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Les Sylvanian Families face aux djihadistes, et face à la censure

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Lors d’une exposition londonienne pourtant dédiée à la liberté d’expression, la série de tableaux satiriques « l’Etat Islamique menace la Sylvanie » signée par l’artiste Mimsy a été censurée.

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Photo issue de la série "L'EI menace la Sylvanie" Crédits : Mimsy
Ce sont des jouets pour enfants créés au Japon il y a trente ans, de petites figurines en feutrine représentant des souris, des renards, des hérissons, des lapins. On peut mettre en scène les Sylvanians, ces animaux miniatures, dans des maisons, les faire voyager dans des minibus à leur échelle, les habiller… Leur inventer des activités, une vie sociale, familiale, amicale. Bref, ces figurines sont là pour faire fonctionner, développer l’imagination des enfants.

A présent, imaginez la scène suivante : les Sylvanians sont en vacances à la mer. Sur la plage, il y a une petite éléphante qui porte un bikini en perles, des lapins qui font des châteaux de sables, une maman ours installée dans un transat un cornet de glace à la main… Un transistor, des sandwiches. Tout pour être heureux dans un monde merveilleux de feutrine et d’innocence, à un détail près. Un peu en retrait sur la plage, mais prêts à mettre un terme à la fête, il y a deux petits Sylvanians (on reconnaît un lapin et sans doute une souris) entièrement vêtus de noir. L’un est armé d’une mitraillette, l’autre brandit le drapeau de l’Etat Islamique.

Une scène qui rappelle la fusillade de la plage de Sousse, en Tunisie, au mois de juin dernier.

Cette œuvre, ce tableau transposant l’horreur des attentats commis par les fondamentalistes islamistes dans l’univers pastel, enfantin et laineux des Sylvanians a été imaginée et créée plusieurs mois avant le massacre de la plage de Sousse, par Mimsy, une artiste anglo-syrienne qui a grandi au Liban et qui vit aujourd’hui à Londres. L’artiste avait aussi créé un tableau mettant en scène une classe d’écolières Sylvanians en uniformes, sagement assises à étudier tandis que deux figurines djihadistes les menaçaient par la fenêtre… Difficile de ne pas penser aux écolières kidnappées par Boko Haram au Nigéria.

photo issue de la série "L'EI menace la Sylvanie"
photo issue de la série "L'EI menace la Sylvanie" Crédits : Mimsy

Ces deux œuvres, comme les cinq autres tableaux de la série inventée par l’artiste entre décembre 2014 et mai 2015, et intitulée « L’Etat Islamisque menace la Sylvanie », on aurait dû les voir à la galerie Mall de Londres (galerie dédiée à l’art contemporain) pendant l’exposition « Passion for Freedom » (« La passion de la liberté ») qui s’est tenue entre le 21 et le 26 septembre. Mais elles sont demeurées invisibles, parce qu’elles ont été censurées, parce qu’elles ont été bannies de l’exposition. Plus précisément, la police a jugé qu’elles pouvaient « mettre le feu aux poudres ». Et que pour compenser le risque de les exposer, les commissaires devaient débourser 36 000 Livres supplémentaires pour assurer la sécurité des lieux pendant les six jours de l’exposition.

lIs ont renoncé. Et les « Sylvanians sous la menace des SOURIS –EI (Souris de l’Etat Islamique) », qui avaient pourtant été exposés sans encombre au Royal College of Art de Londres en mai dernier, n’ont cette fois-ci pas eu droit de cité.

Censure absurde

Dans cette exposition, les visiteurs ont pu voir, notamment, le « Grand Mur des Vagins » de Jamie McCartney… Mais faire de l’humour noir, entacher l’univers gentillet des Sylvanians en y laissant s’immiscer le mal et la terreur des armes des djihadistes ou, ce serait encore plus inquiétant si c’était ça, moquer la bêtise et la lecture simpliste du Coran, comme du reste du monde, des fondamentalistes islamistes en suggérant que leur vision est digne de l’univers enfantin (et au fond un brin benêt, pour ne pas dire idiot) des Sylvanians, cela semble en ce moment impossible à Londres.

Et c’est dommage, car comme l’explique l’artiste Mimsy dans un article publié dans le quotidien britannique Le Guardian, introduire des souris, des koalas ou des lapins djihadistes dans le monde merveilleux des Sylvanians, c’est aussi une manière de rappeler que le fanatisme n’est pas une question de race.

Très remonté contre cette censure absurde, d’autant plus qu’elle touche une exposition dédiée à la liberté d’expression ( !), le critique d’art britannique Jonathan Jones estime quant à lui que : « Laisser la peur des bigots et des maniaques gouverner les galeries d’art, c’est trahir, c’est renier la civilisation à laquelle nous disons appartenir ».

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