse entre Lena et Anton, les deux beaux personnages principaux.

Mais de façon plus surprenante, elle s’exprime aussi, énormément même, dans la présence un peu étrange, dans le visage comme aplati, dans le physique disgracieux, non conforme aux canons de la beauté, de Natalya Pavlenkova, l’impressionnante comédienne qui incarne la mère de Lena, et qui explose à l’écran dans la dernière séquence, sans doute la plus aboutie, la plus bouleversante de ce film.

Un film primé dans plusieurs festivals, notamment au Festival du Cinéma Russe de Honfleur, mais aussi, l’année dernière, au Festival du Film de Marrakech…

Il mérite ces nombreux prix, malgré ses maladresses, sa naïveté parfois, notamment dans l’écriture des dialogues. C’est un film social, politique, sévère envers le système éducatif, lucide et féroce envers la manière dont la société russe traite ceux qui ne répondent pas aux critères de la norme établie, en les reléguant dans des « classes à part » qui relèvent davantage du purgatoire que de la possibilité d’un avenir meilleur.

Au cinéma à partir d'aujourd'hui, mercredi 23 septembre 2015.

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