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« Norte, la fin de l’histoire », grand film

5 min
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Primé aux festivals de Locarno et à la Mostra de Venise, le cinéaste philippin Lav Diaz reste peu connu du public français. Son onzième film « Norte, la fin de l’histoire » est le premier de sa filmographie à être distribué en France. Il sort aujourd’hui en salles, tandis que le musée du Jeu de Paume présente une rétrospective de ses films (jusqu’au 5 décembre).

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Sid Lucero dans le film "Norte, la fin de l'histoire" ("Norte, Hangganan Ng Kasaysayan"). Crédits : Lav Diaz

Ça commence par une séquence verbeuse, un long plan fixe sur une discussion animée entre étudiants en droit. Ils sont au café, réunis autour d’une table à siroter des cocktails et plaisantent à propos des théories compliquées, radicales et déjà inquiétantes de l’un d’entre eux, qui s’appelle Fabien. Il a abandonné ses études, et il va devenir le personnage pivot du onzième film du réalisateur philippin Lav Diaz, 56 ans, cinéaste majeur, primé aux festivals de Locarno et à la Mostra de Venise, mais peu connu ici. Et pour cause, Norte, la fin de l’histoire , qui sort aujourd’hui en salles, est le premier de ses films à être distribué en France. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire la séquence initiale que je vous ai décrite, c’est un film passionnant, happant même, par ce qu’il raconte bien sûr, mais surtout par la façon dont il le raconte, par l’ampleur et la fluidité de ses mouvements de caméra, et de ses plans séquences saisissants de maîtrise.

Destins croisés

Lav Diaz fait des films très longs, bien au dessus des gabarits imposés par le marché. Dans sa filmographie qui fait en ce moment-même l’objet d’une rétrospective au musée du Jeu de Paume à Paris, un long métrage peut atteindre une durée de 10 heures et 43 minutes.

Norte, la fin de l’histoire dure 4h10.

Le film croise le destin de Fabian, dont l’idéologie tordue et fascisante va le faire basculer dans la violence et la folie avec le destin de Joaquin et Eliza, un couple modeste qui se retrouve sous la coupe d’une usurière. La même qui prête de l’argent à Fabian, issu d’une milieu bourgeois mais délaissé par sa famille. Et c’est le meurtre de cette usurière qui va relier ces trois destins.

Affiche du film "Norte, la fin de l'histoire"
Affiche du film "Norte, la fin de l'histoire" Crédits : Lav Diaz

Engager le spectateur dans une expérience physique de cinéma

C’est vrai. Le personnage de Fabian est à la fois inspiré par le Raskolnikov de Dostoïevski et par le sous-commandant Marcos lorsqu’il était jeune.

Car Norte est aussi un film politique, social, un film qui évoque les réalités d’un pays marqué, comme le dit le cinéaste dans un entretien accordé au journal Le Monde daté d’aujourd’hui, par : « 400 ans de colonisation espagnole, presque 100 ans d’intervention américaine, 4 ans d’occupation japonaise, 40 ans de dictature de Marcos, et 9 ans de gouvernement royal dysfonctionnel… ».

Lav Diaz décrit ses films comme « des expériences physiques » dans lesquelles le « spectateur doit être engagé ». Et c’est exactement ce qui se produit ici, grâce à la force du propos mais aussi grâce à la puissance esthétique du film, qui dit aussi beaucoup de la nature impressionnante qui caractérise le paysage des Philippines . Lav Diaz dit qu’il est très marqué par la pensée d’André Bazin, notamment sur la vérité et le plan séquence. Et cela se ressent, dans le découpage de son film, la construction parfaite, la précision du dessin des longs plans séquences qui le composent. Alors oui, Norte mérite qu’on s’engage comme spectateur pour plus de 4h. Car c’est un film bouleversant, autant par l’âpreté de son propos que par sa beauté, et sa rigueur formelle.

Norte, la fin de l'histoire , film de Lav Diaz (4h10; Shellac). En salles le mercredi 4 novembre 2015.

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