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Des images dans la Jungle, de Calais

3 min
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De la fresque au pochoir réalisée par Banksy la semaine dernière dans la Jungle de Calais au parcours artistique d’ « ART in the Jungle » qui se déroule à partir d’aujourd’hui jusqu’à dimanche, les créations et les images d’artistes apparaissent au cœur du plus grand bidonville de France. Une manière de décloisonner les espaces et les hommes qui les habitent, d’inviter les Calaisiens à rencontrer autrement les habitants de la Jungle, parmi lesquels des artistes, dont Alpha, migrant mauritanien. Il n’est peut-être pas le futur Steve Jobs, mais certains aiment souligner sa ressemblance et sa filiation artistique avec Jean-Michel Basquiat.

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Le pochoir représentant Steve Jobs et intitulé "le fils d'un migrant syrien" Crédits : Banksy

Il y a quelques jours apparaissaient à Calais trois fresques de l’artiste britannique Banksy dont une au pochoir réalisée dans la Jungle occupée par les migrants. Intitulée « Le fils d’un migrant syrien », elle représente Steve Jobs, le créateur d’Apple, baluchon sur l’épaule et ordinateur à la main. Pour Banksy, il s’agit de montrer que « l’immigration n’est pas une perte pour les ressources d’un pays » , mais peut représenter un gigantesque gain, puisque comme il le rappelle : « Apple est une des sociétés qui dégagent le plus de bénéfice, et elle paye plus de sept milliards de dollars d’impôts. Et c’est arrivé parce qu’un homme venu de Homs a pu entrer aux Etats-Unis », dit-il .

Des œuvres d’art dans le plus grand bidonville de France

Les migrants obligés de fuir leur pays ne sont pas tous des Steve Jobs en puissance, appelés à dégager des milliards de bénéfice et à faire monter en flèche l’économie des pays où ils viendraient s’installer. Et leurs enfants non plus.

Pour autant voir dans ce dessin de Banksy le spectre de "l’immigration choisie", c’est faire erreur. Dans plusieurs autres fresques, Banksy a clairement exprimé son soutien aux migrants, quels qu’ils soient. Les positions politiques de l’artiste sont sans ambiguïté sur ce plan.

Mais ce qui compte autant que leur message dans les œuvres de Banksy, c’est le lieu où elles apparaissent. Et ici, c’est la Jungle de Calais, le plus grand bidonville de France. Un lieu d’enclavement et d’exclusion, où l’on ne s’attend pas franchement à voir émerger des œuvres d’art au milieu de la boue et des bâches en plastique bleues. Et c’est pourtant ce qui va se produire encore davantage pendant 4 jours à partir d’aujourd’hui.

Décloisonner, ouvrir l’espace de la Jungle vers l’extérieur

Sous l’impulsion de la dessinatrice Corine Pagny, un collectif d’artistes qui travaillent avec les migrants propose un « parcours d’art » dans la Jungle de Calais. Il l’ont baptisé « ART in the Jungle » et c’est l’artiste Ernest Pignon-Ernest qui le parraine.

L’idée consiste à ouvrir l’espace de la Jungle vers l’extérieur, à abaisser les barrières entre les habitants de Calais et les migrants, à favoriser des rencontres, des discussions. Comme le souligne Philippe Godin sur son blog « La diagonale de l’art » hébergé par Libération , c’est déjà ce que faisaient les psychiatres François Tosquelles et Lucien Bonnafé en ouvrant les portes de l’asile de Saint-Alban, autre lieu d’enfermement et d’exclusion, à des artistes comme Paul Eluard ou Tristan Tzara. Plus tard Jean Oury et Felix Guattari poursuivront cette ouverture à la clinique de La Borde, avec des artistes comme Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin, qui sont venus y séjourner, y travailler.

A Calais, le parcours d’ ART in the Jungle fera découvrir les œuvres d’une trentaine d’artistes. Parmi ces œuvres : un dessin de Corine Pagny intitulé « Alpha/Basquiat ». C’est un portrait qui fait se juxtaposer les visages coupés en deux de Jean-Michel Basquiat et d’Alpha, un artiste mauritanien, migrant, qui vit depuis plus de 6 mois dans la Jungle de Calais.

On ne sait pas si Alpha deviendra un jour le nouveau Steve Jobs, mais pour ceux qui le côtoient, pour les artistes qui travaillent et créent avec lui, il est aussi précieux que Jean-Michel Basquiat, qui ne vaut pas moins que Steve Jobs.

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