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Filmer le travail

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Après Cheminots (2010), les réalisateurs Luc Joulé et Sébastien Jousse poursuivent leur réflexion sur le travail dans un nouveau documentaire intitulé C’est quoi ce travail ? (en salles aujourd’hui, mercredi 14 octobre). Tourné auprès des salariés de l’usine PSA Peugeot Citroën de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le film suit aussi le travail du compositeur Nicolas Frize, en résidence artistique à l’usine au moment du tournage.

Photo issue du film "C'est quoi ce travail ?"
Photo issue du film "C'est quoi ce travail ?" Crédits : Luc Joulé et Sébastien Jousse

Pendant trois ans, Luc Joulé et Sébastien Jousse, les réalisateurs de C’est quoi ce travail ? sont venus filmer, écouter régulièrement les salariés de l’usine PSA Peugeot-Citroën de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Au moment où ils tournaient ce film, le compositeur Nicolas Frize était en résidence artistique à l’usine. Il cherchait à composer une œuvre musicale sur et avec le travail des salariés.

Ce sont ces deux types de travail, celui de la production d’une usine d’emboutissage et la création musicale d’un compositeur qui sont au centre de ce documentaire.

Observer, écouter des femmes et des hommes au travail

Parce que nous sommes des spectateurs libres, nous pouvons aussi décider de ne pas forcer le parallèle entre le travail de création du compositeur et celui des salariés de l’usine.

La force du travail documentaire de Luc Joulé et Sébastien Jousse réside dans le temps qu’ils ont dédié à observer des femmes et des hommes au travail, manipulant des machines, pressant, emboîtant des pièces métalliques les unes avec les autres, répétant des tâches selonun protocole très précis qui, en apparence en tout cas, laisse peu de place à l’expression de soi-même. Ils ont filmé des femmes et des hommes en tenue de travail grise, portant toute la journée des lunettes de protection et des bouchons d’oreille pour atténuer le bruit.

Ils les ont écouté raconter la force mentale dont il faut faire preuve pour tenir toute la journée devant une machine sans se déplacer pour travailler de nuit pendant vingt années de suite. Ils ont entendu la souffrance au travail, les tendinites, des bribes de souvenirs de dépression… Et aussi, la parole magnifique de José Luis, opérateur, qui « aime quand c’est beau » , qui se souvient du choc esthétique et intellectuel qu’a constitué pour lui le film Van Gogh (1991)de Maurice Pialat, qui se passe des symphonies de Bruckner ou Wagner dans sa tête en travaillant.

Les ressources intimes de chacun pour faire face à l’aliénation

C’est à Nicolas Frize que l’on doit l’une des plus belles séquences du film, celle du concert dans l’usine, aboutissement de son travail de composition et de celui des salariés qui y ont participé, que l’on voit tout à coup sans leur tenue de travail grise. Parmi eux, cette femme bien coiffée, sans ses lunettes de protection, qui porte unbeau corsage blanc, et un collier. Elle dit au micro un texte poétique inspiré de son expérience qui se conclut par : « Aujourd’hui, je suis une interprète, une interprète de mon travail ».

Au fond, les réalisateurs de C’est quoi ce travail font ce dont parle Italo Calvino (qu’ils citent eux-mêmes) dans Les Villes Invisibles (1972). Ils cherchent « au milieu de l’enfer ce qui n’est pas l’enfer ». Ils montrent les ressources intellectuelles, psychiques, sensibles, intimes, artistiques que nous trouvons en nous pour faire face à l’aliénation du travail, mais aussi à l’inquiétude de le voir évoluer, se durcir, et peut-être disparaître.

C'est quoi ce travail ? , de Luc Joulé et Sébastien Jousse (distribution Shellac). Sortie en salles le mercredi 14 octobre 2015.

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