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"Mediterranea", le visage et l'histoire de la figure du migrant

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À retrouver dans l'émission

"Mediterranea" premier long-metrage du réalisateur italien Jonas Carpignano qui sort aujourd’hui au cinéma, incarne le discours tenu l’écrivain Fatou Diome à propos des migrants et de leur rôle dans un système globalisé.

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Mediterranea
Le « migrant », cet autre presque devenu une entité abstraite, un concept, ou alors un élément de langage médiatique, politique, dont on finit par oublier qu’il est un homme, une femme, et même qu’il porte un nom qui lui est propre. Ayiva, c’est le nom du personnage central du film de Jonas Carpignona, Mediterranea , une fiction ancrée dans la réalité géopolitique, sociétale d’une époque, la nôtre.

Qui est Ayiva, le héro de ce film ?

C’est un homme qui cherche un avenir meilleur en Europe, pour lui, et aussi pour les siens restés en Afrique. Ayiva n’est pas un réfugié politique, il ne fuit pas la guerre, il ne fuit pas un danger immédiat, simplement il espère mieux, autre chose, ailleurs. Parce que sans mettre sa vie péril, son pays, le Burkina Faso, ne lui laisse entrevoir aucun avenir. Alors il le quitte, prend des risques en confiant sa vie à des passeurs pour traverser la Méditerranée dans un rafiot, débarque dans le sud de l’Italie, en Calabre, où il cherche immédiatement un travail. Il en trouve un rapidement, grâce à la solidarité des membres de sa communauté déjà installés sur place, mais aussi parce que c’est un travail pénible, et payé au rabais.

En fait, Ayiva est l’incarnation à l’écran d’un de ces immigrants dont parlait avec fougue l’écrivain franco-sénégalaise Fatou Diome dans l’émission de télévision de Frédéric Taddéï « Ce soir, ou jamais » du 27 avril 2015. Toujours en ligne, l’extrait de sa prise de parole, à la fois dérangeante et extrêmement lucide, a été vu et partagé sur les réseaux sociaux des centaines de milliers de fois depuis sa diffusion.

C’est exactement cette idée qu’illustre Mediterranea, film de Jonas Carpignano construit comme une fiction, mais entièrement basé sur des faits réels. Embauché à la cueillette des oranges, où il est entouré quasi exclusivement d’autres travailleurs immigrés d’Afrique comme lui, Ayiva est un citoyen productif, un immigré légal qui arrange bien l’industrie maraîchère calabraise. Son personnage, au tempérament réfléchi, fin, nous fait d’autant mieux percevoir ce qu’affirme le réalisateur du film, à savoir, que « le migrant n’est pas un marginal, un « autre » qui serait craint ou encouragé selon les idéologies, mais plutôt un élément de plus en plus essentiel dans la chaîne d’un monde globalisé ».

Reste que le film raconte aussi comment ces immigrés africains sont violemment rejetés par la population locale, qui n’a pas l’air de percevoir le caractère essentiel de leur présence dans le quartier !

Mediterranea raconte aussi le racisme, explore avec nuances ce que certains appellent « le choc des cultures », entre des Italiens et des Africains de l’Ouest qui ignorent pratiquement tout les uns des autres, que tout semble séparer. Tout… Ou presque. Car dans ce film, comme dans la vie, il y a tout de même une chose les réunit, c’est la chanteuse barbadienne Rihanna, idole des ados italiennes comme des petites filles burkinabé, elle apparaît comme l’étendard d’une culture - miroir du monde d’aujourd’hui - globalisée.

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