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Sélectionné au Festival de Cannes en 2013, et diffusé sur Arte au même moment, le film de Rithy Panh L’Image manquante sort en salles ce mercredi. Un film en forme de récit intime sur la mémoire du génocide commis par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.

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L'Image manquante Crédits : Rithy Panh
Ce sont de petites figurines aux allures primitives, faites de terre glaise, que le cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh dispose, et filme, dans des décors miniatures qu’il a reconstitués de mémoire. Les scènes qu’il montre, ce sont les images manquantes de l’histoire de son pays, et de la sienne : celles dont il n’a pas retrouvé la trace matérielle, celles que les Khmers rouges n’ont pas laissées, mais celles qui hantent la mémoire du réalisateur.

C’est sa mémoire intime, son enfance marquée par le génocide commis par les Khmers rouges entre 1975 et 1979 que met en images et en mots Rithy Panh dans L’Image manquante . Le film avait été récompensé du Prix "Un Certrain Regard" au Festival de Cannes en 2013 et diffusé simultanément sur Arte. Il ne sort en salles que deux ans plus tard, aujourd’hui. Et même s’il n’est ni spectaculaire, ni divertissant, il mérite d’être vu sur grand écran.

Figurines de glaise et images d’archives

Ces figurines peintes ne sont pas mobiles. Rithy Panh filme des scènes de la vie quotidienne figées dans le temps, comme elles le sont dans sa mémoire. Il reconstitue quatre années de son enfance pendant lesquelles sa famille a été déportée dans un camp de travail, quatre années pendant lesquelles il a perdu tous les siens, un à un, broyés par « la machine de mort khmère rouge » , comme le cinéaste l’appelait dans son grand film S21 en 2002.

Ces tableaux enfantins et terrifiants se conjuguent avec des images d’archives : celles de la propagande destinées à soutenir le régime militaire de Pol Pot, où l’on voit des centaines d’hommes, de femmes, d’enfants travaillant en ligne dans les rizières. Ces images en noir et blanc, le réalisateur les juxtapose avec celles d’avant l’horreur, en couleur souvent, joyeuses, musicales, dansantes même.

C’est en construisant son récit autour de ces trois types, de ces trois sources d’images que Rithy Panh raconte à travers son histoire familiale l’entreprise de déshumanisation, de destruction dont les Cambodgiens ont été victimes. Il raconte comment son père, instituteur, finit par se laisser mourir de faim par rébellion, parce qu’il ne voulait plus avaler ce que leurs donnaient les Khmers rouges. « Je ne veux plus voir cette image de faim, de souffrance », dit le cinéaste, « alors je vous la montre ».

Une dimension intime vient compléter le travail de mémoire que poursuit le cinéaste depuis S21, la machine de mort khmère rouge.

Le dispositif visuel créé par l’auteur dans L’image manquante , conjugué à son récit énoncé à la première personne, implacable et poétique rendent le film particulièrement marquant. Dans son article publié dans Le Monde daté d’aujourd’hui, le critique Jacques Mandelbaum compare S21 (2002) à l’immense film de Claude Lanzmann Shoah , sur l’extermination des juifs.

Ce nouveau film, L’image manquante, on peut le mettre en lien avec Depuis le retour un film de Giovanni Cioni sur la mémoire des camps nazis, le traumatisme intime de la déportation raconté par un des derniers Sonderkommando. Présenté au dernier festival du Réel, celui-ci devrait être distribué en France au début de l’année 2016. Il faudra le voir aussi.

L'image manquante , en salles le 21 octobre 2015.

DVD et VOD disponibles chez Arte Boutique.

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