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Mieux vaut revoir « La Gueule de l’emploi » que « The Apprentice »

3 min
À retrouver dans l'émission

Cette émission de télé-réalité qui démarre ce soir sur a la particularité d’être adaptée d’un programme américain diffusé sur le réseau NBC il y a une dizaine année et dont le héro n’était autre que Donald Trump, le candidat à la Maison-Blanche, véritable cauchemar des Républicains, dont on ne compte plus les sorties de route.

Bruno Bonell entouré des 14 candidats de «The Apprentice»
Bruno Bonell entouré des 14 candidats de «The Apprentice» Crédits : PIERRE OLIVIER

« The Apprentice » (en français : l’élève ou l’apprenti), est né en 2004 aux Etats-Unis sous l’impulsion du magnat des affaires Donald Trump, à la fois coproducteur et personnage clé de l’émission. Sa version française accompagnée du sous-titre « qui décrochera le job ? » débute ce soir sur M6 et elle a de quoi provoquer vertige et désolation dès les premières séquences.Avant d’observer pendant de longues heures (près de trois au total, en une soirée !) quatorze candidats se démener, certes, mais aussi se piétiner les uns les autres pour tenter de décrocher un poste de directeur de développement commercial au sein d’une des sociétés dirigées par l’entrepreneur Bruno Bonnell, on les découvre déjà dans une série de courts portraits. L’un explique qu’il participe à cette émission, « pour avoir la chance de travailler pour un grand patron » ; l’autre affirme avec aplomb que « les millions, lui, ça ne lui suffit pas. Son objectif, c’est d’avoir une fortune supérieure au PIB de la France », une autre se définit comme « une killeuse » et enfin, bien sûr, il y a celui qui nous explique que « le business, c’est comme un aquarium, soit on est mangé, soit on mange les autres, et qu’en définitive, il faut être un requin ». Une télé-réalité qui met en scène un processus de recrutement semble plutôt saignante.« The Apprentice » surfe sur la crise, le chômage et des idées ultra-libérales pour nous faire croire qu’il faut être en compétition constante avec son voisin, l’humilier, le dénoncer, l’évincer, pour faire sa place. Et dans ce programme comme dans toutes les émissions de télé-réalité, faire sa place, c’est forcément « faire de l’argent » et dominer les autres… Une conception de la réussite qui rend ces émissions toutes plus affligeantes et déprimantes les unes que les autres. Si l’on veut réfléchir, mais aussi rire de l’absurdité des méthodes de recrutement qui sont pratiquées par les grandes entreprises aujourd’hui, il faut plutôt voir ou revoir (car par chance, il est désormais disponible gratuitement sur internet) le remarquable, et implacable, documentaire de Didier Cros « La Gueule de l’emploi ». Filmé sans commentaire, ce film acide montrait la cruauté du monde du travail, mais surtout il montrait des hommes et des femmes qui s’interrogeaient sur leur soumission à un système de recrutement aussi stupide qu’avilissant, et qui n’étaient, heureusement, pas prêts à tout pour décrocher un emploi.Pour autant, le programme de télé-réalité d’M6, comme le documentaire de Didier Cros ont malgré une chose en commun, ils montrent combien le travail, sa perte, sa recherche, cristallise nos souffrances, et nos angoisses.

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